Marseille côté pile.

On m’a toujours assuré qu’il ne pleuvait jamais à Marseille, que c’était joli, que c’était une ville formidable, et que les gens étaient sympathiques. Alors j’ai voulu aller voir par moi-même.

Comme j’ai un esprit de contradiction particulièrement aigu, je suis évidemment arrivée … sous une pluie battante.
Malgré une jolie percée provisoire du soleil quelques heures plus tard, j’ai trouvé une ville sale, des constructions laides partout (même dans les « centres »), beaucoup de bruit, beaucoup de pollution (bien moins qu’à Paris, certes), puisque l’automobile y règne en maîtresse absolue aux côtés du vent. L’avantage d’un vent fréquent et fort est qu’il balaie une bonne part de la pollution automobile ; son inconvénient : il fatigue beaucoup.
Aucune des places sur lesquelles je me suis promenée ne m’a parue agréable, elles n’ont aucun cachet, même lorsqu’elles essaient d’en avoir un peu comme la place Castellane. Pas un seul endroit où l’on a envie de s’arrêter pour flâner… à part le vieux port, et encore : pour peu que l’on veuille admirer la vue, on se trouve à boire un verre… en compagnie de Madame Automobile.

Bref, pas de quoi pavaner, vraiment. Il arrive que certains autochtones exagèrent leur accent de façon flagrante, peut-être de façon « subconsciente », comme si l’accent (…tuage de l’accent) était proportionnel à la fierté que l’on pouvait tirer du fait d’être Marseillais. Ça fait un peu penser à ces hommes qui rivalisent pour avoir la plus belle voiture (ou, de nos jours et de plus en plus, l’ordinateur le plus performant), ou les femmes qui s’évertuent à porter le dernier pantalon à la mode, même s’il ne leur va pas du tout. Difficile de trouver plus ridicule. La cannebière est moche comme tout, les magasins n’y sont même pas spécialement intéressants.

Ceci dit, c’est bien essentiellement une question de goût : je n’aime pas ce qui est bruyant, agité et qui part dans tous les sens sans qu’on sache jamais où ça va s’arrêter. Ceux qui aiment, adoreront Marseille. Trop d’agitation me fait peur, je préfère le calme, les choses « posées », et l’architecture « propre ».

Des vieux cons.

Quelle ne fut pas ma surprise l’autre jour lorsque, vers 22 heures, et après l’avoir abandonné quelques semaines, j’arrivais dans mon bar préféré pour le trouver à moitié rempli… d’adolescents! La voix de certains garçons semblait ne même pas avoir encore mué. J’ai pensé que je n’avais plus aucune notion de ces choses là et qu’au fond ils étaient peut-être plus âgés qu’ils n’en avaient l’air, mais je me rendis compte que je ne me trompais pas lorsque je vis le défilé des parents, aux alentours de 22 heures 30, qui venaient chercher leur progéniture.

Mais surtout, je me suis prise à réfléchir comme une « vieille », et à comparer leurs habitudes apparentes à celles dont j’essayais de me souvenir, que j’avais pu avoir à leur âge. Je m’aperçus que je n’avais pas grand chose à y redire, au contraire même, ce qui me rassura beaucoup. Car j’ai toujours une peur bleue (pour ne pas l’avoir supporté quand j’étais jeune), de devenir ce que j’appelle une « vieille conne »: une personne qui, quel que soit son âge, n’a de cesse de critiquer ce que font les « jeunes de maintenant », pour mieux se faire valoir en tant qu’ancien jeune, en comparant si possible les points négatifs, plutôt que les points positifs. Voilà une attitude qui m’exaspère, promptes que sont ces personnes à oublier leurs propres maladresses passées, leurs propres balbutiements dans la vie, ne choisissant que ce qui peut les avantager. Ils n’ont au sujet de la nouvelle génération que des choses à dire sur leurs défauts, sans avoir de considération pour leurs qualités.

