Quand ça veut pas.

Il y a des jours comme ça, je ne peux vraiment pas écrire…
D’habitude je me débrouille quand même pour dire quelque chose, mais là, ça veut vraiment pas: le front est bas, le cerveau en travers (l’étagère s’est cassé la figure !), les yeux sont dans les joues, et les joues plutôt vers le bas de la mâchoire.
La tête est encore sur les épaules… ouf !

A demain, j’espère.

Des ni.

Quand je travaille trop, que j’en ai ras-le-bol et que je suis un peu énervée, je n’ai plus besoin d’envoyer bouler mes copines-boulet, ni de fatiguer mes amis avec mes loghorrées au téléphone, ni de casser du sucre sur le dos de mes ex, ni même de m’engueuler avec ma mère (ou tout autre membre de la famille qui peut faire office de punching-ball pour cause de chiantise chronique): je peux désormais aller me défouler dans le jardin…!
Soit en y creusant un trou pour changer tel arbuste de place, soit en y arrachant les "mauvaises herbes" ou le lierre qui s’en donne à coeur joie…

Et en plus, j’y découvre parfois de bien jolies choses:

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Des suicides à Etretat.

Toujours le nez dans le guidon.
Et ça commence à me peser.

Comment je le sais?
Parce que lorsque j’ai vu une image d’Etretat sur le petit écran, la première chose qui m’est venue à l’esprit, comme un réflexe conditionné, était que c’était nickel pour se suicider comme endroit: on peut pas se rater, et c’est magnifique.
Bon, moi je le ferai pas, mais j’imagine que pour un suicidaire "normal", c’est super chouette.
D’ailleurs, je me suis demandé comment il se faisait qu’on n’en parlait pas davantage parce que je suis tout à fait convaincue (à moins qu’il y ait une raison spécifique) qu’il y en a plein, par là, des suicides: je connais trop les suicidaires pour ignorer qu’ils sont très sensibles à la beauté et que, comme les non suicidaires, ils rêvent (pour la majorité) de voler d’être suspendus dans les airs. Autant se faire plaisir pour le dernier jour de sa vie.

C’est probablement parce que c’est un sujet qui fait peur aux gens que personne n’en parle jamais. Dommage.

En tout cas, j’ai pensé à eux. Ceux qui l’ont fait et qui ont enfin trouvé le repos; ceux qui ne l’ont pas encore fait, et à qui j’ai demandé naïvement, dans les airs, de s’abstenir.

Si ce n’est pour eux, au moins pour ceux qui viennent se promener…
Et puis comme ça, cette beauté, ils la verront, et la reverront peut-être, qui sait?

Retour au café.

Après le retour à la vie, le retour au café.

Cela faisait au moins deux mois que j’avais abandonné mon caf’étincelle.
Voilà maintenant quelques jours qu’il m’appelle, et avec raison: je trouve que me sens un peu trop facilement fatiguée.
Alors ce matin, j’ai accédé à sa demande.

Assez serré, mais en toute petite quantité.
Comme j’aime.

On verra bien si, en plus d’être agréable, c’est efficace…

Du non recul enchant(i)é.

Bon. Parlons peu parlons bien: je ne suis pas du tout satisfaite de l’ensemble de mes derniers billets.
Je n’arrive pas à m’exprimer, je ne parle plus des choses que j’aime bien (le seul billet qui me convient moins mal que les autres, mais sur le fond bien davantage que sur la forme, c’est les "coins-confort"), et surtout je n’ai aucun recul sur ce que je raconte ce qui a le don de m’exaspérer.
Comme j’ai pris le parti d’écrire mal plutôt que de ne pas écrire, j’assume.
Mais quand même, ça m’agace!

Pour autant, je suis dans une phase plutôt-non-dépressive ces jours-ci (c’est encore mieux que "plutôt-moins-dépressive"), et je devrais donc avoir la force (et même l’envie?) de me tourner vers autre chose que mon nombril; d’ailleurs, je vais peut-être en profiter, enfin, pour écrire quelques messages (qui attendent depuis si longtemps…) aux uns et aux autres.

Mon esprit comme ma maison, mon jardin, ma licence, et j’en passe, sont en plein chantier encore en ce moment, et presqu’aucun minimum n’est encore assuré; alors pour le recul, il va falloir que j’attende encore un peu…

Mais ce n’est pas grave: mon plombier préféré est en train de chanter en soudant quelques tuyaux, et je préfère cent fois les attentes de ce genre à celles qui se passent dans la souffrance…!

Nuit blanche, vin rouge.

Voilà une éternité que je n’avais pas fait de "vraie" nuit blanche.
Cela fait plus de 36 heures que je suis debout, et je n’ai pu m’arroger que deux mini siestes dans la journée.
Il faut dire qu’avec la cure de sommeil que je me suis faite sous antidépresseurs, pour la première fois de ma vie je suis clairement en "crédit" de sommeil !

