Le plaisir (le vrai) s’est envolé, comme moi dans quelques temps, mais je ne suis pas certaine que nous serons dans le même avion.
J’ai eu la chance, quand même, de le goûter quelques jours (c’est énorme), et puis tout à coup, tout s’est effondré, sans que je sache pourquoi, ou plutôt, avec toujours les mêmes raisons qui me paraissent si peu pertinentes, en même temps que je n’en aperçois aucune autre.
Alors je me dirige vers l’aéroport non plus "la mort dans l’âme" et sans plus pleurer toutes les larmes de mon corps, puisqu’une amie (que j’ai osé appeler (!) alors même que je ne savais plus parler) a réussi à récupérer quelques morceaux qui trainaient pour les emboîter à nouveau, mais avec un plaisir désincarné: le plaisir que l’on est censé éprouver lorsqu’on part en voyage dans des conditions aussi favorables que les miennes. Car encore une fois, vous dis-je, j’ai une chance inouïe, si l’on regarde les choses de façon "objective".
De toute façon, on a une conscience si aigue d’avoir de la chance que même mal, pour rien au monde on ne cèderait son billet… d’abord parce que ce serait une catastrophe que de renoncer, ensuite parce qu’on espère toujours que "ça va aller mieux", mais aussi parce que même désincarné, le plaisir reste un plaisir…
Il faut juste veiller à ce qu’il ne tourne pas au cauchemar mais, en convalescence, on y veille toujours, presque sans avoir besoin d’y penser: c’est devenu un réflexe.
J’espère retrouver ce bonheur et cette insouciance que j’ai goûtés quelques temps (trop court, toujours), et je m’exorte déjà à ne pas m’en vouloir ni me juger sévèrement si je n’y arrive pas, si je me sens si épuisée et que j’ai ce goût de métal dans la bouche, et si le désir "naturel" (et non le désincarné) ne revient pas.
Parfois, je me dis que c’est parce que je le connais bien mal que j’ai tant de peine à l’apprivoiser, et à le faire rester.
Alors je pense au petit prince…