La première fois que pareil phénomène m’a sauté aux yeux, c’était à l’âge de 25 ans (soit aux environs du XIXè…). A cette époque, je sortais encore de temps en temps le soir avec les copains, et ce soir là, nous avions décidés de dîner chez le copain-qui-sait-bien-cuisiner-et-qui-aime-ça. Après un bon repas donc, nous discutâmes sur le point crucial de savoir si nous allions poursuivre la soirée en ville ou non. C’est alors que le copain en question s’écria que « de toute façon, les jeunes de maintenant ne savent plus faire la fête » et qu’ils ne savent plus que « boire pour boire », que ce n’était donc « plus ce que c’était ».
Le ton exaspéré et méprisant qui accompagnait ces propos m’ont fait ravaler ma salive et écarquiller les yeux, pour la raison évoquée ci-dessus. Oser penser pareille ineptie, un lieu commun qui n’a pas vraiment de raison d’être, et qui plus est, à l’âge de 25 ans!
J’ai eu envie de répondre sur le même ton qu’il n’était apparemment pas sorti de la sienne de (prime) jeunesse pour tenir des propos aussi simplistes, et surtout j’avais envie de lui demander si l’art de la cuite avait été inné chez lui, prête à ressortir quelques épisodes mémorables… (rien que d’y penser, d’ailleurs, ils me font rire…!)

J’ai finalement opté pour la sincérité avec toute la diplomatie (sic) dont je suis capable: « dis Nico, tu réalises que tu parles déjà comme un vieux con, là, à ton âge? », et nous nous mîmes à disserter sur la question. Je n’oublierai jamais cette petite anecdote, et son visage lorsqu’il prononça ces paroles. Depuis ce jour, à chaque fois que ce genre d’idée se fait jour dans mon esprit, je m’efforce d’aller recueillir tous les éléments qui peuvent me faire aboutir à une conclusion moins simpliste… et j’en trouve toujours plein !

Conversation surréaliste.

Tout à l’heure en rentrant à pied de mon bar préféré à une heure un peu tardive (étant précisé que « bar préféré » est un léger abus de langage car comme les dentistes, les bus ou les trousses de toilette, j’en ai généralement deux), il m’est arrivé un truc un peu surprenant.
Il faut savoir que quand je marche à travers la ville à cette heure ci, du moins en dehors du centre à proprement parler, j’ai l’habitude de souhaiter le bonsoir à la plupart des âmes que je croise directement et qui vivent encore (puisque, paraît-il, le sommeil est une petite mort). J’ai du mal en effet à faire semblant de ne pas voir quelqu’un qui se trouve à proximité, à une heure et en un lieu où l’on ne croise une personne en moyenne qu’une fois toutes les dix minutes. Après m’être exécutée auprès du responsable du petit restaurant chinois dont j’avais remarqué en effet qu’il fermait entre 23h et 1h sans en savoir plus (maintenant je sais: c’est aux environs de minuit), je suis passé à proximité d’un arrêt de « mon bus annexe » (sur la ligne «bus du soir»).
Fidèle à mes principes, j’adressai un « bon soir » en souriant poliment à un jeune homme (charmant au demeurant) qui l’attendait et qui achevait simultanément et adroitement de rouler une cigarette (ou autre chose ?). Il a paru un peu surpris puis s’est enhardi et m’a proposé un « deal » qui m’a tout de suite amusée : « si je te donne ton prénom, est-ce que tu me donnes l’heure ? » me demanda-t-il.

Outre le fait que voilà bien longtemps que j’ai perdu l’habitude de me faire tutoyer de but en blanc (héhé la nuit tous les chats son gris : point de rides !), je me suis trouvée un peu surprise et me suis arrêtée.
Amusée mais également curieuse de voir comment il allait s’en tirer, je lui donnais mon accord et, après une seconde d’hésitation, il me donnât effectivement mon prénom.

Interloquée, je ne me laissai pas démonter, et exécutai ma part du contrat en lui répondant l’heure que je croyais qu’il était à quelques minutes près, soit l’heure de tous les dangers à peine passée: minuit cinq (facile, j’étais passée quelques minutes auparavant devant un affichage heure/date/température d’une pharmacie, dont je me suis rendu compte après qu’il… avançait d’au moins cinq minutes).
Il était apparemment satisfait de ma réponse (mais sans doute davantage du fait qu’il avait vu juste dans mon prénom que de connaître l’heure qu’il était), et j’hésitai à lui demander comment il l’avait su.

