Paradoxes thermiques.

Je râle depuis plusieurs années au sujet de la chaleur que je ne supporte plus du tout: je vis particulièrement mal les vagues de chaleur que nous avons connues ces derniers temps. Et même, je râlais encore il y a peu, bien qu’il ne fasse plus si chaud qu’en été, regrettant que l’hiver n’arrive pas. L’année dernière d’ailleurs, je l’avais trouvé bien trop doux (en dehors de deux ou trois semaines).

Bref, je me réjouis chaque fois qu’il fait froid. En ce moment donc, de ce point de vue et malgré la grisaille, je nage dans le bonheur. Je prends beaucoup de plaisir à marcher dans le froid (à condition, bien évidemment, d’être bien couverte…).

Et j’ai pourtant trouvé le moyen de partir en vacances dans un pays où on crève de chaud !
Paradoxe quand tu nous tiens…

De retour.

Curieusement, j’éprouve des réticences à
raconter ce voyage. Sans doute parce que je ne suis pas fixée sur ses effets.
Je ne peux que dire qu’il fut difficile, et à l’image de sa préparation : des
moments de joies, mais également bien des peines, tout à fait inexpliquées pour
certaines, et parfois violentes et brutales. J’ai retrouvé de façon très crue
mes « envie d’crever », à deux reprises: je n’aurais jamais imaginé que ce fut possible pendant un voyage.

Les premiers jours, je pleurais déjà,
entre autres parce que j’avais honte de «prendre la place» de quelqu’un qui
eût véritablement apprécié les instants que j’étais en train de vivre ; car
tout m’était facile : j’avais un moyen de transport et un chauffeur à ma disposition. Pourtant je n’avais que bien peu d’enthousiasme, et aucun moteur
pour m’entraîner malgré mes envies de "dévorer" toute cette vie, du genre "allez, on y va?" accompagné d’un sourire. C’est que malgré mes moments de vie (en dehors des pleurs), j’avais un mur à mes côtés : prêt à tout pour moi, mais terne, rigide, sans vie, sans envies, et avec une culture très éloignée de la mienne et donc de nombreuses incompréhensions tant sur le fond que sur la forme. Alors forcément, ça n’a pas été facile. Et nous avons préféré nous séparer sur la fin. Ce fut très dur à encaisser, et j’en ai beaucoup souffert.

Malgré l’émergence progressive de ces difficultés (tout ne s’est pas découvert en un jour), j’étais contente de me
trouver où j’étais : j’appréciais la beauté des paysages, et, avec un bon
cœur qui m’a surprise, la chaleur qui me terrassait. J’avais parfois très envie
de me mêler à la population et de sortir de cette peau de touriste. Mais je
n’ai pas réussi.

        Pourtant je reste encore avec des
couleurs plein la tête : non seulement j’aime terriblement la couleur de leur
terre qui ne m’a pas encore quittée, mais encore j’ai eu la chance de
rencontrer quelques âmes généreuses qui surent à merveille colmater les brèches
de mon cœur.

Alors j’espère que le mélange des
couleurs et du ciment* qui me furent dispensés l’emporteront sur la noirceur et
le martèlement récurrent de mes tourments innés…

* Si j’ai bien compris ce que l’on m’a
expliqué, c’est ainsi qu’on fait les briques et qu’on les assemble là-bas ;
c’est ce qui donne un charme si particulier à leurs villages…

 

Repos cardiaque.

Quand on se sent pas bien (pour cause de transition difficile ou que sais-je encore), et qu’on arrive quand même à se creuser un peu le ciboulot, on arrive parfois à s’apercevoir que les personnes qu’on aime le plus ont pensé à nous, qu’elles nous ont attendu à l’aéroport malgré l’heure tardive, qu’elles nous ont laissé un message, et/ou demandé quelques nouvelles.
C’est rassurant, c’est émouvant, ça fait du bien.

