Après la sortie d’autoroute, je me rappelais qu’il fallait tourner à gauche. Après, les choses devenaient plus vagues: je savais juste qu’il fallait tourner à gauche une autre fois (mais où donc?), et que tout à la fin, il fallait tourner à droite au moment où l’on apercevait l’église. Celle où je n’étais pas venue depuis plus de dix ans, et dans laquelle je n’avais mis les pieds qu’une seule fois.
Il faut croire que la mémoire grave des choses à son insu, car j’ai retrouvé la route seulement avec quelques à peu près: des noms, des directions, des impressions. A un moment, je me suis trompée, et j’ignore comment, je m’en suis immédiatement rendu compte; ça ne renvoyait à rien du tout dans ma mémoire sans doute. Pourtant cette route, je ne l’avais empruntée que deux ou trois fois, et bien avant la dernière.
Bien que concentrée à retrouver le parcours adéquat, j’ai surpris quelques larmes affleurer le bord des yeux. Elles avaient lieu d’être, et c’est même surprenant qu’elles n’aient pas coulé: venaient se bousculer dans mon cœur l’émotion de son absence depuis tant d’années maintenant, et celle des retrouvailles à venir avec les siens. Un étrange mélange. L’esprit avait beau être concentré ailleurs, le cœur avait besoin de se faire entendre. Mais je ne voulais pas pleurer, j’avais envie qu’ils sachent le plaisir que j’avais à les revoir, et le plaisir que j’avais éprouvé à être l’amie de leur fille, leur soeur, leur cousine. Alors je laissai mon cœur me dire ce qu’il avait à dire, mais lui demandai simultanément de ne pas déborder et me concentrai, pour l’apaiser, sur la beauté du paysage.
Le spectacle était magnifique: des collines, des platanes, des peupliers, des pins, d’autres arbres dont je ne connais pas le nom, formant des jeux de couleur qui ne laissent pas le temps de se reposer. Du vert au jaune, en passant par l’oranger et le marron brillant des vignes nues malgré la tristesse d’un ciel gris et terne, le tout relevé par quelques touches de rouge flamboyant. Ce que j’aimais, c’était la disparité des couleurs, et notamment la persistance du vert, grâce aux pins dont la présence me semblait pourtant incongrue.
Puis je suis passée devant quelques rangs de vignes jaunes, pour enfin trouver l’église.
Je me doutais bien que l’accueil serait assez chaleureux, mais malgré tout, je n’avais pas cherché à l’imaginer.
Et qu’elles soient ponctuelles ou non, j’ignorais encore, sur la route, la plupart des jolies choses qui m’y attendaient…