Puis je me suis rappelé que la convalescence, c’est aussi apprendre à gérer le mystère, du moins lorsque ça reste subjectivement soutenable.
M’efforçant de ne pas trop laisser paraître ma surprise, mais sans la dissimuler pour autant, je lui adressai donc un sourire reconnaissant pour ces quelques secondes aussi insolites qu’agréables, et m’en suis allée, le sourire aux lèvres, bien qu’un peu inquiète (s’il sait mon prénom, que sait-il d’autre ? qui est-il ?).

À peine une minute plus tard, le bus passait, alors que je poursuivais ma route à pied. J’avoue que je n’ai pas pu m’empêcher de l’y chercher du regard, encore un peu sous le choc, sans le trouver. Mille explications me sont venues à l’esprit, toutes plus terre à terre les unes que les autres (j’avoue que j’ai même vérifié mes poches pour vérifier que je n’avais pas égaré mon portefeuille) ; j’ai pourtant choisi celle que je préférais : il avait deviné juste parce qu’il était sensible et m’avait trouvée sympathique.

De la nullité.

En fait, il y a une dizaine d’années, je n’en pouvais tellement plus de (recommencer à) souffrir, qui plus est sans que personne ne comprenne ni ne compatisse (moi y compris) que j’avais expliqué à un ami que mon but, mon idéal, était de « tendre vers zéro » comme dirait un mathématicien ; si possible évidemment pour l’atteindre, le dépasser n’étant pas envisageable à l’époque, ce qui ne manquât pas de provoquer un air de désolation sur son visage (c’est que j’ai désolé de nombreuses personnes). J’avais bien conscience à cette époque de tendre vers « moins l’infini », encore que j’avais remarqué que même lorsqu’on croyait être au fond, les choses pussent encore être pire. Je ne demandais pas à être heureuse à ce moment là, je demandais juste que ces souffrances cessent. Qu’elles oublient mon existence, qu’elles me lâchent, qu’elles aillent voir ailleurs si j’y suis, qu’elles aillent chercher midi à 14 heures si ça les amuse. En tout cas, ces notions mathématiques qui étaient toujours restées complètement abstraites à mes yeux sur les bancs de l’école prenaient enfin du sens.

Je crois qu’aujourd’hui, j’ai atteint mon but : je suis presque nulle ! enfin ! c’est pour cette raison que je retrouve du courage : des très bas fonds dans lesquels je me trouvais, je suis parvenue à me hisser sur le point de croisement qui m’a toujours fascinée : celui des abscisses et des ordonnées. Certes tout cela est encore brouillon (pour ceux qui se demandent : oui c’est fait exprès), car je suis « plus ou moins » nulle. Parfois, je suis un peu au dessus de la nullité, le plus souvent (spécialement depuis que j’ai été malade début janvier et que ça se traîne parce que je n’ai pas eu l’idée de me soigner) je suis encore en dessous. Mais malgré ça, en imaginant que la représentation du graphe soit placé au centre d’une page de format A4 (qu’est-ce que c’est moche cette dénomination, à quand la poésie messieurs/dames les mathématicien(ne)s ?), je crois que cela fait très longtemps que je ne suis pas sortie de la page pour cause de « moins l’infini ». C’est déjà bien !

Autrement dit, même si certaines angoisses ne me lâchent pas, même s’il reste encore tant de choses à faire, je ne peux plus dire que je souffre beaucoup. Je ne souffre plus qu’un peu, de souffrances « accessoires », et encore, pas tout le temps. Certes ça reste très pénible, mais c’est supportable, désormais. J’espère d’ailleurs que je ne souffrirai plus jamais comme je l’ai fait. Et il est vrai que c’est une peur qui ne me quitte pas, même si j’ai compris qu’elle faisait partie de l’entretien du phénomène. Je l’espère vraiment ! Même les gens que je déteste profondément, et même en phase aiguë de détestation, sous l’empire de la colère, je ne parviens pas à le leur souhaiter tellement c’est dur.

Pourvu que cela soit derrière moi pour de bon…
Reste à m’attaquer à ma léthargie… je devrais écrire un livre sur ce que j’appelle la « force d’inertie », je suis sûre qu’il y aurait de quoi remplir quelques centaines de pages !

