Contrairement à ce que j’imaginais, il y a bien des choses qui restent très vives en moi, et qui sont encore et toujours susceptibles de me heurter assez violemment malgré la banalité de leur enveloppe, et la relativité qu’on peut toujours leur appliquer (en fonction d’un coefficient plus ou moins paramétrable).
Pour faire la publicité d’un documentaire-reconstitution au sujet d’un conquérant sanguinaire, une annonce était à peu de choses près ainsi libellée : « la fortune d’un homme » (en l’occurrence, le « grand » conquérant dont s’agit), c’est de « vaincre ses ennemis », s’emparer de ses terres, et « jouir de ses femmes ».
Outre le fait que cela laisse à penser que si Hitler n’est pas un héros, ce n’est pas parce qu’il appliquait des méthodes inhumaines (tant sur le plan politique que militaire), mais bien seulement parce qu’il a perdu la guerre (…), cela signifie donc (et ce n’est pas un scoop mais ça fait toujours mal) qu’une femme se possède comme on possède une terre, elle se v(i)ole comme du bétail pour le seul plaisir de l’homme, dont la grandeur, finalement, se mesure à son cheptel (je vois mal comment on peut appeler ça autrement, du coup). Car je suppose (à tort peut-être ?) que la question d’un consentement était hors de propos.
Je n’ai certes pas suivi le documentaire en question qui présentait peut-être de l’intérêt, notamment sur un plan technique (effets spéciaux de qualité) et historique, mais probablement pas philosophique (car présenter un Hitler en héros, j’ai vraiment du mal, surtout sur une chaîne publique…).
J’avais juste envie de dire que j’ai très souvent entendu cette bande-annonce pour avoir exceptionnellemnet, ces derniers jours, placé la télévision en fond pendant que je vaquais à d’autres occupations. J’avais beau être complètement absorbée dans une tâche bien spécifique, chaque fois qu’elle était diffusée, je relevais la tête comme par réflexe (mais pas nécessairement vers le poste), les yeux fixés droit devant, avec le souffle raccourci, et le corps qui se crispait.
Alors évidemment, la bande-annonce est censée représenter ce qu’était la « fortune d’un homme » il y a un peu moins de dix siècles.
Mais seulement voilà : cette phrase est libellée au présent de l’indicatif, dans le but annoncé de servir d’appât…