Des casse-toisettes.

J’ai fini par le lui dire.
Pressentiment ou programmation subconsciente? Je me disais qu’il y aurait un moment pendant la soirée où je le lui dirais, que ce ne serait pas possible autrement tellement je sentais que ce serait dur, cette fois-ci. C’est l’impression très forte qui était ressortie du coup de téléphone qu’elle m’avait passé en "préparation" du week-end (car pour toute réunion, il y a des préparatifs, et ce sont souvent eux les plus sournois). Rien de tangible, seulement une impression.

Ce n’était pas tout à fait dans les circonstances que j’imaginais. Mais pas si loin.
J’étais tellement sûre que j’allais le dire que je m’en étais ouverte à une amie. Je lui avais expliqué que je ne saurais pas comment me sortir d’une nouvelle impasse, que les seuls mots qui me venaient à l’esprit, c’étaient ceux-là. Qu’ils me faisaient peur et que je ne voulais pas les prononcer. C’étaient pourtant ceux-là seuls qui me viendraient à l’esprit cette fois, si elle faisait encore une crise.

Elle l’a faite.
C’était pas tout à fait celle que j’attendais. Il faut dire que si j’ai mis si longtemps à comprendre que c’étaient des "crises" (ça ressemble à une sorte de délire paranoïde), c’est parce qu’elles prennent des formes différentes à chaque fois. En même temps, si je sais qu’il va y avoir crise, c’est parce qu’elles arrivent toujours dans les mêmes circonstances. Et elles seraient réunies ce week-end.
Mais comme souvent, bien que j’avais prévu le dénouement (c’est simple, c’est toujours le même), je me suis encore laissée surprendre par la déclinaison. Probablement aussi parce que c’est une vraie pathologie: dès qu’on l’anticipe, le mal sait s’adapter pour remplir son office quand même.
Alors cette fois, au vu des cibles et des raisons choisies, je n’ai pas su réagir autrement que par les mots que j’avais dans la tête, qu’ils fussent pressentis ou programmés.

Du coup, ceux de mon amie (m’)ont ré(ai)sonné(e).
Au moment où je me suis emportée en lui disant (mais pas devant tout le monde, ouf): "casse-toi" dans un flot d’autres considérations que j’ai évitées d’être trop intrusives et trop porteuses de jugement, je me suis rappelé que mon amie m’avait dit en souriant "essaie plutôt de lui dire "vas t’en", ce serait quand même mieux".
Juste après avoir prononcé les premiers mots donc, assortis d’un "tu nous emmerdes" bien senti, j’ai eu un petit rire aussi bref qu’incongru au milieu de ma colère,  et j’ai dit "ah non, pardon, je me trompe, j’avais dit que je dirais "vas t’en" et rien de plus, alors vas t’en !".

Et elle est partie.
Comme d’habitude.