La plupart des névrosés de mon genre, je crois, sont hypersensibles (émophiles ?). Certains, de l’extérieur, diront qu’ils sont capricieux ou comédiens. Ou bien susceptibles.
Je ne sais pas. Tout ce que je sais, c’est que moi, je ne le vis pas du tout comme ça. Je vis les choses très profondément, et elles me font très facilement mal, et beaucoup.
Contrairement à ce que l’on m’a souvent conseillé, je refuse de "mettre le mouchoir par-dessus", et je "ressasse les mêmes choses", jusqu’à ce qu’il me semble opportun de "passer à autre chose" (ce qui n’est possible que sous certaines conditions, mais alors ce n’est plus une question de volonté). Et je ne peux que constater que depuis que je n’en fais "qu’à ma tête" (dans les meilleures proportions possibles et en respectant au mieux le regard des autres), je vais mieux.
Il est fort probable que si les choses peuvent marquer un individu à ce point, c’est en partie parce qu’il n’a rien qui retient son attention à côté. Par exemple, quand on a un travail intéressant, on n’a pas le temps de s’appesantir sur ces choses là, et en conséquence, elles sont peut-être un peu moins douloureuses, ou au moins un peu moins marquantes. Ce que je ne sais pas, c’est la proportion dans laquelle ça joue.
Car pour ce qui me concerne, il me semble bien que même dans l’urgence et captée par ailleurs, quoique mes proches essayassent de me convaincre du contraire, ces choses là me marqueraient quand même; c’est du moins le souvenir aigu qu’il me reste du temps où ma vie fut très active (ça n’a jamais été que très bref).
De ce point de vue là, je souscris en partie à la théorie du refoulement de Freud, qui n’est pourtant pas mon pote…
Il y a quelques mois, je parlais des montagnes russes : elles sont nécessairement liées à cette hypersensibilité-émophilie. Et souvent, ça fait mal. Comme une déchirure musculaire, ou une entaille profonde. Une de temps en temps, on s’en remet.
Quand ça se renouvelle tout le temps, c’est déjà plus dur…