Merci le téléphone, merci internet, merci à elles.

Du plaisir désincarné.

Le plaisir (le vrai)  s’est envolé, comme moi dans quelques temps, mais je ne suis pas certaine que nous serons dans le même avion.
J’ai eu la chance, quand même, de le goûter quelques jours (c’est énorme), et puis tout à coup, tout s’est effondré, sans que je sache pourquoi, ou plutôt, avec toujours les mêmes raisons qui me paraissent si peu pertinentes, en même temps que je n’en aperçois aucune autre.

Alors je me dirige vers l’aéroport non plus "la mort dans l’âme" et sans plus pleurer toutes les larmes de mon corps, puisqu’une amie (que j’ai osé appeler (!) alors même que je ne savais plus parler) a réussi à récupérer quelques morceaux qui trainaient pour les emboîter à nouveau, mais avec un plaisir désincarné: le plaisir que l’on est censé éprouver lorsqu’on part en voyage dans des conditions aussi favorables que les miennes. Car encore une fois, vous dis-je, j’ai une chance inouïe, si l’on regarde les choses de façon "objective".
De toute façon, on a une conscience si aigue d’avoir de la chance que même mal, pour rien au monde on ne cèderait son billet… d’abord parce que ce serait une catastrophe que de renoncer, ensuite parce qu’on espère toujours que "ça va aller mieux", mais aussi parce que même désincarné, le plaisir reste un plaisir…
Il faut juste veiller à ce qu’il ne tourne pas au cauchemar mais, en convalescence, on y veille toujours, presque sans avoir besoin d’y penser: c’est devenu un réflexe.

J’espère retrouver ce bonheur et cette insouciance que j’ai goûtés quelques temps (trop court, toujours), et je m’exorte déjà à ne pas m’en vouloir ni me juger sévèrement si je n’y arrive pas, si je me sens si épuisée et que j’ai ce goût de métal dans la bouche, et si le désir "naturel" (et non le désincarné) ne revient pas.

Parfois, je me dis que c’est parce que je le connais bien mal que j’ai tant de peine à l’apprivoiser, et à le faire rester.
Alors je pense au petit prince…

Se marier avec soi-même peut curieusement avoir du bon.

(… du moment qu’on se supporte)

Hier, j’ai fait la tournée des magasins pour préparer un voyage en zone impaludée. Parmi d’autres choses, un tee shirt à manche longues blanc (il paraît que les moustiques sont attirés par les couleurs sombres), ainsi qu’une… alliance, histoire de ne pas avoir à répondre aux questions de type "mais… vous voyagez/vivez seule?"
Alors je me suis dit que le blanc, l’alliance, le bonheur d’un voyage à venir, au fond, tout cela ressemble fort à un mariage dès lors qu’on fait travailler son imagination. Mais je me suis aperçue qu’en fait, si cette alliance me procurait tant de plaisir (car à ce moment là j’étais encore heureuse), c’est parce qu’elle me faisait me sentir apaisée.
Oui, apaisée.

C’est que même avec un caractère trempé et même en dehors de la "phobie" de la rencontre amoureuse, le regard des autres, ça pèse lourd…

Mention pas bien du tout.

C’est la mention que je décernerais volontiers au crétin (ou au cynique?) qui a pris la décision sans doute économique mais sûrement inadéquate de mettre des bancs en métal sous les abribus: en été on se brûle les fesses, en hiver, on se les gèle…

Je ne sais pas ce que je préfère, mais il reste comme toujours que si les bureaucrates vivaient  personnellement les conséquences de leurs décisions, il y a fort à parier que mes fesses le monde irait mieux…

De la fourberie du facteur.

