Les quatre couleurs de la Flouve

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Elle apparaît d’abord vert bronze, avant de devenir brun bronze. Et quand elle est légion dans un pré, c’est tout le pré d’airain qui tangue et qui se moire.

En mûrissant, elle vire à l’or et, chose curieuse, certaines inflorescences restent bicolores : vertes et or. Ce passage du bronze à l’or tient de l’alchimie : c’est une transmutation du bronze en or.

La quatrième couleur apparaît quand elle est en graines, et que l’or cède sa place à un jaune paille, à un jaune pâle presque blanchâtre.

La Flouve odorante : Anthoxanthum odoratum Linné, porte la couleur jaune dans son nom, le grec xanthos désignant un jaune fauve ou doré.

Quant à son épithète odoratum, il lui sied à merveille, car cette graminée – surtout au niveau de la racine et à l’état sec – fleure un parfum de coumarine qui donne sa bonne odeur au foin lorsqu’elle y est présente.

La Flouve odorante aime les prairies maigres du Berry, acidiclines et sableuses, les bords de chemins et les bois clairs. Alors que la Flouve entre dans sa période or, certaines inflorescences persistent à garder leur parure verte.

(19 juin 2025)

Les mers roses de la Houlque laineuse

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Il n’est pas une graminée plus suavement duveteuse que la Houlque laineuse. Quand elle est jeune et que son inflorescence émerge de sa gaine, cette douceur veloutée-soyeuse-argentée court tout le long de sa tige et de ses feuilles, comme le fin duvet sur la joue d’un adolescent. Elle eût peut-être alors mérité d’être qualifiée de duveteuse, cotonneuse, veloutée, lanugineuse plutôt que laineuse – la laine brute étant rêche et irritante. Houlque duveteuse, Houlque cotonneuse, Houlque veloutée, Houlque lanugineuse… Décidément, Houlque laineuse reste la plus douillette à nos oreilles. Considérons alors qu’il s’agit des laines douces d’alpaga, de mohair, de cachemire, de shetland…

La douceur de la Houlque laineuse ne tient pas seulement dans sa tige et ses feuilles duveteuses, ni dans son nom enchanteur. Elle tient aussi dans son incroyable couleur vieux rose gouaché à maturité, qui fait ondoyer les prairies comme des mers roses et écumeuses.

La Houlque molle, voisine, n’est veloutée qu’à la base de son chaume et aux genoux.

La Houlque laineuse est une des graminées prairiales les plus courantes en Berry.

(12 juin 2025)

À la croisée des pâturins

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Les pâturins sont des graminées dont l’inflorescence (la panicule diffuse) est de silhouette pyramidale, et dont les glumes et glumelles (ces petites écailles qui axillent les fleurs) sont carénées, c’est-à-dire en coque de navire.

Quatre pâturins sont extrêmement courants en Berry. Parlons d’abord du Pâturin des prés et du Pâturin trivial. Le premier est plus précoce que le second. Le moyen de s’en souvenir : le p est avant le t dans l’alphabet. Deuxième caractère facilement observable sur le terrain : la ligule – cette petite langue translucide fixée à la jonction du limbe et de la gaine – est courte et tronquée chez le Pâturin des prés, alors qu’elle est longue et pointue chez le Pâturin trivial. On dit alors qu’il est vulgaire, trivial… car il tire la langue.

Un peu plus tard au printemps, fleurit le Pâturin des bois, beaucoup plus fin et aux feuilles perpendiculaires à la tige. Quant à notre petit Pâturin annuel, on le nomme herbe des trottoirs, et il fleurit toute l’année. Le Pâturin trivial : Poa trivialis Linné, a les épillets violacés sous l’action conjuguée du soleil et des anthocyanes.

(5 juin 2025)

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