Voilà que j’ai eu envie de fumer, l’autre jour, parce que (croyais-je) j’étais en terrasse à prendre un café. Mais à y réfléchir un peu mieux, c’était bizarre puisqu’à l’automne dernier, alors que je ne fumais plus depuis quelques mois déjà, il m’arrivait également d’aller déguster un café en terrasse, au soleil, et j’avais été surprise de constater que la cigarette ne m’avait pas du tout manqué.
Pourquoi là ? Question de saison ?
Question de mémoire.
À la réflexion et en fouillant dans mes souvenirs, je m’aperçus que du temps où je fumais, et pendant plusieurs mois consécutifs, je me rendais souvent à cette terrasse pour y prendre un café, dès lors qu’il ne faisait pas trop froid (nous étions au tout début du printemps), et particulièrement lorsqu’il faisait beau. A l’époque, j’y fumais systématiquement une cigarette associée au café dont je me délectais simultanément.
Mais surtout, c’était à un moment où je me sentais aller beaucoup mieux après des années de souffrances et de tristesse fréquentes voire quasi permanente : je me sentais encore fragile, mais me croyais presque « guérie », en tout cas sur la pente ascendante. Je m’étais remise à travailler, j’avais rendu ma vie « active ».
Un peu comme ces derniers temps, au fond.
Pourtant, sans répit suffisant à l’époque, et un deuil étant venu interrompre cette progression, j’ai peu à peu replongé sans pourtant l’accepter tant je refusais l’idée de repartir dans ces limbes douloureuses et inextricables dont le souvenir était encore très frais. Je refusais de m’apercevoir que la Chose était de retour, qu’elle s’accrochait à nouveau, comme un pou à un cheveu. Je mettais tout sur le compte du « deuil à faire ».
Mais ne voyant poindre aucune amélioration passé le délai d’un an après le décès, il a bien fallu que je me rende à l’évidence : il n’y avait pas que le deuil, ou du moins, il avait re provoqué la Chose. Il fallait recommencer le travail si fastidieux de la convalescence, et en particulier, parvenir à en retrouver le chemin. Ce chemin, je l’ai enfin retrouvé, et repris.
Voilà peut-être la raison (entre autres) pour laquelle j’ai eu envie d’une cigarette, là, par ce temps ensoleillé, avec le café et sur la terrasse de là où je remontais la pente il y a quelques années…