Aujourd’hui encore (heureusement que ma vie sociale n’est pas très développée), je me suis trouvée en position de "choqueuse" avec mes idées à la con (c’est que vous m’avez rarement vue en action…). Il m’était demandé, outre la remise d’une fiche de lecture, ce que je pensais du livre que nous avions à travailler.
C’est qu’il y a des questions qu’il ne faut pas me poser.
J’ai évidemment expliqué pourquoi et comment je n’avais pas du tout aimé ce livre, sans remettre en cause par ailleurs (mais sans insister non plus) la pertinence de la démarche de son auteur.

A vrai dire, le défaut majeur que je lui trouvais c’était de ne pas comprendre ce qu’il avait écrit, malgré mes relectures laborieuses, dans la mesure où si ses phrases étaient grammaticalement correctes, l’agencement de ses idées étaient pour le moins décousu, ce qui vous en conviendrez est tout de même ennuyeux pour le moins, et chiantissime quand on vous a demandé une fiche de lecture à ce sujet. De sorte que, peut-être (oui bon d’accord: sûrement), mon agacement a transparu lors de mon élocution faisant ressortir mes côtés tyrannique et entier, provoquant la moue, voire le mépris (mais aussi l’amusement) de mon auditoire.
Si de façon générale j’ai appris à enrober un peu les choses (des années d’apprentissages… pour de bien maigres résultats), il est vrai qu’en l’occurrence, outre ma maladresse habituelle, j’étais particulièrement fatiguée.

Et pour cause. J’ai veillé si tard pour terminer ce putain de travail fastidieux que je n’avais plus que trois heures matinales pour espérer dormir un peu.

C’est évidemment le moment (et le jour) qu’a choisi mon facteur pour me remettre une lettre recommandée me mettant en demeure de rembourser un trop perçu suite à une erreur.

Flûte alors. Je fais quoi? j’annule mon voyage…?
Pas envie.

Soyons raisonnables: je vais faire une sieste…!

Désarmant et désarmer.

Quelle que soit sa bonne volonté (et sa mauvaise politique), je ne comprends pas bien comment un président de la République peut être crédible et efficace lorsqu’il appelle ses citoyens à l’apaisement juste après avoir été introduit par un hymne-chanson dont l’injonction est sans aucune ambiguité: "aux armes citoyens".

Cet hymne n’étant vraiment pas à notre honneur (et en plus il est moche, mais bon ça c’est tout personnel comme avis), malgré tous les problèmes que cela pourrait poser sur un plan technique voire psychologique, il serait très grand temps, ce me semble, de les enjamber (ne serait-ce pas une façon comme une autre de se montrer vaillant et sans armes?).

Sans accepter l’inacceptable, qu’attend-on pour se montrer (et pas seulement se dire…) cohérent et pacifique?

De l’exercice d’une activité.

Quand j’arrive à trouver le courage de faire un truc que je voulais faire depuis très longtemps (en ce moment, de la couture), une fois que j’ai déballé tout le matériel nécessaire et commencé mes travaux, si, alors qu’il est temps de passer à autre chose, ils ne sont pas terminés ou si j’en ai d’autres dans ma musette du même gabarit (en l’occurrence je me suis entraînée sur un vieux drap, j’aimerais désormais passer au "pour de vrai"), je n’arrive pas à ranger le matériel en question, car je me dis que puisque – Ô miracle –  j’ai déjà réussi à m’y mettre, c’est que je suis (enfin) dans une période faste, et que donc, il n’y a pas de raisons pour que je ne parvienne pas à m’y remettre relativement rapidement.
Alors je laisse le matériel en place, ou plus exactement, je le ramasse vaguement pour qu’il prenne moins de place, mais je ne le range pas, avec l’espoir de…
C’est ainsi (entre autres hein?) que, pendant des années, j’ai eu un bazar permanent dans ma demeure.
Mais plus ennuyeux encore, c’est également ainsi qu’on se met la pression, sans même s’en apercevoir, alimentant ainsi une sorte de cercle vicieux; c’est que, au fur et à mesure qu’on voit ce matériel, on se dit: "tiens, tu devrais t’y remettre, là, tant qu’il est sorti". Sauf que l’envie, elle, elle s’est envolée. Alors on reporte: "bah, c’est pas du travail que quelqu’un attend (sous-entendu, y a pas de pression), donc l’envie devrait revenir assez vite, donc, ne range pas".

