De l’angoisse à l’hyperactivité.

Voilà que je ne sais plus où donner de la tête, les rendez-vous se multiplient, les cours aussi (rattrapage du CPE), que je sèche déjà en partie parce que trop dur à assumer, et je me prépare à commencer mon nouveau traitement d’anti-dépresseurs après avoir pu constater que ce qui m’a été prescrit n’est pas encore… commercialisé (mais j’ai trouvé une solution). Il me fait peur ce traitement, mais je suis au pied du mur.

C’est particulièrement difficile pour moi d’assumer tout ça, car par hypothèse, je n’ai toujours pas d’envies de vivre ni d’assumer les choses qui m’arrivent, et même, je préférais quand je n’avais rien à faire, c’est beaucoup plus facile quand on est motivé par rien de la vie. Au moins, on a le sentiment de se reposer à ne rien faire, alors que là, j’ai l’horrible impression de m’agiter / faire des efforts considérables pour rien.

La seule chose qui me tient et qui me permet de faire tant d’efforts, c’est l’espoir d’avoir envie un jour.
Et l’espoir, c’est déjà beaucoup; je n’en ai pas toujours eu.

Encore de l’angoisse.

En ce moment, ça n’arrête pas, les crises sont à la fois violentes et fréquentes. Il y en a eu une, en particulier qui m’a fait très peur.
J’avais une dette de sommeil assez importante, et j’avais fini malgré tout par m’endormir. Je ne me suis réveillée sans savoir pourquoi, et j’ai eu peur. Très peur.

J’avais très chaud, l’impression d’avoir de la fièvre, mais sans la fatigue caractéristique qui l’accompagne habituellement. Juste la fatigue du manque de sommeil. Les bouffées de chaleur arrivaient par vague, et je tremblais, car mes muscles se raidissaient tout seuls. Je m’efforçais de respirer à fond, comme j’ai appris pour me calmer.

Sauf que c’était comme si j’avais un accélérateur de particules dans la tête : je m’efforçais de me raisonner, et je ne le pouvais pas. Les particules / neurones / neurotransmetteurs s’emballaient, partaient dans tous les sens, et accéléraient au fur et à mesure que je m’efforçais de les retenir.

D’un côté (c’était comme si j’avais un deuxième « moi », de sorte que j’ai vraiment cru que j’étais schizophrène), l’angoisse me demandait ce que je faisais là, affirmait que je n’y avais pas ma place, interrogeait ma vie pour mieux la mépriser et me faire savoir qu’elle était pathétique, que je devrais avoir honte de ce qui m’arrivait (héritage, déménagement, etc), mais aussi de ce que j’en faisais.
Alors j’avais honte, et je me disais que je devrais être morte, non pour me soulager (ça c’est les envies de suicide), mais pour que les choses soient à leur place. Mais surtout, l’idée que je n’avais pas ma place sur la terre était tellement forte et tellement violente que je me demandais même si j’étais vraiment là. Je doutais carrément de la réalité. C’était affreux. Je me disais que cette main, que je voyais, n’existait pas, que tout cela était l’invention de la folle que j’étais. J’étais donc folle. Je me sentais dépossédée de moi-même, je ne m’appartenais plus. Je ne savais plus rien. Juste qu’il me semblait que c’était "ça", la schizophrénie, et que j’avais sûrement un problème de ce genre, que le docteur la-tête n’avait pas perçu. D’ailleurs, ce n’est pas tant que j’avais peur d’être schizophrène, mais plutôt des conséquences que cela pouvait avoir ou plutôt du danger que cela pouvait représenter (mais dont j’ignore tout, en fait).

