Depuis quelques mois, j’accorde un peu d’importance à cette expression sur laquelle je ne m’étais jamais arrêtée, que j’avais toujours cru comprendre sans essayer de la comprendre.
Elle traduit (je crois) l’idée d’une réaction très forte, voire violente, voire démesurée. Mais si l’on y réfléchit, des boucliers qui se lèvent tous en même temps, c’est juste une réaction forte et unanime, ou plus exactement, une opposition forte et unanime.
Et je me suis aperçue que depuis que j’avais cessé de vouloir me détruire et depuis que j’avais également décidé de ne pas plus laisser les autres le faire, je passais mon temps à en faire, des "levées de boucliers".
Je suis sans cesse en action, sans cesse à m’opposer à la moindre toxicité, et c’est dur: il faut être hypervigilant, ne jamais rien laisser passer, et puis faire du sport ! Lever tous ses bras en même temps, avoir les yeux, les oreilles et les narines à l’affût du moindre danger, c’est é-rein-tant.
C’est d’autant plus fatiguant que cela crée des distorsions: on est sans cesse en train de bouger, un bras ici, l’autre là-bas de l’autre côté, puis la jambe devant, tout en évitant un coup avec la tête*.
Je ne peux donc pas me permettre la moindre faille à l’intérieur des rangs, j’ai besoin de toute mon énergie, et de tout le soutien des "miens", ceux que j’ai patiemment et soigneusement choisis. Non pour qu’ils me défendent (ils ne sont pas des fantassins), ni même qu’ils pansent mes blessures (ils ne sont pas des infirmiers), mais pour qu’ils me soutiennent (ils sont mes amis).
Et depuis que je vis ainsi, je ne me suis jamais sentie aussi sereine. Oh, je ne dis pas que l’on est serein à manier le bouclier ! Je dis seulement qu’on est
beaucoup moins "pas serein" qu’auparavant (lorsqu’on se détruisait
et/ou qu’on se laissait détruire par les autres). Je n’ai jamais
ressenti de façon si aigue que c’était sur ce chemin là et avec cette méthode là qu’il fallait
avancer. Je n’ai jamais si peu douté de ma vie: le doute reste
omniprésent, mais il n’est plus au premier plan.
Je n’ai jamais autant eu
l’impression que, même lorsque je prends une décision radicale (mais cohérente), j’ai
raison de la prendre.
Même si elle donne fâcheusement envie de le baisser, ce putain de bouclier.
* Non que j’imagine que le monde me veut du mal. Juste qu’il me fait mal, même si c’est tout à fait involontaire, et que de toute façon c’est comme ça.