Si guérir c’est savoir lâcher ce qui fait mal, cela ne se fait pas sans mal, justement. Certaines difficultés seront toujours présentes, quand bien même vous les aurez surmontées maintes fois. Car si vous ne parvenez pas à lâcher tout à fait, c’est pour deux raisons au moins.
Tout d’abord, c’est renoncer à de vieille amitiés, qu’elles soient de trente ans ou non. C’est en quelques sortes, se couper de ses racines. A soi seul, c’est déjà un argument très fort car il est indéniable que les amis d’enfance, de lycée ou de fac sont les plus solides. Les rapports que l’on peut avoir avec eux ne se retrouvent jamais de façon si imprégnés, si naturels et si forts dans les amitiés ultérieures, si belles et si fortes soient elles.
Ensuite, de façon plus pragmatique, ne plus les voir du tout parce que leur fonctionnement vous devient trop douloureux, c’est renoncer tout à fait à un monde que l’on connaît par cœur, dans lequel on est mal certes, mais dans lequel on se sent à la fois à l’aise et en sécurité si paradoxal cela puisse paraître.
Or les personnes qui ne connaissent pas (ou n’ont pas connu) de difficultés majeures à vivre ne peuvent pas comprendre certains mystères de vous-mêmes, même ceux dont vous ne vous cachez pas, et ne vous les pardonnent parfois que difficilement, malgré leur bonne voire excellente volonté. Vous restez toujours en marge, en quelques sortes.
Et puis surtout, comment ils vivent une vie normale, ils vous négligent un peu à leur insu : ils ne peuvent pas deviner que vous vous sentez insécurisé, que vous avez besoin de leur présence même très furtive, d’un mot rassurant en passant ; de même que, quand bien même le devineraient-ils et vous feraient l’amitié de vous consacrer un peu de temps, ils ne peuvent pas être toujours présents, et ce n’est sans doute d’ailleurs pas souhaitable.
Après, il y a ceux qui vous font du bien lorsque vous les voyez, que vous aimez bien, qui semblent vous apprécier beaucoup aussi, mais qui vous oublient, ou qui ne vous rappellent pas lorsque vous laissez des messages. Mais ça, c’est une autre affaire, et ils vous font, finalement, aussi mal que vos bons vieux amis…
Autrement dit, accompagné des meilleurs vous êtes un peu perdus, fortement insécurisés, et jamais tout à fait à votre place ; accompagnés des pires, vous êtes inexorablement entraînés vers les vieux réflexes dont vous essayez de vous débarrasser : seul vous pouvez lutter contre vos toiles d’araignée, à leurs côtés, vous ne pouvez que finir par sombrer.
Alors je me dis que les serpents ou insectes qui muent sont en difficulté dans ces moments là, et du coup, je comprends pourquoi cela prend du temps à leur échelle…
Mais si je les en crois, ils en reviennent plus beaux !