Toujours courir.

Je ne sais pas comment je m’arrange, mais à chaque fois que j’ai un bus à prendre (et plus encore quand il s’agit du dernier), je ne parviens pas à partir de chez moi sereine, et souvent même, je ne parviens pas à partir dans les temps. Si bien que souvent, en apercevant effarée l’heure sur le dessus de ma télévision au moment où je quitte mon cocon, je me vois dans l’obligation de courir, parfois comme une dératée si je veux avoir la moindre chance de monter dans le bus. Il faut savoir que j’habite dans une ville de province, et pas du tout dans le centre (ni non plus tout à fait dans la banlieue d’ailleurs), et que rater le dernier bus équivaut à rater mon rendez-vous.

Le problème c’est que j’en ai ras-le-bol de courir !
D’abord quand je m’aperçois du retard, je ne peux pas m’empêcher de courir « à fond », sans mesurer l’effort, histoire d’être sûre que j’ai vraiment fait tout ce que j’ai pu pour « rattraper ma faute » de n’avoir pas eu la notion du temps quelques minutes plus tôt. Car je me vois bien, quelques minutes avant le départ : soit je suis tellement absorbée par la tâche que j’accomplis que je ne vois pas du tout l’heure, soit j’ai bien vu l’heure mais je me dis que j’ai encore le temps de faire telle chose, et que si je pars tout de suite, je vais être bien trop en avance et que je vais encore attendre (et avoir froid, ne pas avoir le temps de faire telle chose, etc, rayer la mention inutile), soit encore, je m’extrais de mes tâches dans les temps, mais je ne peux pas m’empêcher de me dire que j’ai « encore le temps » de faire telle petite chose puisque ça ne prends que « quelques secondes ».
Ensuite, quand l’effort est trop violent (et improvisé de surcroît), ça me file de l’asthme (voilà une singulière chose que j’ai découverte il y a peu et qui n’est pas du tout agréable). Et même si mes crises sont tout à fait raisonnables (je ne suis pas une asthmatique à proprement parler), la respiration met beaucoup de temps à se régulariser.
Et puis un effort violent, ça fait très mal aux poumons.
Et puis surtout, je n’aime pas courir.
Ça fait tout un tas de bonnes raisons pour partir à l’heure me direz-vous.

Alors immanquablement, je me dis à chaque fois que je ne veux plus jamais courir comme ça. Et pourtant, la fois d’après, je n’arrive encore pas à partir suffisamment tôt. Ça me fait penser à ceux qui se prennent une belle cuite et jurent leurs grands dieux dès le lendemain (mais ont-ils vraiment fini de cuver… ?) que c’est sûr, c’est la dernière. Qu’est-ce qui est à ce point plus fort que nous ?
J’ai mis mille petites choses en place depuis que j’ai pris conscience de tout cela, et ça va quand même mieux (encore une « convalescence »), mais même si le problème n’est plus « entier », il persiste.

Alors comme il paraît que c’est la fête des amoureux aujourd’hui (même terré au fond de son cocon, on ne peut pas y échapper !) ; si je courais après les hommes plutôt… ?

Impossible, et alors ?

Ces ennuis de santé en tout cas me font (encore) prendre la mesure de ce que, quoi que l’on souhaite et quelle que soit la volonté qu’on y met, on ne fait jamais que ce que l’on est, et qu’on n’a pas choisi d’être.

Après être rentrée chez moi, lundi soir, dans les cinq dernières minutes qui me restaient (avant minuit, car c’est à la fois un jeu et un défi, c’est peut-être là tout le problème d’ailleurs) pour « remplir mon contrat d’ici », j’ai fait une tentative d’écriture en n’étant toutefois pas bien sûre de pouvoir aboutir. J’avais d’ailleurs trouvé une pensée à exprimer toute bête et que j’aimais bien, quoiqu’elle fut très brève et particulièrement futile, et encore que j’éprouvasse du mal à la formuler. C’est en voyant le nombre de commentaires puis leur contenu que je me suis sentie légèrement paralysée. Un peu seulement car tant de sollicitude m’a conduite à renouer bien vite avec le concept d’écriture, et par suite avec mon crayon, à défaut de mon clavier dans l’immédiat.
Comme en outre je me sentais tranquille ; j’ai un peu trié mon bazar et j’ai… retrouvé un billet que j’avais écrit à votre intention juste avant de « m’écrouler », et que j’avais complètement oublié. Je m’aperçois d’ailleurs qu’il mériterait éventuellement une suite. À voir. Malgré mes difficultés à me relire (c’est que je l’ai écrit dans un bus, essoufflée qui plus est), j’ai pu le mettre en forme, et il vous sera donc servi lundi en principe.

