De la pratique du baduanjin.

A force de m’intéresser aux pratiques de bien-être – non parce que cela m’intéresse vraiment mais parce que c’est nécessaire quand on est une boule de nerfs incorrigible -, d’en avoir testé plusieurs (avec l’exigence et les limites d’une dépressive), j’ai fini par télécharger sans trop savoir de quoi il s’agissait – je ne sais même plus avec quel mot clef – un petit film de quatre minutes. C’était une démonstration d’un truc qui ressemblait vaguement à la pratique d’un art martial: des gestes précis, à la fois fermes et doux, mais sans lutte apparente.

Un truc qui ne durait pas longtemps donc, et qui l’air de rien, est relaxant (contrairement aux toutouyoutous et autres abdos-fessiers qui ne relaxent que parce qu’ils fatiguent), tout en faisant faire un minimum d’exercices (minimes certes mais qui font quand même légèrement souffler).
Comme c’est bref, mes neurones condescendaient à le faire de façon quasi quotidienne, et bien que j’ignorais tout à fait la philosophie sous-jacente de cette pratique, j’avais le sentiment que cela ne pouvait me faire que du bien: histoire de dérouiller ce corps qui passe son temps crispé sur un ordinateur ou devant une télévision, presque incapable qu’il est de se consacrer à autre chose (du moins, lorsqu’il est seul).

Bien évidemment, il n’est possible de faire ce genre d’exercices que si l’on n’est pas trop déprimé, et si le cerveau en accepte le principe, étant entendu que ce n’est pas parce qu’il en a accepté le principe le lundi qu’il en fera autant le mardi.

Il y a peu plus d’un an donc, pas trop déprimée que j’étais, j’arrivais à le faire assez régulièrement, ce qui me faisait toujours plaisir: l’impression d’avoir fait quelque chose de constructif et de salvateur et qui en outre, au niveau corporel, faisait du bien (pas suffisant peut-être, mais toujours mieux que pas du tout).
Evidemment, j’ai cessé lorsque je suis tombée malade en janvier-février derniers, et je n’ai plus jamais repris.

Comme j’ai eu l’idée miraculeuse de recommencer récemment, et que j’y parviens à peu près régulièrement ces derniers temps, pour fêter ça, j’ai voulu savoir ce que c’était que ce truc là. A quoi cela correspondait-il?

Au "BaDuanJin".
C’est une pratique assez connue des Chinois, qui a été mise au point dans le but d’oxygéner au mieux chacun des différents organes du corps à travers huit postures différentes (faciles à tenir, contrairement au yoga). Il semblerait que le baduanjin (ou baduangin) soit une forme particulière de qi gong (prononcer "chi cong"), qui est une sorte de gymnastique énergétique d’origine chinoise (trop compliquée et trop longue à mon goût).

Bref, qui a dit que les dépressifs s’écoutent trop?
Voilà une excellente raison de poursuivre, en tout cas*…

* d’autant que j’oubliais un petit détail savoureux: ceux qui font la démonstration sont… disons très présentables…!

Le mirage de la parole miracle.

J’entends parfois ici et là qu’il "suffit" de libérer la parole pour que le mal-être disparaisse. Et si j’en parle (librement même!), c’est que je ne l’ai pas entendu qu’une seule fois dit de façon si caricaturale, loin s’en faut. Comme si une fois que les choses étaient dites, le problème se réglait tout seul dans les semaines qui suivent.
Ça m’agace parce que c’est vraiment prendre les gens qui souffrent pour des imbéciles, les mettre dans des cases sans les "considérer" justement, et ça me renvoie d’ailleurs à ce que m’avait dit une pharmacienne un jour: "une dépression, de nos jours, c’est devenu l’affaire de quelques mois, deux ans maximum dans les cas les plus graves". Traitement psychothérapie / anti dépresseurs et hop, terminé.
Quelle naïveté. Une naïveté qui entraîne un jugement désobligeant pour le cas où vous n’entrez pas dans ce credo, jugement qui ne manquera pas d’en rajouter une couche puisque ce sont ceux (déjà peu fréquents) qui "s’intéressent" à vos difficultés qui le porteront.

