Quand la polymorphie se double d’une polychromie

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Nous l’avons déjà mentionné : la forme est de relativement peu d’importance pour la détermination des champignons. Quant à la couleur, elle se montre si variable et évolutive qu’elle décontenance bien souvent l’observateur.

Et malgré cette monotonie générale de forme et cette versatilité de couleur… il est des champignons qui en rajoutent. Tel est le cas de l’Amanite rougissante ou Golmotte (Amanita rubescens Persoon), qui peut être toute petite, frêle et fragile, ou au contraire grande, épaisse et robuste. En ce qui concerne la couleur, elle peut être toute blanche à presque noire, sans jamais se départir des taches vineuses qui la caractérisent.

Ces différences de taille et ces fluctuations de couleur déconcertèrent tant les mycologues qu’ils créèrent une profusion de variétés et de formes, dont seules subsistent les variétés blanche, alutacée (beige jaunâtre clair), et à anneau jaune souffre.

L’Amanite rougissante est toxique crue, et elle peut être confondue avec la redoutable Amanite panthère qui, elle, ne rougit pas.

Sous les conifères, les Golmottes sont en général sombres et robustes, tel cet exemplaire poussant sous des douglas.

(18 décembre 2025)

Un faux-ami remarquable

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À l’origine, des faux-amis sont des mots appartenant à deux langues différentes, ayant une grande similitude de forme, mais dotés de significations dissemblables. En d’autres termes, des mots de signifiant proche, mais de signifié opposé. Ce sont des mots trompeurs, dont certains firent les beaux jours de notre vie scolaire.

Cette réflexion anodine s’applique à souhait à notre champignon nommé Stereum insignitum Quélet, dont l’épithète latine : insignitum, nous fait irrésistiblement glisser vers le mot français insignifiant. Mais insignitum et insignifiant sont de sens contraire ; insignitum est le participe passé de insignire : se distinguer ; qui se distingue nettement, donc qui est remarquable.

En quoi notre champignon est-il remarquable ?

Eh bien au moins pour deux raisons : par sa beauté onduleuse finement veloutée, luminescente d’un ocre rouille saturé, et par son exclusivité (on pourrait dire sa fidélité) pour les branches et troncs morts de hêtres.

Stereum hirsutum est plus épais et laineux, Stereum subtomentosum a un hyménium qui se tâche de jaune au frottement.

Ce Stéréum fleurit partout en Berry en ce moment, là où il y a des hêtres.

(11 décembre 2025)

Le bestiaire coloré des mycologues

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Pour nommer les champignons, les mycologues eurent parfois recours à des métaphores animales.

En ce qui concerne les mammifères, citons le Plutée couleur de lion, l’Amanite panthère, le Tricholome léopard, le Lentin tigré, le Plutée couleur de cerf, le Cortinaire couleur de faon, l’Hébélome couleur de vache (beige roussâtre), la Russule belette, le Rhodopaxille écureuil, le Coprin patte de lièvre…

Mais que n’ont-ils convoqué l’éléphant ?

Ainsi, plutôt que de qualifier un tricholome Tricholome à odeur de savon : Tricholma saponaceum (Fries) Kummer – dont l’odeur de savonnette est si faible qu’elle nécessite toujours un effort d’auto-persuasion pour être légèrement perçue – il eût été plus probant, à mon avis, de le nommer Tricholome couleur d’éléphant ou Tricholome patte d’éléphant. En effet, son gros pied de pachyderme s’élargit vers des lames épaisses et grossières, et vers un colossal chapeau gris éléphant.

Il est un arbre, également, qui m’évoque irrésistiblement un l’éléphant : c’est le platane.

Le Tricholome à odeur de savon (non comestible), résiste bien aux rigueurs de l’hiver.

(4 décembre 2025)

Un champignon-panthère

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Ce rosé fut découvert dans un nid douillet de ronces, lové bien à l’abri des intempéries, autour d’un étang vellois. Il apparut comme une naissance miraculeuse, à un moment où les champignons vieillissaient prématurément malgré la douceur prolongée de l’automne.

Les doigts soulèvent délicatement les ronces, et le regard distingue avec émoi et inquiétude un pelage de panthère, somptueusement dessiné et coloré de squames apprimées brun chocolat sur fond blanc, et disposées comme des séries de w sur des cercles concentriques. C’est bien de cette robe léopardée, attisée par le rose des lames, que monte une inquiétude sourde, comme ressentie en présence d’un grand fauve.

D’une impression l’autre, ce rosé semble tout droit sorti d’une boîte de crayons de couleurs. Il incarne à s’y méprendre les anciennes planches des atlas mycologiques, où les champignons dessinés, colorés, peints dans leur milieu, avec un souci et un soin de figuration absolue… firent rêver tant de naturalistes et déclenchèrent de si nombreuses vocations.

Ce rosé rare : Agaricus impudicus (Rea) Pilat – non comestible – se singularise entre autres par sa légère odeur de caoutchouc et sa prédilection pour les habitats rudéraux et nitrophiles.

Agaricus impudicus, Agaricus variegans et Agaricus kœlerionensis furent synonymisés avant que la génétique les confirme comme espèces autonomes.

Agaricus kœlerionensis pousse sur les dunes, et Agaricus variegans sous les conifères.

(27 novembre 2025)

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