Par ailleurs, je ne me suis pas trop voulu de n’avoir pas écrit en début de semaine car je me suis rappelé un des mes « principes de convalescence » (que j’ai parfois du mal encore à appliquer), ainsi qu’un commentaire que j’avais pu lire ici même, et qui fut relayé peu après par un autre : j’ai accepté alors de laisser des cases vides, ce qui ne fut pas chose facile. J’ai pensé que, de toute façon, je n’écrirais pas toute ma vie ! J’ai d’ailleurs poussé la réflexion et ai supposé que passé un certains nombres de pages (l’équivalent d’un livre ?), je n’aurai plus grand chose à dire.

En tout cas pour revenir ici, j’ai attendu que l’effort soit non seulement raisonnable, et si possible, couplé au plaisir, tout en acceptant d’avoir laissé quelques absences.
Cela aussi fait partie du travail de convalescence, et c’est encore un effort de tous les instants : il s’agit d’apprendre à sentir quand il « vaut mieux » ou ne « vaut mieux pas », et ce, pour presque tout ce qu’on fait…

Quand le dépit vaut mieux que le désir.

C’est que je ne pensais pas du tout que ce blog virerait à ‘je donne de mes nouvelles’, et d’ailleurs, c’est un concept qui ne me sied pas. Si j’en ai donné malgré tout, c’est parce que j’aurais aimé en avoir un minimum en tant que lectrice ; mais je n’ai pas l’intention de poursuivre sur cette lancée !

Car c’est une bonne occasion de dire que le but de ce blog n’était pas de me faire suivre à la minute, mais plutôt de déficeler, peu à peu, toutes ces petites choses que j’ai vécues et que je vis encore pour beaucoup, et qui m’ont conduites à sortir de temps en temps et de plus en plus de cet état douloureux (qui semble être vraiment derrière moi) ET léthargique (qui persiste) que je ne connais que trop.

Sur la forme, j’aurais bien aimé carrément écrire un livre, et d’ailleurs, c’est parce que je n’y suis pas parvenue que l’idée du blog a germé dans mon esprit. Je ne suis pas parvenue à organiser mes idées, à trouver une trame ou des personnages, rien de ce que j’imaginais ne me convenait. Penser à plein de petites choses et les écrire, c’est une chose, les organiser de façon cohérente en est une autre. Et puis j’avais envie d’être lue, et je savais qu’en écrivant un livre, c’était complètement hypothétique ! Je me suis rendu compte que la formule blog me convenait sans doute bien mieux, je me suis donc lancée, et pour l’instant, je ne regrette pas du tout, au contraire.

Pour en revenir aux « petites choses », et donc sur le fond, j’avais envie de les raconter tout simplement parce que bien que j’aie commencé à les vivre il y a plusieurs mois (je dirais environ un an et demie), je continue à les découvrir, et il y a souvent quelque chose dans mon quotidien qui me renvoie à une réflexion que je me suis faite un jour, ou plus encore, à une pratique que j’ai pu mettre en place, ainsi qu’à la façon dont j’ai pu trouver la force de mettre en place cette pratique, et les conséquences que cela peut avoir. D’où le pluriel, qui me tient à cœur, à «convalescences».
Car ce n’est pas le tout que d’avoir une recette : encore faut-il avoir les ingrédients, les ustensiles (aller les chercher), la possibilité de les assembler les uns aux autres (donc la force et l’esprit nécessaires), et le doigté indispensable à toute recette. C’est toute une vie à détricoter et retricoter de façon un peu moins malhabile que la première fois (qui fut faite à notre insu et plus encore contre notre gré), et plus soutenable (puisque précisément, ça ne l’était pas) : il faut donc réfléchir au plus ‘judicieux’, mais également avoir l’adresse et la force pour le faire.

