Du yaourt.

Il y a un truc qui m’épate beaucoup chez les musiciens, c’est leur faculté à chanter en «yaourt». Pour ceux qui l’ignorent, le yaourt version musicale est le nom donné aux suites de sons « prononcés » par les chanteurs afin de donner une consistance à leur chanson en attendant d’en écrire les paroles. Ainsi, on peut « yaourter » dans n’importe quelle langue, c’est-à-dire prononcer des sons à consonnance linguistique anglaise, espagnole ou pourquoi pas mongole (après tout, c’est pas eux qui vivent dans des yaourts ? […]). Il paraît d’ailleurs que certains ne les écrivent jamais, les paroles, c’est le cas paraît-il pour un tube qui a sévi sur nos ondes FM il y a quelques années dont j’avais toujours cru qu’il était chanté en espagnol…
Je n’arrive pas à comprendre comment ils ont suffisamment d’imagination pour renouveler sans cesse les sons qui, même s’ils reviennent souvent, ne constituent jamais un ensemble monotone, et sonnent comme le ferait une langue.
A leur place, je serais complètement bloquée, ou alors ce seraient toujours les mêmes sons qui reviendraient et, dans l’effort que je fournirais pour les varier, l’ensemble s’en trouverait hachuré et donc inaudible.

Cela étant, je ne suis quand même pas complètement incompétente en la matière puisqu’il y a une chose que je fais remarquablement : c’est pédaler dedans… !

De la mue (2/2).

Si guérir c’est savoir lâcher ce qui fait mal, cela ne se fait pas sans mal, justement. Certaines difficultés seront toujours présentes, quand bien même vous les aurez surmontées maintes fois. Car si vous ne parvenez pas à lâcher tout à fait, c’est pour deux raisons au moins.

Tout d’abord, c’est renoncer à de vieille amitiés, qu’elles soient de trente ans ou non. C’est en quelques sortes, se couper de ses racines. A soi seul, c’est déjà un argument très fort car il est indéniable que les amis d’enfance, de lycée ou de fac sont les plus solides. Les rapports que l’on peut avoir avec eux ne se retrouvent jamais de façon si imprégnés, si naturels et si forts dans les amitiés ultérieures, si belles et si fortes soient elles.

Ensuite, de façon plus pragmatique, ne plus les voir du tout parce que leur fonctionnement vous devient trop douloureux, c’est renoncer tout à fait à un monde que l’on connaît par cœur, dans lequel on est mal certes, mais dans lequel on se sent à la fois à l’aise et en sécurité si paradoxal cela puisse paraître.
Or les personnes qui ne connaissent pas (ou n’ont pas connu) de difficultés majeures à vivre ne peuvent pas comprendre certains mystères de vous-mêmes, même ceux dont vous ne vous cachez pas, et ne vous les pardonnent parfois que difficilement, malgré leur bonne voire excellente volonté. Vous restez toujours en marge, en quelques sortes.
Et puis surtout, comment ils vivent une vie normale, ils vous négligent un peu à leur insu : ils ne peuvent pas deviner que vous vous sentez insécurisé, que vous avez besoin de leur présence même très furtive, d’un mot rassurant en passant ; de même que, quand bien même le devineraient-ils et vous feraient l’amitié de vous consacrer un peu de temps, ils ne peuvent pas être toujours présents, et ce n’est sans doute d’ailleurs pas souhaitable.
Après, il y a ceux qui vous font du bien lorsque vous les voyez, que vous aimez bien, qui semblent vous apprécier beaucoup aussi, mais qui vous oublient, ou qui ne vous rappellent pas lorsque vous laissez des messages. Mais ça, c’est une autre affaire, et ils vous font, finalement, aussi mal que vos bons vieux amis…

Autrement dit, accompagné des meilleurs vous êtes un peu perdus, fortement insécurisés, et jamais tout à fait à votre place ; accompagnés des pires, vous êtes inexorablement entraînés vers les vieux réflexes dont vous essayez de vous débarrasser : seul vous pouvez lutter contre vos toiles d’araignée, à leurs côtés, vous ne pouvez que finir par sombrer.

Alors je me dis que les serpents ou insectes qui muent sont en difficulté dans ces moments là, et du coup, je comprends pourquoi cela prend du temps à leur échelle…

Mais si je les en crois, ils en reviennent plus beaux !

De la mue (1/2).

