
Ce superbe champignon porte tristement le nom de Lepista saeva (Fries) Orton (du latin saevus : sinistre, sévère) – et ce paraît-il à cause de ses teintes beige grisâtre et de son pied lilas-violet. Mais c’est ignorer le magnifique contraste de son chapeau café au lait, d’aspect gras et luisant, avec son pied d’un améthyste pur. Et personnellement je serais tenté, par une pirouette langagière, de l’appeler la Lépiste suave tant ce contraste unique en son genre m’apparaît d’une exquise douceur.
Il porta aussi le nom de Lepista personata (du latin persona : masque, et donc masqué), ce qui ma foi lui seyait fort bien : le joyau violet de son pied très court se cache en général sous son large chapeau qui le couvre entièrement.
Ce champignon typiquement hivernal est proche du Pied bleu et comestible comme lui. Sa chair, épaisse et dense, dégage de subtiles senteurs fruitées rehaussées de farine. Ses lames beige crème s’émancipent de toute nuance bleutée.
Le Pied violet participe de ces rencontres insolites au cœur de l’hiver, souvent sur une pelouse rudérale, qui nous abasourdissent : « Comment champignon si bien en chair, gras et diaphane à souhait, à la jambe d’un améthyste pur, déposé tels un hymen, une pruine éphémère ou une rosée du matin, peut-il pousser en plein hiver avec la plus impertinente désinvolture ? »
Les deux impertinents de la photo ont choisi de narguer les fonctionnaires de l’État, en pleine pelouse au sein de la Cité Administrative de Châteauroux.
(28 janvier 2016)

Voici bien une espèce pérenne par excellence, qui porte cette qualité au cœur même de son nom.