Et puis si je tenais tant à raconter tout ça, c’est simplement parce que ça m’intéresse (j’y reviendrai peut-être). N’étant pas une extra terrestre, j’en ai déduit que ça en intéresserait peut-être d’autres (d’avoir pu penser ça est déjà un signe de convalescence, d’ailleurs); et puis j’avoue que je crois bien que je fatiguais certains de mes amis à trop parler de ça. C’est que c’est tellement important pour moi… ! je suis sans doute désormais un peu plus disponible pour eux et donc pour partager… et guérir un peu plus, tout en n’ennuyant personne ici car, ainsi que l’a très justement souligné une lectrice, ne viennent me lire que ceux qui l’ont choisi.

C’est enfin et surtout, bien sûr, parce que je prends du plaisir à écrire et que j’ai appris à faire ce qui me fait plaisir si possible de façon constructive. Or j’ai appris qu’en se faisant plaisir, on faisait souvent plaisir aux autres, même parfois de façon inattendue.
Et je me surprends à penser qu’écrire est un métier qui m’aurait bien plu.

La cerise sur le gâteau, ce sont vos commentaires ou vos emails, dont vous n’ignorez certainement pas qu’ils me touchent…

Qui aurait cru que le dépit put dépasser les idéaux?

Quelques nouvelles.

Même si je suis encore en sursis pour l’heure, peu à peu, je recouvre mes forces. Il faut dire que j’étais partie me faire prendre en charge en dehors de mon cocon car je me sentais vraiment trop faible pour assurer seule le quotidien, sans compter les inévitables angoisses « traditionnelles » qui viennent se greffer sur ce genre de désagréments. Ça m’apprendra à courir comme une folle après mon bus !

Je me suis aperçue en lisant vos commentaires que je me suis mal exprimée (trop fatiguée sans doute !) car ce n’était pas seulement le moral qui me sciait les forces : je m’étais aperçue peu avant de rédiger ma dernière note qu’il était même probablement minoritaire. Il baissait régulièrement certes, mais je n’avais pas les idées noires caractéristiques qui en principe se font rapidement jour en pareil cas, et qui en tout cas perdurent. Je m’étais rendu compte qu’en fait, le moral remontait tout le temps, et ne me minait pas plus que d’habitude en quelques sortes, du moins pas plus que les baisses récurrentes de moral en période de convalescence. Il le faisait juste plus souvent. Et si je me sentais à ce point épuisée, c’était plutôt, m’étais-je dit, en raison d’un état de fatigue corporel, et il me fallait régler ce problème pour retrouver la force ne serait ce que physique de venir écrire ici. Quelques analyses ont confirmé cet état de choses, même si je ne suis pas fixée sur le plan diagnostique.

Ceci dit, que ce soit sur un plan proportionnel ou essentiel on peut toujours élucubrer des heures durant sur les rapports entre le mental et le physique, en s’interrogeant sur le point de savoir lequel est le moteur de l’autre…
En parlant d’œuf ou de poule en tout cas, il paraît qu’il me faut manger désormais un peu plus protéiné. Les copines à régime se sont fait un fort de me détailler les choses (c’est que je suis souvent un peu sourde à ce qui est restriction / obligation alimentaire), et je me suis alors rendu compte que de fait, depuis plusieurs mois, j’ai supprimé le lait de mon alimentation en pensant que ce truc était une vacherie (le mot n’est pas de moi) : je n’ai pas de micro-onde et comme je suis incapable de le surveiller «comme du lait sur le feu», il déborde toujours de ma casserole ; vous imaginez la vaisselle et le nettoyage à chaque fois, quand on a une fâcheuse tendance à la léthargie, et qu’on n’arrivait déjà pas à sortir la casserole de son placard… !
Le remède était peut-être pire que le mal.

Outre que certains conseils qui me furent dispensés ici me seront bien utiles, c’est mon… boucher qui va être content !

Courses de célibataire.

