L’amie de trente ans.

L’avantage de se fâcher avec une amie de trente ans, c’est que vous pouvez lui balancer (et prendre) tout à travers la figure tout en sachant d’où ça vient. Mais surtout, véhément ou non, ça reste censé, cohérent et presque correct. On sait de quoi on parle, pourquoi on se fâche, jusqu’où va ce qu’on pense, et où commence nos pures colères respectives. On sait à partir de quand nos mots dépassent notre pensée sans besoin de plus de précisions. Mieux encore, même lorsqu’ils dépassent notre pensée, ils ont de toute façon des limites.

Pour ne citer qu’un exemple, une amie de trente ans, même très en colère après vous, n’aurait jamais l’idée de vous balancer une bassesse du genre « c’est le bon dieu qui t’a punie » (et encore moins d’en être fière) lorsqu’elle s’aperçoit que vous souffrez beaucoup pour une raison extérieure (genre une sciatique), juste parce qu’elle est devenue irascible pour cause de tentative (manifestement vaine) d’arrêtage de fumer. Elle aura encore moins l’audace de prétendre que vous êtes bien susceptible puisqu’elle plaisantait. Au mieux elle vous dira « tu m’emmerdes, je me tire, à plus tard ». Ou bien vexée par vos propres propos, elle vous fera remarquer que vous n’êtes pas très fair play.

Le problème c’est que les amis de trente ans, plus on avance en âge, moins il y en a…