De pain-pied.

Un jour où je me sentais à peu près bien en sortant acheter du pain avec mes écouteurs sur les oreilles, et alors qu’un de mes voisins d’en face – retraité – était, de dos, en train de poncer sa clôture, je lui ai lancé un "bonjour!" assez jovial, puisque nous avions déjà eu l’occasion de bavarder.
Lui, se retournant vaguement a répondu (autant à son chien qu’à moi): "et elle écoute sa radio… c’est pas bien !"

Ça m’a surpris.
J’ai trouvé ça un peu bête et pas très sympathique, mais je n’ai pas réussi à mal le prendre.
Je me suis dit que c’était sans doute parce qu’il était
concentré sur son travail et que les "c’est pas bien" pour ce genre de
choses, c’était de son âge; au fond, cela correspondait à peu près aux bavardages que nous avions échangés (après tout, il m’avait presque fait la morale parce que je ne fermais pas mes volets la nuit ! Et j’en passe…).
Et puis par hypothèse, les rares fois où je vais chercher du pain (a fortiori lorsque c’est à pied), c’est que je ne souffre pas ou peu, et qu’en principe, je suis en mesure de lutter contre les petites choses négatives.

Du coup, tout naturellement, je lui répondu sur un ton assez enjoué et limite morpion: "attention, elle écoute sa radio mais elle vous entend quand mêême… !"

En fait, je ne sais même pas s’il m’a entendue, lui, ou s’il était juste bougon ce jour là. J’ai regardé vers lui quelques secondes (il continuait à poncer sa clôture), mais ne voyant rien venir en réponse, j’ai cessé, et me suis occupée d’autres choses plus intéressantes.

Comme quoi, quand on a la chance (car c’en est une) de ne pas souffrir, tout va mieux…! Et tout vient tout seul. Comme c’est reposant, une vie de plain-pied !

Quel dommage que ce soit encore si rare, et surtout que, quoique certains en pensent, cela ne se maîtrise pas…