D’un autre côté, ma raison travaillait à fond. Tu n’as pas choisi d’être là, mais tu es là et tu existes ; ce qui t’arrive c’est ce qui t’arrive, ce que tu fais, c’est ce que tu peux, et tu le sais. Peut-être que tu ne peux « pas assez » et que d’autres feraient bien mieux, mais au moins tu le fais, et c’est la vie qui a choisi que les choses soient comme ça. J’arrivais même à penser dans de brefs moments, que si j’étais schizophrène, je le saurais déjà, que s’il y avait un quelconque danger, je le saurais déjà, et que ça n’arriverait pas juste là cette nuit. Que de toute façon j’ignorais totalement le tableau clinique de cette maladie et que les professionnels rencontrés ne m’avaient jamais parlé de ça.
Sauf que la raison est beaucoup plus posée, beaucoup plus lente que la folie. La folie s’empare de vous, elle vous entraîne, comme le ferait la foule : vous ne pouvez pas grand chose. Juste saisir quelques occasions de vous extirper, par moments.

Alors je m’efforçais de toucher des choses, pour sentir des objets sous ma main, me dire qu’ils étaient réels, que je n’inventais rien. Mais ce n’était pas cela qu’il me fallait.
J’étais tellement mal et j’avais tellement peur que j’ai pensé à appeler les urgences. Mais je n’ai pas le numéro des urgences psychiatriques et ma vie n’était pas en danger, c’était mon esprit seul, qui était en danger.
Mais en fait, pour me calmer à ce moment là, il m’aurait tout simplement fallu du « vivant ». Du vivant calme, mais susceptible de bouger par sa propre volonté, et qui accepte que je m’approche de lui avec bonté. Par exemple, quelqu’un qui aurait pris ma main (ou à qui j’aurais pris la main), dont j’aurais senti le poul et la chaleur. Ou plus simplement, quelqu’un qui aurait été en train de dormir, et dont j’aurais perçu le souffle.

S’il n’avait pas été 5 heures du matin, j’aurais appelé des amis. Entendre une voix m’aurait sans doute un peu aidée. Mais à une heure pareille qui voulez-vous appeler pour vous rassurer sur la réalité de la vie?

Peut-être devrais-je me faire des copains en Australie… ?

Un peu de météo bloguesque.

Beaucoup de nuages ces temps-ci. Accompagnés d’une brise régulière.
De sorte qu’ils ne s’amoncellent pas pour l’instant, ils ne font que passer, et puis ils ne sont pas noirs.
De temps en temps, une pluie. Plutôt du genre diluvienne, mais toujours brève, contrairement aux semaines précédentes où les pluies étaient beaucoup plus légères mais très présentes. Elle fait généralement suite à un coup de tonnerre (dû aux écarts permanents de température; mais c’est normal, c’est le climat qui veut ça). Or comme j’ai toujours eu une peur bleue de l’orage, je fuis.
Bref, une petite dépression, mais qui ne devrait pas avoir d’autres lendemains que du soleil. S’il est vrai qu’il y a toujours un risque de gros temps tant qu’on reste en dépression, l’atmosphère est quand même plutôt à la légèreté, et les températures sont globalement plus douces.

Pour le cas où le soleil ne serait pas franchement de retour bientôt, il devrait y avoir au moins un arc-en-ciel incessamment.

Pour autant, même s’il n’y a rien d’inquiétant (au contraire, même), les perturbations seront peut-être assez fortes pour m’empêcher de bloguer tranquille dans les prochaines semaines (surtout la prochaine à partir de mardi en théorie).

C’est que je vais avoir des petits soucis matériels transitoires. Je ne suis pas adepte du grand écart, mais je vais m’y essayer, trop heureuse d’entendre ça et là que l’on aime à me lire (en particulier une amie: j’ai rarement été aussi soutenue de ma vie), que la régularité est aussi agréable aux lecteurs, et trop fière d’arriver à peu près à tenir le rythme.

Surtout ces derniers temps, ça n’a pas été facile !

Et tant que je suis dans les airs, un petit bonjour à Los Angeles au passage…

Des levées de boucliers.

Depuis quelques mois, j’accorde un peu d’importance à cette expression sur laquelle je ne m’étais jamais arrêtée, que j’avais toujours cru comprendre sans essayer de la comprendre.
Elle traduit (je crois) l’idée d’une réaction très forte, voire violente, voire démesurée. Mais si l’on y réfléchit, des boucliers qui se lèvent tous en même temps, c’est juste une réaction forte et unanime, ou plus exactement, une opposition forte et unanime.