Alors évidemment, j’entends bien à travers ce type message (mais pas celui de la pharmacienne…) que la parole est à tout le moins un préalable, et qu’elle est nécessaire à l’émergence de solutions possibles.
Certes.
Mais c’est aussi tellement insuffisant et le problème est, le plus souvent, tellement plus complexe que cela confine au mensonge que de présenter les choses ainsi.

La parole ne fait que permettre d’ouvrir certaines portes qu’on n’aurait pas vues sans parler. Après, avoir passé les portes, et selon celles qu’on a passées, il y a encore plein d’autres choses à mettre en place. Sans compter que rien ne garantit jamais l’absence de rechutes.

Donc dire que la parole suffit, c’est peut-être vrai pour certains cas spécifiques, notamment pour les "dépressions réactionnelles", ponctuelles par définition (mais je ne suis pas qualifiée pour en parler). Ça ne l’est sûrement pas s’agissant de la dépression chronique: celle qui revient tout le temps, comme le chiendent.
Plus largement que la dépression chronique, il me semble que "parler" ne suffit jamais pour la souffrance morale qui ne s’explique pas de façon satisfaisante d’un point de vue purement objectif. Celle-là demande bien plus que le "dire". Elle demande une étude spécifique, à remanier au fur et à mesure des crises qui ne cessent pas juste parce qu’on en parle.

Cela ne signifie pas qu’il n’y a pas de solutions, ou qu’elles sont inaccessibles. Cela signifie qu’elles ne sont pas simples.

Pas ce soir, j’ai la migraine.

… et ça fait "ouyouyouybobo-ozyeuéalatete" (par exemple), alors bon, y en a marre à force: au lit !

Voilà ce qu’il en coûte de passer trop de temps les yeux rivés sur des écrans de toutes sortes. Bizarre pourtant, je suis loin de mes records en la matière… (qui a dit "c’est l’âge"?)

Mais il y en a qui ont fait pire m’a t-on dit: ils sont sortis, et ont récolté une belle crise de sinusite.
Vu les descriptions de l’état sensible de l’ensemble crânien, je préfère encore ma petite migraine-aux-yeux-qui-font-bobo.

Morale de l’histoire: il est temps que le printemps revienne !

Travail, famille, stress.

A part que j’ai retrouvé mes insomnies et un foie en vrac, ça va plutôt pas mal ces derniers jours. A tel point que je ne sais pas quoi vous écrire puisque je n’ai pas envie de réfléchir ou de repenser à mes sombres cheminements et que de toute façon, j’ai (j’avais) moins de temps que d’habitude devant moi. Il faut dire que j’étais loin de chez moi, et la réapparition des insomnies quotidiennes signifie peut-être qu’il est temps que je rentre et que je me pose au moins un peu.
Je me sens encore pleine de l’énergie que l’on m’a gracieusement dispensée, et je sais qu’il faut que je l’exploite efficacement avant qu’elle ne retombe. Mais en fait, je crois bien que justement, je n’ai pas envie de "l’exploiter", et que j’ai envie de la laisser faire.

Pourtant (mes réflexes me rattrapent), j’ai déjà commencé à l’utiliser en allant rendre visite à quelques membres de ma famille (le minimum vital, pas plus!) que j’ai une fâcheuse tendance à oublier, histoire de ne pas prendre le risque d’aggraver le sort de mon espace psychique habituel. C’est vrai que ce n’est pas très sympa, me disent mes amis lorsque je leur pose la question, de ne passer un coup de fil à sa mère qu’une fois par mois, surtout si elle a pour consigne de ne vous appeler qu’en cas de nécessité (prise au sens très large quand même…), et à sa tante (par exemple) qu’une fois par an, voire moins. Evidemment, ce n’est qu’un cadre, et je suis généralement en contact un peu plus souvent que cela, en dehors de quelques plages "parfaites" encore trop rares. En  tout cas, maintenant que je suis d’accord avec moi-même sur le principe (ce qui a pris de longues années), et qu’ils y sont presque tous enfin habitués, je culpabilise beaucoup moins et je vais beaucoup mieux. De sorte que c’est avec un labeur et un stress raisonnables que, lorsque j’ai suffisamment d’énergie pour les supporter, j’arrive à leur rendre visite, et qu’il arrive même que ça se passe bien! C’est là qu’il ne faut pas relâcher sa vigilance, savoir dire au revoir et refermer la barrière en temps voulu.