J’avais remarqué en allant au supermarché que c’était pas facile de n’acheter que ce dont on a besoin. D’abord pour ce qui me concerne, mes sorties n’étant pas planifiées, mes repas le sont rarement aussi, et le congélateur a ses limites. Pas facile donc déjà de faire ses courses sans trop de gaspillages. Ensuite, en supermarché, les doses pour célibataires sont souvent très chères, et parfois inexistantes : cela va même parfois presque jusqu’à rendre plus économique (mais sûrement pas écologique) l’achat de plus de produit.
C’est pour cette raison que j’ai pris le parti d’acheter ma viande à la tranche.

Et bien si vous avez le malheur de bien vous connaître, et de savoir que vous n’avez envie que de 150 grammes de viande car au delà, c’est trop et vous y prenez moins de plaisir, vous êtes fichu: vous passez commande en conséquence, on vous regarde d’un mauvais œil en supposant (je suppose…) que vous faites un régime et que, de toute façon, vous ne savez pas ce qui est bon (je me permets de généraliser car ça m’est arrivé plusieurs fois depuis que je me « rebelle » contre la surconsommation… de viande).
Ce qui est faux pour ce qui me concerne ! J’aime la bonne viande, je n’aime pas les régimes (bien que je comprenne qu’on puisse en faire), mais il se trouve qu’au-delà d’une certaine dose, j’apprécie moins. Certes, je pourrais jeter, mais ce n’est pas si simple : d’abord pourquoi toujours consommer plus ? Ensuite, idéologiquement parlant, ça ne me plaît pas. Et puis surtout, psychologiquement, ce n’est pas le même plaisir.

Vous pensez que je suis paranoïaque? Essayez donc.

Liberté quand tu nous TIENS.

Hier, j’avais un rendez-vous et comme souvent quand je ne vérifie pas sur mon carnet, je me suis trompée d’heure : j’avais une demie-heure d’avance. Or, je me suis rendu compte après être montée dans le bus que j’avais oublié mon portefeuille.
Damned.

Bien que j’eusse un peu de liquide sur moi, il me manquait à tout le moins ma carte de bus, et un « vrai » moyen de paiement pour « au cas où » (notamment de problèmes) ; de telle sorte que j’ai eu envie de faire demi-tour pour aller le chercher. Le fait que j’étais partie en avance rendait la chose potentielle, mais néanmoins hasardeuse. J’étais donc indécise, et pour ne plus l’être, je me suis posé la question : «je n’ai pas ma carte bleue, et alors ?». Et alors, voyons!, cela me privait forcément de ma sécurité et de ma liberté.

Surtout en période de soldes, et alors que j’avais prévu de rejoindre une copine après mon rendez-vous. Mais cela voulait dire qu’il fallait que j’accomplis un demi-tour, et que je prenais de surcroît le risque d’arriver en retard à mon rendez-vous (et donc notamment de devoir le renouveler, étant entendu que j’ai une sainte horreur des rendez-vous).

Alors c’est ça la liberté ? C’est se sentir obligé d’aller chercher cette petite chose qui vous rend… libre ?
J’ai eu alors quelques vagues réminiscences de mes cours de philo, et me suis rappelé que la liberté c’est avoir le choix. Le choix et l’information. Mais je ne sais pas si le point d’équilibre entre les choix potentiels que je n’avais plus, et l’obligation que cela provoquait d’aller me munir de cet étrange instrument. Ça m’a laissée rêveuse, et je me suis dit que cette anecdote était encore la manifestation de ce que trop de liberté tue la liberté, et provoque certains stress probablement inutiles.
En allant plus loin, je n’ai pas pu m’empêcher à nouveau de me poser la question de l’excentricité de notre société occidentale (c’est un thème récurrent pour mes neurones).

Ça m’a alors renvoyée vers une conversation au cours de laquelle j’avais appris le sujet d’un concours pour entrer dans l’administration. C’était quelque chose comme : « est-il encore possible de vivre l’aventure de nos jours ? ». J’avais trouvé la question pertinente et je me rappelle que j’avais répondu d’emblée et en riant qu’il suffisait d’aller passer quelques jours dans une grande ville occidentale sans moyen de paiement ni téléphone…

En tout cas, hier, la journée a pris un cours que je n’avais pas du tout prévu, et ma carte bleue ne m’a vraiment pas manquée!