Pas facile que de guérir. Changer de peau, peu à peu, c’est encore une fois être aux prises avec son passé à lutter amèrement pour conserver des racines qui ne soient pas trop encombrantes ou négatives.
Car on a beau évoluer, on ne change jamais de façon radicale. On conserve des faiblesses, des traits de caractères par forcément marrants pour les autres, mais dont on parvient à peu près à s’accommoder, et que l’on parvient à rendre à peu près supportables pour toute personne normalement constituée.
Seulement voilà : il y a pire que vous. Notamment ceux qui n’ont pas évolué et qui refusent obstinément de le faire. Comment leur expliquer que vous avez de moins en moins envie de les voir , alors qu’ils sont vos amis de longue date (ce qui suppose déjà un lourd travail de deuil personnel), au fur et à mesure qu’ils vous renvoient par frictions interposées à tous les obstacles que vous avez plus ou moins surmonté tant bien que mal ? D’autant qu’ils ne comprennent plus votre fonctionnement quand bien même le leur expliqueriez vous puisque, par définition, ils n’ont pas (ou peu) évolué dans ce domaine.

Or ne pas leur pardonner, c’est ne pas se pardonner à soi-même (ces traits passés ou présents).
Leur pardonner, c’est leur laisser croire que certaines choses n’ont finalement qu’une importance relative, puisque, symboliquement, vous laissez faire.
Vous opposer, tout en pardonnant, cela suppose de se faire entendre. Or certains ont le chic pour refuser de vous entendre voire, mettre le mouchoir par dessus, et poursuivre comme si de rien n’était, sans comprendre que vous preniez vos distances par la suite. Et vous ne pouvez pas le leur expliquer : dès que vous vous y essayez non seulement vous vous trouvez face à un mur, mais encore c’est un mur qui vous invective.

Pourtant, guérir, c’est savoir lâcher ce qui fait mal et qui est inextricable…

De la cigarette associative.

Voilà que j’ai eu envie de fumer, l’autre jour, parce que (croyais-je) j’étais en terrasse à prendre un café. Mais à y réfléchir un peu mieux, c’était bizarre puisqu’à l’automne dernier, alors que je ne fumais plus depuis quelques mois déjà, il m’arrivait également d’aller déguster un café en terrasse, au soleil, et j’avais été surprise de constater que la cigarette ne m’avait pas du tout manqué.
Pourquoi là ? Question de saison ?
Question de mémoire.

À la réflexion et en fouillant dans mes souvenirs, je m’aperçus que du temps où je fumais, et pendant plusieurs mois consécutifs, je me rendais souvent à cette terrasse pour y prendre un café, dès lors qu’il ne faisait pas trop froid (nous étions au tout début du printemps), et particulièrement lorsqu’il faisait beau. A l’époque, j’y fumais systématiquement une cigarette associée au café dont je me délectais simultanément.

Mais surtout, c’était à un moment où je me sentais aller beaucoup mieux après des années de souffrances et de tristesse fréquentes voire quasi permanente : je me sentais encore fragile, mais me croyais presque « guérie », en tout cas sur la pente ascendante. Je m’étais remise à travailler, j’avais rendu ma vie « active ».
Un peu comme ces derniers temps, au fond.

Pourtant, sans répit suffisant à l’époque, et un deuil étant venu interrompre cette progression, j’ai peu à peu replongé sans pourtant l’accepter tant je refusais l’idée de repartir dans ces limbes douloureuses et inextricables dont le souvenir était encore très frais. Je refusais de m’apercevoir que la Chose était de retour, qu’elle s’accrochait à nouveau, comme un pou à un cheveu. Je mettais tout sur le compte du « deuil à faire ».

Mais ne voyant poindre aucune amélioration passé le délai d’un an après le décès, il a bien fallu que je me rende à l’évidence : il n’y avait pas que le deuil, ou du moins, il avait re provoqué la Chose. Il fallait recommencer le travail si fastidieux de la convalescence, et en particulier, parvenir à en retrouver le chemin. Ce chemin, je l’ai enfin retrouvé, et repris.

Voilà peut-être la raison (entre autres) pour laquelle j’ai eu envie d’une cigarette, là, par ce temps ensoleillé, avec le café et sur la terrasse de là où je remontais la pente il y a quelques années…

Ménage de rentrée.

Vous ne devinerez jamais ce que j’ai retrouvé dans mon freezer en lui faisant son lavage séculaire.

Allez, je vous aide :
a. un médicament (dont je vous laisse le soin de deviner l’indication)
b. une punaise (dont je vous laisse le soin de deviner s’il s’agit de l’objet ou de l’insecte…)
c. de la bougie
d. une mini perle (dont je vous laisse le soin de deviner la couleur)

NB. Ceci est une question à choix multiples ! Non non non, je n’ai pas TOUT ça dans mon freezer !

