Parmi les trucs imbibés d’alcool qui m’ont abordée du temps où je sortais souvent de chez moi, il est arrivé (un jour où j’étais seule) que l’un d’entre eux s’endorme (réellement) sur mon bras, alors que j’étais accoudée au comptoir.
J’avais bien tenté de lui faire comprendre auparavant qu’il était lourd dans tous les sens du terme, mais après avoir essayé de discuter (il faut admettre qu’il avait fait un gros effort), il s’était littéralement écroulé sur moi, dans mes bras, en plein milieu d’une phrase, ce qui m’avait quand même impressionnée.
Je n’avais pas osé reculer, de peur qu’il ne se fasse mal en tombant par terre, mais j’étais quand même bien encombrée…!
Je lui avais pourtant clairement marqué mon désaccord et l’avait gentiment prié de me laisser tranquille. Mais cela manquait certainement de fermeté.
Il se trouve qu’à l’époque, je ne savais pas encore distinguer la fermeté de la méchanceté, et je détestais la méchanceté. C’est d’autant plus difficile à distinguer, d’ailleurs, que même lorsque vous vous contentez d’être ferme, on vous signifie facilement que vous êtes particulièrement et injustement désagréable… généralement avec d’autres mots que ceux-là.
Après que j’aie réussi à le réveiller je l’aie secoué comme un prunier pour qu’il se relève et que je sois parvenue à me dégager, il avait fini néanmoins par squatter mon coude. C’est que je n’avais pas réussi à négocier moins que ça, et que partout où je m’asseyais, il me rejoignait. Pourtant, cette fois, j’avais pris soin de tourner la tête et les épaules de l’autre côté (beaucoup moins intéressant d’ailleurs)!
Bref, j’étais pas douée ce soir là, il faut dire que je ne me sentais pas particulièrement en forme comme souvent.
Il a fallu que le serveur intervienne, et il a fait ça très bien: bienveillance et fermeté, tout ce que je ne savais pas faire !