J’ai passé mon dernier examen hier (avant-hier devrais-je dire), et je me suis franchement fait plaisir à jouer aux cubes avec les concepts que l’on nous a soumis.
Puis parce quetrop de choses se bousculaient dans mon esprit pour des raisons trop longues à exposer ici, je n’ai pas pu fermer l’oeil de la nuit. Une nuit d’insomnie sans angoisse ni pleurs ni énervement, je ne savais pas que ça existait !

Et pourtant la journée fut bien remplie comme cela ne m’est jamais arrivé non plus*: défilement d’artisans, bouleversement total de l’environnement, amis à déjeuner,
bricolage, coups de fil, amie à dîner et soirée bavardage devant un bon petit feu de cheminée, avec un bon petit
vin.

Car j’ai bu ! Et aux deux repas encore !
Bon; pas du Cahors n’importe quoi comme vin quand même, et puis en quantité vraiment minime. Mais quand même. Il n’y a pas à tortiller: c’est mieux que les antidépresseurs…!

Mais tout de même, je m’inquiète tellement tout était inhabituel ces dernières heures: les dieux jouent aux dés en ce moment, ou bien?

* Ceux qui ne me connaissent pas ne peuvent pas se rendre compte, mais cette journée est une révolution totale dans mon système de vie habituel. C’est étrange de comprendre que les "autres" vivent ce type de rythme au quotidien…

Des coins-confort.

Quand on est dépressif, il est essentiel de s’aménager un "coin-confort" en cas de crise. C’est encore mieux si on peut en avoir plusieurs, en fonction du type de crise que l’on a à affronter (par exemple, avec ou sans larmes, ou bien avec ou sans grosse fatigue).

Deux points essentiels pour les crises les plus grosses: être porté de partout (que l’on soit assis ou couché), et être couvert chaudement (car en cas de crise, on a généralement très froid). En général, il vaut mieux être allongé en cas de grosses larmes. Même si c’est sur le sol.
Il est également nécessaire de pouvoir y être seul et de ne pas y être dérangé.

Je viens de découvrir en outre, qu’il faut y avoir fait ses armes larmes, et y avoir "déposé" ses propres ondes, des ondes réconfortantes. Sans elles apparemment, point de soulagement possible, l’inquiétude et le mal-être superficiels restent présents, et la crise a du mal à passer.

Tout cela n’est pas toujours facile à réunir. Par exemple parce qu’on ne vit pas seul. Egalement en cas de déménagement apparemment: cela prend un peu de temps (comme le reste, m’a-t-on dit).

Mais c’est vraiment important un coin-confort. C’est un peu comme une oasis dans un désert: un point de ressource indispensable…

Revivre.

Bon sang que j’ai bien fait de suspendre mon traitement…!

J’ai enfin retrouvé l’appétit*.
Et puis j’ai redécouvert aussi la soif; ça m’a fait tout drôle.
Et ça m’a surtout terriblement rassurée.

Quel plaisir de sentir cet espèce de creux dans l’estomac ! Pas n’importe lequel: celui qui vous signale que vous avez envie de manger, qui vous annonce que si vous le faites, ce sera agréable. Celui qui vous fait sentir que vous êtes bien vivant.

Dès que je l’ai senti, j’ai compris que j’avais eu raison d’arrêter ces saloperies ce traitement pour l’instant, et j’ai même ri.

J’ai commencé par un petit déjeuner, puis j’ai eu envie de choses fraîches: salade, concombre, fromage, etc. Hmm ! J’avais même la force de me préparer des broutilles à manger !

Et depuis, je recommence à réfléchir, à boire, à téléphoner, à sortir…
Evidemment, j’imagine que je vais à nouveau rencontrer les problèmes qui m’ont conduite à changer d’antidépresseurs; mais tant pis.

Je ne vis peut-être qu’en pointillés, mais c’est toujours mieux que de ne pas vivre du tout !

Quant au traitement, je pense que je le retenterai à un moment où j’ai moins de choses à porter: déménagement/travaux, examens (entre autres), le moment était sûrement mal choisi.
Et moi qui pensait que ça m’aiderait à affronter tout ça !

Quelle erreur…
Errare depressum est!

* deux/trois jours après

Antidépresseurs côté face.

Quelques avantages donc, mais tellement d’inconvénients…

Passée les quatre-cinq jours d’adaptation digestive, presque dix jours de crises d’angoisse quotidiennes (supportables celles-là) ; qui, au fur et à mesure qu’elles augmentaient en nombre diminuaient en intensité.
Et surtout, au début du moins, des agitations nocturnes couplées à une très grosse difficulté à prendre des notes dans la journée et à travailler (pire si je prends le cachet le soir au lieu du matin).
Certains rêves "plus normaux" donc, mais aussi des cauchemars beaucoup plus violents, très lourds à digérer. Heureusement que le docteur la tête est toujours dans le coin.