Erreur.
D’autant que cela laisse une impression de "pas fini". Et que traîne cette idée quelque part par là (assez loin pour qu’on l’entende pas mais assez proche pour peser lourdement sur "l’arrière-conscient") que chaque fois que vous ferez une activité, finalement, ce sera du bazar en plus, que c’est vraiment trop compliqué et que mieux vaut s’abstenir.

Alors voilà. Mon matériel de couture, puisque le délai fatidique de 36 heures est passé sans succès, je vais le ranger (snif, tant pis pour ma robe-serpillère-toute-neuve). Puisque j’ai enfin compris que ça ne sert à rien, que l’arrière-conscient accepte de couler vers le conscient (j’adore quand il fait ça, la vie est tellement plus facile…), et que je dispose enfin de l’énergie adéquate pour mener une activité jusqu’au bout (sortir le matériel, l’utiliser, puis le ranger).

Si les hommes pouvaient en faire autant quand ils se mettent à faire la cuisine… 🙂

De l’exploitation des représentations morbides.

Un commentaire m’a fait penser à exploiter ces représentations sanguinolentes. C’était peut-être "pour de rire", mais pourtant j’y avais déjà réfléchi maintes fois, devant mon impuissance à effectuer un quelconque travail régulier, et donc à gagner ma vie. Et pourtant, ça non plus je ne peux pas. Outre mes raisons classiques (le peu d’énergie que j’ai je le consacre à tenter une vie professionnelle et alimenter ma maigre vie sociale, je n’en ai donc plus ou si peu pour autre chose), je n’ai sûrement pas assez d’imagination. Car ça n’a peut-être pas l’air, mais monter un scénario cohérent n’est pas chose facile, spécialement lorsqu’on a les neurones en désordre. J’avais bien commencé à écrire l’histoire d’une veuve noire géante et humanoïde qui suçait non pas le sang mais les substances des humains, lentement mais sûrement, ceux-ci ayant été réduits à l’impuissance sous l’effet de sa toile, mais j’en ai vite trouvé les limites… Néanmoins, il ne fait aucun doute dans mon esprit que certains films sont directement tirés de représentations de ce genre, et donc de souffrances individuelles qui ont su être exploitées de façon cohérente. J’espère toujours que cela a apaisé au moins un peu ceux qui les produisent psychiquement et que cela leur procure un revenu régulier. Projection(s) quand tu nous tiens…
En tout cas, il y a beaucoup de sang et d’armes blanches dans toutes ces représentations. Donc des couleurs essentiellement grises-métalliques et rouge, avec un peu de chair et d’ocre qui tire franchement vers le marron, ce qui donnerait de beaux tableaux. A défaut de rêver d’en faire des scénarii, donc, j’aurais vraiment souhaité en faire des peintures. Sauf que là encore, je ne sais pas dessiner, et que comme pour le reste, je n’ai pas le courage ou plutôt pas l’énergie nécessaire pour apprendre (même si cela ne m’empêche pas d’essayer dès que je peux). Et puis je me dis aussi que si j’en trouve l’énergie un jour, c’est que je n’aurai plus envie de peindre ces choses là…! Alors je n’insiste pas, puisque je ne suis pas encore tout à fait dans la résignation côté "gagner ma vie". Mais au fond, j’ai peut-être tort… et je devrais peut-être me lancer tout à fait dans ces choses là. C’est non seulement l’alimentaire, mais encore le regard des autres qui m’en empêche: je n’ai pas le courage de les défier tout à fait, même si je le fais un peu quand même.

Le tout c’est sans doute de ne jamais perdre l’occasion d’essayer, quand l’énergie et le désir pointent leur nez…