De retour.

Curieusement, j’éprouve des réticences à
raconter ce voyage. Sans doute parce que je ne suis pas fixée sur ses effets.
Je ne peux que dire qu’il fut difficile, et à l’image de sa préparation : des
moments de joies, mais également bien des peines, tout à fait inexpliquées pour
certaines, et parfois violentes et brutales. J’ai retrouvé de façon très crue
mes « envie d’crever », à deux reprises: je n’aurais jamais imaginé que ce fut possible pendant un voyage.

Les premiers jours, je pleurais déjà,
entre autres parce que j’avais honte de «prendre la place» de quelqu’un qui
eût véritablement apprécié les instants que j’étais en train de vivre ; car
tout m’était facile : j’avais un moyen de transport et un chauffeur à ma disposition. Pourtant je n’avais que bien peu d’enthousiasme, et aucun moteur
pour m’entraîner malgré mes envies de "dévorer" toute cette vie, du genre "allez, on y va?" accompagné d’un sourire. C’est que malgré mes moments de vie (en dehors des pleurs), j’avais un mur à mes côtés : prêt à tout pour moi, mais terne, rigide, sans vie, sans envies, et avec une culture très éloignée de la mienne et donc de nombreuses incompréhensions tant sur le fond que sur la forme. Alors forcément, ça n’a pas été facile. Et nous avons préféré nous séparer sur la fin. Ce fut très dur à encaisser, et j’en ai beaucoup souffert.

Malgré l’émergence progressive de ces difficultés (tout ne s’est pas découvert en un jour), j’étais contente de me
trouver où j’étais : j’appréciais la beauté des paysages, et, avec un bon
cœur qui m’a surprise, la chaleur qui me terrassait. J’avais parfois très envie
de me mêler à la population et de sortir de cette peau de touriste. Mais je
n’ai pas réussi.

        Pourtant je reste encore avec des
couleurs plein la tête : non seulement j’aime terriblement la couleur de leur
terre qui ne m’a pas encore quittée, mais encore j’ai eu la chance de
rencontrer quelques âmes généreuses qui surent à merveille colmater les brèches
de mon cœur.

Alors j’espère que le mélange des
couleurs et du ciment* qui me furent dispensés l’emporteront sur la noirceur et
le martèlement récurrent de mes tourments innés…

* Si j’ai bien compris ce que l’on m’a
expliqué, c’est ainsi qu’on fait les briques et qu’on les assemble là-bas ;
c’est ce qui donne un charme si particulier à leurs villages…