Puis à la troisième semaine, des fatigues intenses et permanentes : je dormais entre dix et quatorze heures par nuit, ainsi que deux à quatre heures dans la journée, étant entendu que le reste du temps, je gobais les mouches, lorsque je ne pleurais pas. Car les larmes ont fini par revenir. Moins violentes qu’avant, certes, mais quand même… Sans compter que j’ai presque totalement perdu l’appétit*: je n’ai même plus envie de chocolat, c’est dire…! Je ne mangeais ni ne buvais plus que très peu.

Alors je me suis dit que c’était un cap à passer sans doute, qu’il fallait en passer par là, avoir de la patience. Tant pis pour ma licence, il faut savoir faire des sacrifices, etc. Et puis avec un peu de chance, je perdrai les cinq kilos qui restent avant de retrouver mon poids de jeune fille!

Mais lorsqu’au début de la quatrième semaine, les crises d’angoisse sont réapparues, rapprochées et assez fortes, j’ai dit stop. Etre complètement assomée toute la journée, passe encore si c’est provisoire, mais si les seuls moments d’éveil sont consacrés à des crises que je ne suis même pas en état de gérer, ce n’est plus possible.

Car ces crises étaient bien plus fortes que les premières et juste un peu moins qu’avec le premier cachet.

Si j’avais pu, j’aurais diminué la dose histoire d’habituer le corps peu à peu, mais il n’y a pas plus petit… merci l’hypersensibilité !

Bien sûr, le docteur molécule est en vacances, et bien que j’aie laissé un message, je suppose que je n’aurai pas de nouvelles avant trois semaines.

A part ça, "ça se soigne facilement la dépression de nos jours" nous dit-on…

* Ainsi que trois kilos au passage, ce qui j’avoue, n’est vraiment pas pour me déplaire !

Antidépresseurs côté pile.

Ça y est, je les prends, les nouveaux antidépresseurs*. Le docteur de la tête qui s’occupe de mon traitement chimique m’avait prescrit une dose intermédiaire (on va dire le docteur des molécules histoire d’éviter les confusions).

Pourtant, dès le premier cachet, au bout d’une demie-heure à peine, je ne pouvais plus conduire, et j’avais de la peine à parler tellement je me sentais « azimutée ». Cela a duré trois ou quatre heures. En outre, la nuit même, je faisais une terrible crise d’angoisse, comme je n’en avais jamais connues.

Bien évidemment, et parce que je n’avais pris qu’un seul cachet à ce jour, je cessais immédiatement le traitement en attendant les jours ouvrables me permettant de prendre conseil et de savoir quelle devait être la marche à suivre.
"Ah ben au moins ça vous fait de l’effet !", m’a-t-on dit. "Mais surtout ne continuez pas cette dose : prenez-en la moitié, voir ce que ça donne".

Bien.

De fait, il existe quelques légers avantages.
D’abord, beaucoup moins de pleurs. Parfois j’entends crier les larmes, elles veulent sortir, mais quelque chose les en empêche : "RAUS" leur dit-on avec une fermeté presque terrifiante.
Moins de scrupules également, j’apprends à dire merde, à trouver ma place. A avoir le droit d’exister. C’est quand même déjà pas mal, même si c’est encore très, très loin d’être gagné. Certains rêves sont "plus normaux". Pas encore neutres, toujours plutôt négatifs, mais moins pires que ceux que j’ai l’habitude de faire.

Toujours pas de désir de vivre, pourtant.
Et quand je vois le revers de la médaille, depuis trois semaines que j’ai commencé le traitement, encore une fois, je suis saisie de violents doutes.

* De la classe des IRS, paraît-il (inhibiteurs de la recapture de la sérotonine).

Brico-casse.

Que l’on ne vienne pas me dire que je ne sais pas faire d’effort lorsqu’une difficulté se présente:

BricocasseJe présume que casser une mèche nécessite sûrement qu’on vise mal, mais pour le moins que l’on s’acharne un peu…

Ni que je me complais dans la facilité; j’en ai bavé, mais je l’ai posée, ma fichue tringle. Rien de tel que le bricolage quand le reste ne veut plus fonctionner, à condition bien sûr que le résultat ne soit pas impératif: c’est la condition sine qua non pour une réussite éventuelle.

Certes, il ne serait pas inutile que je parvienne à les doser, mes efforts. Pour cela, vu tout ce que j’ai déjà essayé, je ne vois que l’hypnose…