Le Pied violet

Lepista saeva 4 Blog

Ce superbe champignon porte tristement le nom de Lepista saeva (Fries) Orton (du latin saevus : sinistre, sévère) – et  ce paraît-il à cause de ses teintes beige grisâtre et de son pied lilas-violet. Mais c’est ignorer le magnifique contraste de son chapeau café au lait, d’aspect gras et luisant, avec son pied d’un améthyste pur. Et personnellement je serais tenté, par une pirouette langagière, de l’appeler la Lépiste suave tant ce contraste unique en son genre m’apparaît d’une exquise douceur.

Il porta aussi le nom de Lepista personata (du latin persona : masque, et donc masqué), ce qui ma foi lui seyait fort bien : le joyau violet de son pied très court se cache en général sous son large chapeau qui le couvre entièrement.

Ce champignon typiquement hivernal est proche du Pied bleu et comestible comme lui. Sa chair, épaisse et dense, dégage de subtiles senteurs fruitées rehaussées de farine. Ses lames beige crème s’émancipent de toute nuance bleutée.

Le Pied violet participe de ces rencontres insolites au cœur de l’hiver, souvent sur une pelouse rudérale, qui nous abasourdissent : « Comment champignon si bien en chair, gras et diaphane à souhait, à la jambe d’un améthyste pur, déposé tels un hymen, une pruine éphémère ou une rosée du matin, peut-il pousser en plein hiver avec la plus impertinente désinvolture ? »

Les deux impertinents de la photo ont choisi de narguer les fonctionnaires de l’État, en pleine pelouse au sein de la Cité Administrative de Châteauroux.

(28 janvier 2016)

La Lenzite des clôtures

Gloeophyllum abietinum Blog (5)

J’ai toujours adoré ce polypore. Cette petite fourrure chatoyante au cœur de l’hiver, brun rouille à bai noirâtre, soulignée d’un beau jaune vitellin par sa turgescente marge. Et en dessous, tel un gâteau de miel, le labyrinthe de ses lames jaune safrané et comme enduites d’une pruine blanchâtre.

Il est assurément le nounours des Lenzites, nom sous lequel furent autrefois regroupés des polypores lamellés.

Son nom scientifique : Gloeophyllum sepiarium (Wulfen) Karsten, nous renseigne à la fois sur l’aspect enduit de ses lames (du grec gloios : gluant, et phyllum : lame), et sur l’un de ses habitats de prédilection : les clôtures et autres bois d’œuvre de résineux, exposés à l’air et au soleil (mais il pousse aussi directement sur divers conifères, de préférence dans des endroits ouverts).

Il partage son habitat avec la toute proche Lenzite du sapin : Gloeophyllum abietinum. Les différences entre les deux espèces sont ténues : La Lenzite des sapins se présente sous forme de chapeaux étroits, allongés, souvent étalés-réfléchis, tomenteux, à marge peu contrastée, et à lames assez espacées (environ 10 lames par centimètre à la marge) ; ses cystides sont à paroi épaisse, parfois incrustée. La Lenzite des clôtures arbore des chapeaux bien conformés, dimidiés, fortement feutrés, à marge lumineuse et contrastée, à lames assez serrées (environ 20 lames par centimètre à la marge) ; ses cystides sont à paroi mince.

Si vous êtes chanceux et perspicace, vous pourrez avoir la joie, en voyageant, de rencontrer les deux autres Gloeophyllum : la Lenzite des poutres : Gloeophyllum trabetum, d’affinité méridionale, à tonalités grises, venant sur feuillus et conifères, et la Lenzite odorante : Gloeophyllum odoratum, beaucoup plus épaisse, à fragrance anisée, sur de vieilles souches d’épicéas, en montagne.

(21 janvier 2015)

Perenniporia fraxinea

Perenniporia fraxinea 2 blogVoici bien une espèce pérenne par excellence, qui porte cette qualité au cœur même de son nom.

Pérenne : qui dure, qui continue, ne tarit pas, telle une source dont l’écoulement est permanent.