Et je me suis aperçue que depuis que j’avais cessé de vouloir me détruire et depuis que j’avais également décidé de ne pas plus laisser les autres le faire, je passais mon temps à en faire, des "levées de boucliers".

Je suis sans cesse en action, sans cesse à m’opposer à la moindre toxicité, et c’est dur:  il faut être hypervigilant, ne jamais rien laisser passer, et puis faire du sport ! Lever tous ses bras en même temps, avoir les yeux, les oreilles et les narines à l’affût du moindre danger, c’est é-rein-tant.
C’est d’autant plus fatiguant que cela crée des distorsions: on est sans cesse en train de bouger, un bras ici, l’autre là-bas de l’autre côté, puis la jambe devant, tout en évitant un coup avec la tête*.
Je ne peux donc pas me permettre la moindre faille à l’intérieur des rangs, j’ai besoin de toute mon énergie, et de tout le soutien des "miens", ceux que j’ai patiemment et soigneusement choisis. Non pour qu’ils me défendent (ils ne sont pas des fantassins), ni même qu’ils pansent mes blessures (ils ne sont pas des infirmiers), mais pour qu’ils me soutiennent (ils sont mes amis).

Et depuis que je vis ainsi, je ne me suis jamais sentie aussi sereine. Oh, je ne dis pas que l’on est serein à manier le bouclier ! Je dis seulement qu’on est
beaucoup moins "pas serein" qu’auparavant (lorsqu’on se détruisait
et/ou qu’on se laissait détruire par les autres). Je n’ai jamais
ressenti de façon si aigue que c’était sur ce chemin là et avec cette méthode là qu’il fallait
avancer. Je n’ai jamais si peu douté de ma vie: le doute reste
omniprésent, mais il n’est plus au premier plan.
Je n’ai jamais autant eu
l’impression que, même lorsque je prends une décision radicale (mais cohérente), j’ai
raison de la prendre.

Même si elle donne fâcheusement envie de le baisser, ce putain de bouclier.

* Non que j’imagine que le monde me veut du mal. Juste qu’il me fait mal, même si c’est tout à fait involontaire, et que de toute façon c’est comme ça.

Le choc.

Aujourd’hui j’avais rendez-vous avec un autre psy, sur les conseils de mon psy, histoire de réviser mon traitement puisqu’apparemment, il n’est pas assez efficace.

Je me suis entendue poser un ultimatum: soit vous acceptez d’être prise en charge en hôpital psychiatrique pendant maximum trois mois (pas de minimum) et je m’occupe de vous, soit vous vous débrouillez par ailleurs.

Je lui ai demandé s’il n’était pas possible d’être suivie en externe, traitement à l’appui. Il m’a répondu par la négative. Je lui ai demandé si c’était un ultimatum, il m’a répondu par l’affirmative.

Je lui ai expliqué qu’il y a dix ans, j’avais demandé une prise en charge en hôpital psychiatrique, et qu’on m’avait fortement déconseillé de le faire. Je lui ai expliqué qu’aujourd’hui, je n’éprouvais plus cette nécessité, que je me sentais capable d’entreprendre des choses bien que j’avais besoin manifestement de soutien chimique différent de celui que je prenais déjà, et qu’il m’imposait (de façon déguisée) une hospitalisation.

Il m’a répondu qu’il n’y pouvait rien si le psy qui m’a déconseillé l’hospitalisation psychiatrique était incompétent, que lui, était compétent (il m’a pas souligné qu’il était professeur, mais je suppose que c’était ce qu’il fallait que je comprenne), que je souffrais apparemment de dépression chronique sous une forme atypique, que c’était une place de choix qu’il me proposait, et que c’était à moi de voir.

Depuis tout à l’heure, je tremble de partout, et je me suis remise à pleurer. Peut-être que c’est une bonne chose?

