Tristes résistances.

Aujourd’hui, l’orthoptiste à qui je racontais ma vie s’est gentiment moquée de moi:
"Ah? Dans les meilleurs moments vous n’aviez pas spécialement envie de vivre et vous pensiez que c’était normal?"

Ben oui, j’ai toujours cru que c’était normal. On m’a toujours dit qu’ "on en chiait dans la vie" et qu’il fallait faire des efforts, que c’était normal, de faire des efforts; et que si je n’arrivais à rien c’était juste parce que j’avais un "poil dans la main"; alors je l’ai cru.
Même encore aujourd’hui, ceux qui n’aiment pas l’idée qu’on puisse aller mal souvent (voire tout le temps) vous le répètent à l’envi: "c’est normal qu’il y ait des moments difficiles dans la vie, ça veut pas dire qu’on est dépressif, faut faire des efforts pour s’en sortir, c’est tout".

Oué.
Même si j’ai encore des doutes à ce sujet, et que tenir cette position est très difficile face à son entourage, j’ai fini par décider (et je m’efforce de m’y tenir) que tant que je n’aurai pas le désir de vivre, cela signifierait que je suis malade, et qu’il ne faudrait rien me demander.
Quand je peux faire les choses, je les fais, cela devrait suffire à me convaincre (à défaut de convaincre les autres) que je fais ce que je peux.
Pas facile d’aller à l’encontre de ce que l’on vous a toujours appris, et qui est enraciné en vous comme du chiendent. Quant aux désherbant/antidépresseur, je suis dans le flou total, et j’en veux tellement à mon psy de refuser de se mêler des prescriptions chimiques, que je vais peut-être tout arrêter.

Ce n’est pas humain, de faire des efforts pour tout, même pour manger, boire ou parler de tout et de rien à ses voisins. Et de ne ressentir qu’un plaisir sous sa forme négative* dans les moments où vous avez l’air "en forme".
Bon sang, que de résistances ! Autant internes qu’externes…

Résister aux résistances, c’est bien ça le plus dur, et c’est le seul truc pour lequel je m’autorise encore à faire des efforts "surhumains".

Et tout ça me rend si triste quand j’y songe…

* Ce n’est pas tant que vous prenez du plaisir à faire les choses, c’est juste qu’elles ne vous font pas souffrir; et c’est déjà énorme, par rapport à "d’habitude".