Et pérennité : durée, continuité… avec une orientation vers l’éternité, l’immortalité. Deux mots rassurants, réconfortants, qui nous entraînent sur un fleuve au long cours, et auxquels se greffent d’autres mots de la durée ou du voyage : permanence, persistance, perpétuel, sempiternel, perdurer, pérégrination…

Un champignon pérenne ou pérennant désigne en général un polypore ligneux, qui vit plusieurs années ou dizaines d’années, tels le Phellin robuste ou notre Perenniporia fraxinea (Bulliard) Ryvarden.

Si son nom générique est judicieux, son épithète spécifique en revanche ne l’est guère (du latin fraxinus : frêne), tant il est plus fréquent à la base des robiniers que sur les frênes (mais il passe souvent inaperçu, mimétique qu’il est à la terre et au tronc gris d’une part, et incluant la végétation dans sa croissance d’autre part). Par ailleurs, il affectionne tout particulièrement les villes et les villages. À l’occasion d’une exposition intitulée Les polypores dans la ville, à l’hôtel de ville de Châteauroux en décembre 1988 et janvier 1989, il fut abondamment mentionné dans les parcs, les écoles, les jardins privés, les rues… presque toujours sur des robiniers.

L’exemplaire de la photo, quant à lui, croît tranquillement autour de l’Étang de Bellebouche, exceptionnellement sur un chêne.

Ce polypore de grande taille, souvent en console et tourmenté de gibbosités sur le chapeau, à croûte d’abord fine et pâle avant de devenir noire et épaisse, se démarque des autres ungulines par sa chair beige ou couleur de liège, et par son abondante sporée blanche dont il saupoudre le vaste nid qu’il s’aménage au pied de l’arbre.

(14 janvier 2016)

Le Phellin robuste

 Phellinus robustus 1 blog

Il est un des phellins* les plus zoomorphes : il ressemble souvent à un gros sabot de cheval. Mais il peut aussi prendre l’aspect d’un visage chevelu de mousse, voire d’un énorme nez au milieu de la figure.
Il est également l’un des plus gros, robustes, denses et lourds représentants de son genre. Et il pousse quasi exclusivement sur l’arbre roi de nos forêts berrichonnes : le chêne.
Reprenons pas à pas nos considérations morphologiques et écologiques sur notre polypore, en y ajoutant celles de la couleur. Le Phellin robuste : Phellinus robustus (Karsten) Boudot & Galzin, se montre la plupart du temps piléé-sessile, c’est-à-dire constitué d’un chapeau et dépourvu de pied. Ledit chapeau est glabre, brun jaunâtre rouille à brun-gris, et se craquelle généralement avec l’âge. Sa face fertile jaune cannelle à brun rouillé est un maillage de pores si petits que leur mesure s’exprime en nombre de pores par millimètre, en l’occurence 5-6 chez notre champignon. Le Phellin robuste est une espèce pérenne dont la longévité dépasse souvent la dizaine d’années. Sa chair, appelée également trame ou contexte selon les polyporologues, est jaune rouille, ligneuse, dure comme du bois.
Le Phellin robuste est un hôte habituel des forêts de chênes. Il pousse souvent très haut sur les troncs, et participe alors de ces rares champignons que l’on découvre le nez en l’air.

(7 janvier 2016)

* Du grec phellos : liège (bien que presque tous les Phellinus aient une chair ligneuse).
Les polypores du genre Phellinus ont déjà fait l’objet d’assez nombreuses chroniques, consultables dans les anciens numéros de L’Écho du Berry ou sur le blog Fonge et florule :
Phellinus tuberculosus (18 janvier 2007), Phellinus ribis f. evonymi (17 janvier 2008), Phellinus torulosus (24 janvier 2008), Phellinus trivialis (21 février 2008), Phellinus ferruginosus (19 mars 2009), Phellinus punctatus (18 février 2010), Phellinus tremulae (16 février 2012), Phellinus pini (5 mars 2015).

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