Je ne peux quand même pas m’empêcher de penser qu’il y a de quoi devenir fou…

Un suppo (de satan?) et au lit (2/2)!

Pourtant, en y réfléchissant, même si on est en mesure de choisir à bon escient, si on pousse les choses jusqu’au bout de leur logique, et même s’il n’y a pas une volonté de mourir, il y a quand même clairement une volonté de ne plus être là. C’est pas exactement pareil mais quand même… Ce serait un peu comme une sorte de nano-mort-voulue-bien-que-réversible.
Et puis il y avait un autre inconvénient : le sommeil sous somnifère, c’est pas terrible, de sorte que même si l’on dort 17 heures par exemple, on a l’impression de n’en avoir dormi que quelques unes. Le lendemain, on est donc vaseux et pas vraiment reposé, même si la crise a peut-être cessé.
Techniquement comme idéologiquement donc, ça ne me plaisait pas.

Alors j’ai entrepris de réfléchir à ce qui pourrait m’éviter d’entrer dans cette logique, même minime (étant entendu qu’il me semble que si j’ai pu entreprendre cette réflexion et la mener à bien, c’est précisément parce que je me réservais le droit de les prendre, ces cachets, en cas d’échec à trouver une solution de substitution).

Or mes fidèles lecteurs savent qu’en ce moment, je vis plus ou moins à l’américaine (rassurez-vous, je reste raisonnable), de sorte que j’ai pensé à leurs fameuses… séries.
Et justement, on m’avait prêté depuis quelques temps la saison 1 de "24h", et il me restait 6 ou 7 épisodes à voir pour la terminer.

J’ai décidé de me les enfiler tous à la suite. Ce compromis me convenait : je regardais jusqu’à la fin si je voulais, quelle que soit l’heure, et en échange, je ne prenais pas de cachets. J’en profitais au passage pour grignoter du pain et du fromage (Ô miracle, j’ai même mangé un peu ce soir là ! Et mangé français de surcroît !) – ce que je n’aurais pas fait si j’avais pris l’option "cachets".
Ainsi, vers 5h du matin, j’étais sortie de la crise, et je me suis endormie bien sagement, dans mon lit. Ce qui montre que six séries américaines valent bien trois somnifères…!

Ce jour là, je me suis levée vers 13h30, et sans aller bien, ça allait bien mieux.

Et oui, Jack Bauer n’a pas sauvé que David Palmer…

Un suppo (de satan?) et au lit (1/2)!

Samedi soir (ou dimanche, je ne sais plus), j’allais tellement pas bien que j’avais très envie de dormir longtemps. J’en pouvais plus d’être si mal; ça n’avait pas de fin. Dormir longtemps (le plus possible bien sûr), c’est un des désirs récurrents des dépressifs.

Sauf que, pour ceux qui ne le savent pas encore, je suis en convalescence. Ce qui fait que, au lieu de dormir pour toujours ou le plus longtemps possible, j’avais juste envie de dormir une longue nuit. J’avais surtout envie que cette crise CESSE. Une nuit de plusieurs jours n’était même pas nécessaire: il fallait qu’elle fut suffisamment longue pour que la crise ne revint pas aussitôt, et suffisamment courte pour ressembler encore à une vraie nuit, histoire de ne pas trop secouer le rythme, si difficile à respecter. De 20h30 (en l’occurrence) à 13h30, ç’aurait été parfait.
Je me l’autorisais d’autant mieux que ça faisait un moment que je n’avais pas eu ce genre d’envie. Parce qu’en tant que convalescente, j’ai des espoirs de jours meilleurs moins pires. Je savais donc qu’il suffisait que je dorme pour que probablement (z’imaginez? même en pleine crise il est possible de penser "probablement"!), je ne sois plus en crise le lendemain matin.