Des connasses.

Je ne sais pas si vous avez remarqué, mais lorsque vous êtes invités à une soirée ou un week-end ou encore à passer des vacances avec des amis, il y a toujours* une connasse pour faire chier le monde, ou, si elle est de faible envergure, se contenter de s’en prendre à une tête de Turc soigneusement choisie.
Pour peu qu’elle soit costaud, elle va réussir à foutre la merde dans le groupe, alors même que, savamment constitué, sans elle, il n’y aurait probablement pas eu la moindre anicroche.

En général, d’ailleurs, il est difficile de mesurer exactement l’impact d’une connasse. Il faudrait pouvoir interroger chaque personne sans tabou, ce qui est impossible. On ne peut donc se fier qu’à ce que l’on voit, et qui est déjà conséquent dans certains cas.
En fait, elles sont des artistes qui savent accorder avec précision les dissonances des uns et des autres pour mieux rendre les faits amers, voire écœurants. Heureusement, il arrive parfois qu’elle échoue, et que son attitude ne fasse que rendre bizarres certains détails sur le moment, détails visibles sur le tableau final, mais insignifiants en tant qu’ils sont des détails.
Pour peu que vous soyez armé d’un bon bouclier (et surtout pas d’une épée), vous avez conservé le plaisir de peindre, en compagnie des autres, sans vous laisser perturber. Ce n’est qu’après que vous constatez les imperfections de l’œuvre, et que, éventuellement, vous en souffrez.

D’ailleurs, je me demande bien comment elles vivent les choses, elles. On peut juste voir poindre une sorte d’agressivité non maîtrisée lorsqu’elles se trouvent surprises que certains se permettent de ne pas entrer dans leur jeu, ou lorsque, sollicitées, elles ont décidé de tourner les choses au vinaigre quand bien même tous signes extérieurs seraient plutôt positifs. Mais je n’ai aucune idée du degré que cela peut atteindre ni de l’empreinte que cela peut laisser. De la même façon, je me suis longtemps interrogée sur les motivations des connasses. L’ennui ? la jalousie ? l’égoïsme ? du stress mal géré et dissimulé à soi-même ? Je ne sais pas, et je n’arrive jamais vraiment à savoir (par définition, je les fuis).

Pour ma part et pour cet été en tout cas, je m’aperçois que je suis tellement convalescente en ce moment que j’arrive à ne pas me laisser transpercer par elles, si douées soient-elles. J’espère juste que cela n’aura pas trop de conséquences à long terme, ce que je suis incapable de jauger puisque je ne fais que constater le phénomène, sans pouvoir l’expliquer.

Dès lors, une question me tarraude : et si j’avais été connasse à mon insu ?

* c’est une formule de style. Par exemple, il n’y en avait pas à Montcuq !

Revenir.

Quand je dois quitter l’endroit où je suis partie pour revenir chez moi, je stresse aussi, même si c’est beaucoup moins. Il y a quelques temps, dans la mesure où j’avais décidé de ne rien faire d’autre, histoire de ne pas trop stresser (c’est que ça s’organise, une convalescence…), je disposais de quatre heures trente pour réunir les trois malheureux objets qui traînaient dans l’appartement hôte dans lequel j’avais passé une dizaine de jours. Il ne m’aura fallu, finalement qu’une heure trente et pour me préparer, et pour faire ma valise. Je m’en suis félicitée, et je n’ai pas perdu de vue que c’est précisément parce que je m’étais accordé 4h30 que j’y suis parvenue sans problèmes et sans oublis…
Je me rappelle que j’ai souris en pensant que ce serait agréable si c’était presque toujours comme ça la vie… !

En ce moment, elle est comme ça, alors j’en profite : si tout va bien, je repars dès le week-end prochain.
… mais je ne sais pas encore pour où.

C’est fou, non ?

Plus je rencontre des gens, plus j’ai envie d’écrire des histoires. Et j’ai été servie ces derniers temps en la matière. A ceci près que je n’ai envie de parler que d’eux, et pas spécialement de ce qui pourrait leur arriver.
Ah si je pouvais m’y atteler un jour, et essayer pour de vrai…
C’est ce que disent tous les ratés, non ?
Peut-être y arriverais-je, qui sait ?

Sans voix.