Il reste que, curieusement, malgré un moral positif, je me sens crispée au point d’en ressentir des courbatures. Parce que j’ai "beaucoup" travaillé ces derniers jours [à mi-temps, mais ne riez pas, pour moi c’est énorme !], et que je ne parviens pas très bien à "redescendre"? Ça me stresse terriblement le travail, les obligations et les échéances (de façon générale), de sorte que même lorsqu’il est accompli dans les meilleures conditions possibles (avec un niveau de stress minimum, donc), je me crispe toujours sans m’en apercevoir (en dessous d’un certain seuil qui reste élevé), et sans pouvoir y échapper. La seule chose qui me rassure un peu (mais jamais assez car je crois toujours que c’est pour me "passer la pommade" et que j’ai toujours peur de toute façon de me "reposer sur mes lauriers"), c’est qu’on me dit parfois qu’il est bien fait.

Ce qui me fait réaliser que je n’ai toujours pas abordé le chapitre – ô combien important parmi ces petites convalescences disparates – de la relaxation…

Dix ans déjà (3/3).

En tout cas, pour ceux qui pensent que dix ans (à raison de deux fois par semaine) c’est "insurmontable" ou que si c’est "si long" pour un résultat "finalement mitigé" (imparfait pour le moins), ça n’en "vaut pas la peine", je dois dire que ces années m’impressionnent presque autant qu’eux, et sûrement autant qu’elles l’eussent fait à l’époque, si on m’avait dit que dix ans après, j’y serais encore.
Mais je leur dirais surtout que l’on ne peut jamais savoir le temps qu’il fera faudra (et pour quel résultat au juste), que les choses se décantent parfois à travers un autre événement de la vie, qu’il est important, lorsqu’on se sent un peu perdu dans ce vaste monde, d’avoir une sorte de "cadre" psychique fiable (docteur la-tête ou autre), a fortiori lors de la survenue de ces événements – petits ou grands -, et qu’en tout état de cause, ces années-psy, je suis bien contente de les avoir accomplies.

Si c’était à refaire, pas d’hésitation, je rempile: ma vie est de toute façon bien moins difficile maintenant qu’elle ne l’était il y a dix ans. Plus encore, même si ça reste rare, il lui arrive par moments d’être presque facile.

Objectivement donc, cela n’a rien changé pour ceux qui me demandent "ce que je deviens", et je suis toujours aussi gênée pour leur répondre.
Mais même si je ne suis pas encore "capable" et que cela me désole toujours, subjectivement, c’est sans comparaison.

Dommage qu’on ne délivre pas de diplôme (reconnaissance sociale) pour la circonstance; ce serait une cerise sur un excellent gâteau.

Mais en attendant et malgré les difficultés qui subsistent, cerise ou pas, je savoure…

Des choses de l’amour.

        Cette nuit, j’ai mal dormi, et j’ai fait de
vilains rêves. Tout était sordide, il y avait la mort et les jeunes veuves
éplorées, les poursuites de la part des siens et la peur, les voyages vers un
supposé meilleur ailleurs, ses dangers puis, une fois le point atteint, un peu
de soulagement mais beaucoup de dénuement et de tristesse, comme une sorte de
cage vide où il n’y aurait rien à faire, et des jugements de la part des
indigènes sclérosant tout développement d’une vie sereine.

 

Cela ne me surprend pas en ce jour de
Saint-Valentin, car depuis très longtemps, chaque fois que je pense aux choses
de l’amour, je finis par pleurer. C’est encore pire si je pense au plaisir que
l’on peut éprouver à le faire ou si je sens qu’on m’aime. D’ailleurs, je
supporte mal les preuves d’amour (encore que j’ai fait d’indéniables progrès),
en même temps que je souffre terriblement de leur absence. C’est un peu comme
les compliments ou les cadeaux (et les anniversaires ?), mais en dix fois pire.