Sauf que, pour dormir à 20h30, quand on est en pleine crise, il faut pouvoir s’endormir. Et ça, étant donné les circonstances, ça ne peut se faire qu’artificiellement. J’avais donc décidé de prendre trois cachets. Je suppose que je me serais contentée d’un et demie ou de deux, telle que je me connais.
C’est que j’ai horreur de faire ce genre de trucs (d’ailleurs, je ne l’ai jamais vraiment fait encore, jamais avec trois du moins), mais là j’en avais ras-le-bol. C’était insupportable d’être mal et de pleurer encore comme ça pour rien du tout. De ne plus rien supporter, ni personne.

Je m’autorisais néanmoins à les prendre, car j’avais bien conscience que ce n’était pas pour mourir. Et puis depuis quelques années, j’essaie de m’autoriser le plus souvent possible à me soulager de ce genre de maux, même avec des trucs pas très catholiques et potentiellement dangereux. J’ai mis du temps, et d’ailleurs j’hésite beaucoup à chaque fois; mais précisément, je crois qu’après avoir traversé un certain nombre de galères et passé certains "caps" (par exemple, quand on s’est déjà fait peur), on est en mesure de choisir en connaissance de cause, et on est mieux placé que quiconque pour peser le pour et le contre…

Encore et toujours.

Tous les jours je pleure.
Depuis au moins dix jours, probablement davantage; je n’ai pas compté.
Mais c’est sûr, c’est tous les jours.
Et c’est, le plus souvent, plusieurs fois par jour. Au moins quatre ou cinq fois. Même si certaines fois sont brèves.

Curieusement, cela ne m’empêche pas de m’activer au moins un peu, contrairement à "avant": en ce moment, je suis dans les cartons. Je les remplis les yeux embués pour un prochain déménagement dont j’ignore encore la date.
Mais j’ai peur d’emménager dans le même état que j’étais partie en voyage en novembre. J’ai peur que ça se termine de la même façon, par une envie très forte de suicide. Car pour l’instant, j’ai beau pleurer tout le temps, je n’en suis pas encore là. D’ailleurs, comme toujours, cela ne m’empêche pas de plaisanter ici et là quand l’occasion se présente. Mais ça, ça a toujours été comme ça, même dans les pires moments, il y a dix ans, mais aussi il y a vingt ans.

Plus j’y pense, et plus je me dis que si je pleure autant et si souvent, c’est précisément parce que ce qui m’arrive est super chouette (sauf que ce ne sont pas des larmes de joie). Je ne vois vraiment pas d’autre explication (en auriez-vous?): si je fais un récapitulatif de ma vie et de ses grands tournants "positifs" (même subjectivement parlant), ce sont les moments qui furent les plus douloureux ou les plus tristes.
Comme si quelque chose, au fond de moi, m’interdisait le bonheur et la réjouissance. Comme si l’on m’imposait d’être triste lorsqu’une chose porteuse d’espoir m’arrive, et que je n’avais pas le droit de me faire plaisir.

Comme je ne manque pas de me poser des tas de questions histoire d’essayer de trouver un moyen de me soulager, j’ai remarqué il y a quelques jours que même lorsque j’éprouve un réel plaisir à quelque chose (en l’occurrence, c’était de recroiser une vieille connaissance), il suffit qu’on me le fasse remarquer (ou que j’en prenne conscience) pour que mes yeux cessent de briller immédiatement.
C’est dingue.
Mais c’est surtout pénible.

Alors on m’a parlé de "génogramme" (les traumatismes se transmettraient de génération en génération). Moi je veux bien mais, j’ai déjà fait une enquête poussée au sein de ma famille, je n’ai rien trouvé de convaincant.
De façon peut-être plus ésotérique, d’autres ont évoqué la multiplicité des vies que l’on aurait à vivre. Une autre vie dans laquelle j’aurais été soit très coupable soit très victime de trucs atroces. Je suppose que si j’avais papoté avec un Africain, il m’aurait parlé de sorcellerie.

A la limite, je m’en fiche; moi, tout ce que je voudrais, c’est que ça s’arrête.

La (mal)chance du dépressif (2/2).