Partie rejoindre le bloggouvernement de montcuq à l’improviste et donc très, très, très en retard (j’ai décidé environ une heure avant mon départ effectif de m’y rendre finalement, ayant au préalable reporté mon rendez-vous avec l’anpe: autant dire que je suis arrivée après la bataille), j’ai appris avec beaucoup de surprises et de plaisir que j’avais été nommée ministre… de la « persévérance positive ». Surprise car j’avais eu beau chercher quel office je pourrais bien remplir au sein d’un bloggouvernement – auquel je n’imaginais pas participer -, je n’avais pas trouvé de solution. Même avec plusieurs heures de trajet !
Plaisir parce que cela me donne la sensation – très rare – qu’au moins une ou deux personnes (peut-être davantage) se sont aperçues des efforts que je fournissais au quotidien juste pour apprendre à aimer vivre, et les reconnaissent…

Et j’en suis très émue car (j’insiste) même en essayant d’imaginer quelque chose qui me ferait plaisir, je n’avais vraiment rien trouvé. Alors imaginez donc lorsque je me suis rendu compte non seulement qu’une charge même virtuelle pouvait me faire plaisir, mais encore que d’autres personnes y avaient pensé pour moi…

De la même façon que je « crise » dès lors que je me sens abandonnée, je suis très émue lorsque je m’aperçois qu’on peut me vouloir du bien, même de façon purement ludique, en toute simplicité et sans arrière-pensée. Ça me fait toujours bizarre. J’ai toujours du mal à y croire. Je ne comprends pas très bien lorsque ça arrive, mais j’apprends (très lentement mais j’espère sûrement) à laisser faire, et à accepter.

C’est d’ailleurs dans ces moments là que je suis amoureuse des mots, car ils m’aident à exprimer ce que je me sens incapable de montrer sans eux.

Allons, restons simples : appelez moi Madame la ministre…

Mention très bien.

Voilà une initiative que je trouve dingue. Et dinguement réussie.
Voilà un homme qui a décidé, là, comme ça, parce qu’il a aimé un poète, parce qu’il aime le jeu de mot, et parce qu’il aimerait pouvoir changer le monde (ou plus modestement, le gouvernement ?) de donner rendez-vous à quelques « pèlerins » à des kilomètres de chez la plupart d’entre eux (613 exactement pour les Parisiens), à une époque de l’année où nombre sont éparpillés en vacances (bien programmées en principe).
Voilà que quelques uns semblent vouloir lui emboîter le pas.
Voilà que, sentant une sorte de désir de se rencontrer chez certains d’entre eux, sans avoir la certitude que suite sera vraiment donnée à ces « paroles » – qui, au fond, eussent sans doute été considérées comme non engageantes en cas d’absence de réunion -, il n’a pas peur de se rendre sur place, repérer les lieux, mettre au point un programme cohérent et constructif, assurer l’intendance minimale, et… décider que tout cela sera.
Et cela fut.

Ils se sont donc retrouvés à une vingtaine, réunis au milieu de nulle part (pour ne pas dire dans le trou du cuq de la France), à former un BlogGouvernement de façon quasi officielle.
Au programme, timing serré, et cadre solide : présentation de chacun et nomination officielle des blogoministres, un discours étant prononcé par chacun ainsi que par le maire du village en personne ; repas, puis visite guidée du village. Le tout en présence de la presse locale.
C’est que ça rigole pas ! Ou plutôt si, justement, et c’est probablement là ce que l’on retiendra de cette réunion impertinente : tout s’est déroulé dans une atmosphère de franche convivialité et de rigolade, avec une souplesse à faire pâlir d’envie les anarchistes.
Certains (dont je suis… !) ont prolongé le plaisir jusque tard dans la nuit puis le lendemain, se promenant alentours presque comme s’ils se connaissaient depuis toujours.
Bref, un pari bigrement réussi.

Tout ça parce que l’un d’entre nous a eu envie, et a essayé…
Moi, à cet homme là, je dis bravo!

Dehors, la torture.

Depuis quelques temps, mes effondrements émotionnels sont un chouïa moins intenses, mais surtout franchement moins conséquents. Je n’en pleure pas moins, j’ai toujours très mal, mais je repère assez vite ce qui fait si mal, et je sais rapidement s’il y a quelque chose à y faire ou non et/ou s’il y a un moyen de prendre de la distance, et surtout, de briser la chaîne. Après avoir compris et analysé tout cela, reste à trouver la force de le faire. Il m’aura fallu trois jours, pour cette fois (depuis le 15 au soir pour être exacte, avec des rebondissements mais aussi quelques pauses qui m’ont permis de bloguer!).
Du moins j’espère que c’est terminé, et qu’il y aura du répit avant le suivant.

Parce que bon, avoir envie d’crever, c’est crevant !