Y a un truc qui commence à me les briser sévère quand je discute avec des fumeurs qui m’interrogent sur le comment de mon arrêtage de fumer. C’est qu’il finissent toujours par dire un truc du style: « oui mais bon, t’étais pas une vraie accro, toi »*.
C’est ignoble d’entendre ça quand vous avez commencé à fumer à 12 ans, que moins de six mois plus tard il vous en fallait minimum trois par jour sous peine de devenir irascible, que vous fumiez un paquet par jour depuis l’âge de 15 ans, que ça a duré plus de vingt ans, que pendant tout ce temps là vous stressiez tous les jours comme une malade pour être bien sûre que vous auriez assez de cigarette pour le soir ET pour le lendemain tant que vous n’auriez pas le temps de vous rendre au bureau… de tabac. Que vous étiez capable d’oublier votre devoir/TD/dossier, le papier indispensable à telle démarche que vous attendez depuis des lustres, vos clefs, votre portefeuille, votre briquet même, mais jamais vos cigarettes (et que les trois fois où ça vous est arrivé vous avez fait demi-tour, ou bien, trop loin du lieu du délit, vous vous êtes arrêté à un bureau de tabac avant même de rentrer chez vous). Que vous ne supportiez même pas qu’on vous en pique une de peur de n’en avoir pas assez, ce qui vous faisait culpabiliser un max de pas être « sympa », que la première chose que vous faisiez le matin en vous levant, même avant le café, c’était fumer, que vous préfériez ne pas manger, ne pas sortir, vous couper du monde des vivants que de ne pas fumer.
D’autant que vous sentez bien de par votre propre expérience que vous n’avez strictement aucun moyen de démontrer le contraire puisque c’est du fait que vous avez pu vous arrêter que l’on déduit que donc, vous n’étiez pas si dépendant que vous en aviez l’air.
Si vous parvenez à ne pas vous emballer dans la conversation, à mettre votre ego de côté, et oublier tout ce qui vous entoure pendant quelques secondes, vous parvenez à vous concentrer sur le fait qu’ils ne cherchent pas véritablement à vous remettre en question (même si c’est ce qui arrive), mais plutôt à exprimer leur désarroi et à tenter désespérément de se déculpabiliser de ne pas pouvoir s’arrêter, eux. (alors que vous-même pensez qu’ils ne sont pas coupables mais plutôt victimes, mais ça, ils ne peuvent pas le percevoir si eux-mêmes n’en sont pas convaincus).
Alors vous vous consolez en vous disant que vous auriez pensé la même chose à leur place, du temps où vous étiez vous-même trop accro pour vous imaginer une seule seconde vivre sans cigarette, et que paradoxalement, c’est grâce à cette pensée que vous avez pu vous arrêter un jour…
* Certains d’entre eux, mais c’est assez rare, sont suffisamment honnêtes – et/ou polis – pour formuler un: « je sais pas comment c’est possible, mais moi de toute façon, je pourrai jamais ».