 

Mais bon sang, que faire contre des choses
pareilles ? Je n’arrive pas à savoir si c’est par tristesse ou par émotion, que
je finis toujours par pleurer. J’ai le sentiment très fort que c’est les deux à
la fois. Et je ne comprends pas pourquoi il y a de la tristesse là-dedans, même
dans mon imaginaire. La nostalgie de ce que j’ai pu connaître et l’impression
que je ne le revivrai plus jamais ? Ou bien l’incapacité à le vivre au moment
où je le souhaiterais ? L’incapacité à le nourrir ou à l’éprouver en temps
voulu ?

 

Que faire ?

Dix ans déjà (2/3).

        En fait,
subjectivement j’ai toujours le même fonctionnement de base, mais il est
désormais nuancé, et lorsqu’il ne l’est pas, il est bardé de
« décorations » ici et là, ce qui ne m’empêche pas de rester toujours
aussi authentique, et même peut-être plus encore que je ne l’étais (et
c’est pas peu dire).

 

Mes réflexes
fondamentaux n’ont pas changé : je continue à me tourner
(involontairement, cela va sans dire) vers l’obsession, le morbide et la
dépression dès que j’ai des difficultés à résoudre le moindre problème (et cela
arrive régulièrement à n’importe qui).

Mes réflexes ponctuels
n’ont pas changé non plus, et c’est fort regrettable. Je me braque et me blesse
toujours aussi facilement, je suis toujours aussi dure et exigeante, en même
temps que toujours aussi sincère, empathique et émotive (pour ne pas dire
nunuche).

 

En revanche, j’ai
appris à sortir de ces réflexes le plus souvent possible (toujours dans un
second temps – plus ou moins long – donc, ce qui n’est pas sans poser de
problèmes socialement parlant), et à les conduire vers des choses plus
positives, même si je n’y arrive pas toujours, et même si j’en bave
systématiquement de toute façon.

 

En outre, précisément,
j’en bave moins et je ne cesse de penser, aux moments où c’est dur, que ça
l’était tellement davantage avant. Je ne cesse de me demander comment
ça pouvait être à ce point pire, et comment j’ai fait pour surmonter ça. Car je
ne l’oublie jamais. Je n’oublie jamais ce que j’ai souffert.

D’ailleurs, mes envies
de suicide sont devenues presque rares : quelques fois par an (la dernière
en date ayant été pendant mon voyage en novembre), contre pour le moins hebdomadaires à l’époque.

 

Le bilan est
assurément positif, même si je n’ai pas encore trouvé la clef qui me permettait
d’avoir une vie socialement et affectivement acceptable. Et il est vrai que
cela reste une souffrance que de voir l’âge avancer sans avoir pu accomplir
telle ou telle chose, certaines d’entre elles devenant définitivement
impossibles.

Malgré cet obstacle
majeur, les choses sont clairement « moins impossibles » qu’avant.

 

Des banlieusards.

Bon, ça y est, j’ai visité le "9-3". J’avais déjà passé quelques jours à Sarcelles il y a quelques années, cette fois j’ai écumé le sud du "9-3". Plus calme, excessivement résidentiel, et très souvent moche. Seuls les bords de la Marne m’ont séduite.

A chaque détour de rue, un peu enfant gâtée, je me demandais comment il était possible de vivre là, sans que la forêt, la montagne ou la mer ne puisse vous "sauver" à proximité, pour le cas où l’oxygène viendrait à manquer. Sûrement un réflexe de personne ayant vécu avec un minimum de "confort" alentours, et qui, sans ignorer l’existence de tours résidentielles mal entretenues, a toujours disposé d’un moyen de s’en évader d’une façon ou d’une autre, sans être coincé dans des embouteillages interminables. Je me suis dit que je souffrirais plus encore, façon phobie, si je n’avais pas cette porte de sortie, au moins à peu près accessible à l’improviste (en cas d’urgence), et je comprends parfaitement que l’on puisse devenir ou demeurer bête-méchant, ou fou-malheureux dans un contexte pareil.

Plus largement, j’ai eu l’occasion de discuter à plusieurs reprises avec des banlieusards de tous bords. Qu’ils soient riches ou pauvres, qu’ils viennent de la banlieue sud/ouest ou nord/est parisienne, ils vous disent souvent que, finalement, "ça doit bien faire un an" qu’ils n’ont "pas mis les pieds" à Paris, "si c’est pas plus", et qu’au fond, ils ne s’y rendent "pratiquement jamais" puisqu’ils n’en éprouvent pas le "besoin" ni même "l’envie" (et vous avez droit à tous les inconvénients: trajets, bruit, etc).