C’est sans fin car dans l’absolu, le dépressif n’a pas tort : c’est juste qu’il n’a pas le même filtre, face à la vie, qu’une personne normalement constituée, et c’est pour ça qu’il a un mal fou à percevoir les choses positives. C’est comme si on avait un voile sombre sur les yeux, des bourdonnements dans les oreilles, un préservatif sur l’ensemble du corps, ainsi que des leurres sur les papilles et sous les narines.
La dépression (je me répète sans doute), c’est le dé-goût de tous les sens ; avec tous les degrés que cela suppose, variables en intensité et dans le temps.

Et bien naïf celui qui s’imagine qu’un médicament (ou plusieurs) suffit à éradiquer tout cela. Trouver la molécule qui convient peut être l’affaire de toute une vie pour plusieurs raisons : le corps évolue (notamment avec l’âge), les molécules à disposition sont nombreuses (et par hypothèse agissent sur des ressorts différents), elles mettent du temps à agir (et il faut apprendre à en observer les conséquences), certains effets secondaires sont insupportables à certaines personnes et on peut les confondre avec d’autres causes, sans compter la situation (sociale, professionnelle, personnelle, affective, etc) qui évolue aussi et qui n’est sans doute pas sans incidences sur les connexions neuronales.
Autant de facteurs qu’il faut combiner entre eux, et qui exigent beaucoup de finesse d’analyse. D’où l’intérêt (entre autres) d’une psychothérapie.
Pour ceux qui ont des réminiscences de leur cours de « proba », vous imaginez un peu le nombre de combinaisons possibles. Avant d’en trouver une bonne… c’est un peu comme jouer au loto ! Sauf que, même si ça ne règle pas tout, il existe heureusement des pistes à suivre en fonction des états d’âme. 

Et sauf aussi que les dépressifs ne savent pas… qu’ils ne manquent pas plus de chance que quelqu’un d’autre !

La (mal)chance du dépressif (1/2).

Les dépressifs ont souvent un petit côté paranoïaque (avec mention bien pour les dépressifs qui s’ignorent). Ils sont convaincus qu’ils n’ont (vraiment) pas de chance ; et je ne serais pas surprise que le degré de leur dépression soit à peu près proportionnel au degré de malchance exprimé. C’en est presque drôle, s’il n’y avait tant de souffrances derrière.
(Bon d’accord : même avec, c’est drôle.)
Mais faut pas leur dire trop fort, ils pourraient mal le prendre.

Ils sont toujours en train de faire remarquer tel ou tel événement qui leur est arrivé en ajoutant que « évidemment », c’est « tombé sur eux » (la crème fraîche liquide qui fuit, la caissière l’hôtesse de caisse la plus lente de tout le supermarché [au moins], la fiente de pigeon…), ou, s’ils ont un minimum d’humour, il l’envelopperont dans un : « mais c’est parce que j’étais là que c’est arrivé, sinon il n’y aurait rien eu ! ». Ils voient des preuves de cette malchance dans tout ce qui leur arrive du genre « tiens, tu vois ? c’est sur moi que c’est tombé » (hihi oui, berk).

En fait, il est bien possible qu’ils se trompent. Cette malchance n’est souvent que l’expression des idées négatives qui les submergent (lorsque ce n’est pas un enchaînement de maladresses imperceptibles). Dès lors, comment leur en vouloir ?

Quand on est dépressif, en effet, on ne peut pas (neurologiquement ai-je envie d’ajouter) voir les choses positives, même si on nous les met sous le nez. On ne voit que les négatives. S’il est important de savoir faire remarquer une chose positive qui arrive à un dépressif à l’occasion, histoire de laisser une chance de prise de conscience pour le cas où ce serait possible ce jour là, il est complètement inutile et même néfaste d’insister et de vouloir convaincre.
Cela engendrerait ce que les psy appellent des « résistances » : le dépressif sent ce qu’il sent, et le contredire revient finalement à ne pas le prendre en considération (que ce soit volontaire ou non). Plus on insiste, moins il se sent entendu/exister, de sorte qu’il se renforce dans ses idées négatives et désire encore davantage démontrer qu’il a raison, histoire d’être entendu dans sa souffrance invisible.

C’est sans fin.