C’est à se demander pourquoi ils y demeurent…
le travail vous diront-ils.
Il n’y en a vraiment qu’à Paris ou dans sa région?

Dix ans, déjà (1/3).

A défaut de m’intéresser de front aux anniversaires de personnes (j’ai un problème avec les anniversaires, j’ignore pourquoi), je m’intéresse peu à peu, pour les apprivoiser, aux anniversaires des petits (ou grands) événements de ma convalescence, si égocentrique cela peut-il être.

Il y a peu, le jour de Noël pour être exacte, c’était le premier de ce blogue. Mais j’étais trop envahie par ailleurs pour y penser tranquille.

Puis il y a eu le mien qui, pour la première fois de ma vie, fut un "non anniversaire" aussi retentissant que salvateur.

Il y a eu aussi mes deux ans sans tabac. Et puis il y a, aujourd’hui même, si j’en crois mon agenda, celui de mes… dix ans de psymachinchose.

Soutenue.

Et cet anniversaire là, il me travaille.

J’ai même rêvé, il y a quelques jours (je ne fais le rapprochement qu’au fur et à mesure que j’écris), que je pratiquais une autopsie sur moi-même, histoire de voir si mes organes étaient en bon état. Ainsi donc, j’en retirais la plupart, puis je me recousais histoire de ne pas mourir pendant mon inspection. En tout cas, de ce que j’en voyais (je vous assure que c’est très étrange comme impression que de tenir ses organes dans ses propres mains… !), ils avaient l’air sains. Je ne comprenais pas très bien par exemple comment j’arrivais à respirer encore alors que je tenais mes poumons dans mes mains, mais je décidai de ne pas chercher à comprendre et me contentai de penser, même si c’était complètement surréaliste (y compris dans mon rêve), que c’était sans doute parce qu’il existait des soupapes de sécurité insoupçonnées.

En tout cas, depuis quelques semaines, je repense régulièrement à « l’endroit » où j’en étais il y a dix ans.

Objectivement a priori, rien n’a changé : je suis toujours sans emploi (ou à tout le moins sans emploi stable), et toujours célibataire.

Subjectivement en revanche, c’est très curieux : c’est à la fois tout à fait similaire et tellement différent…

Des bulles de savon.

Tout à l’heure, en prenant une douche-bain pour cause d’absence de rideau de douche dans l’appartement mis à ma disposition pour les quelques jours que je passe à l’autre bout de la France (pour ne pas dire à l’étranger…), j’ai aperçu voler dans l’air avec légèreté, une bulle de savon formée à mon insu, d’environ un ou deux centimètre(s) de diamètre, ce qui n’a pas manqué de me surprendre et me faire plaisir.

Je me suis mise à sourire bêtement, et à souffler doucement dessus, pour qu’elle vole un peu plus haut, et vive un peu plus longtemps. Elle s’est éloignée peu à peu pour s’engager dans le couloir, jusqu’à ce que mes yeux ne la voient plus.

Et je me rappelle que, pendant le temps où elle s’est laissée porter par l’air, j’ai cru avoir un petit aperçu de l’amour que mon hôte me portait, et qui me sidère tant physiquement que moralement, désormais. C’est que je l’occulte le plus possible et que j’ai du mal à me laisser envahir par ces choses là, du moins lorsqu’il y a eu des faux pas. Ils n’auront pas manqué de me saisir et m’interdire tout développement de sentiment un peu risqué, la raison s’imposant alors avec une force inouïe, sans que je puisse l’écarter, ou si peu.

Et quand la marche a repris, même si elle semble plus solide, je reste crispée sur l’échec potentiel, ce qui m’interdit de me laisser porter à nouveau. De sorte qu’il ne peut qu’arriver.

Alors pour lutter contre, et puisque rien ne se fait naturellement pour moi dans ce domaine, j’essaie de penser doucement (pour ne pas la casser) à cette bulle de savon…