Celui du vendredi s’est débrouillé pour me quitter sans le dire. A peu près comme tous les hommes que j’ai connu. Ils appellent moins, ne répondent plus aux messages, même si parmi eux, certains ont un certain sens du devoir. Vous, vous avez de la peine, vous vous sentez délaissé, vous le dites, du coup, ils ont moins envie de venir la fois suivante puisque vous perdez votre enthousiasme; et le cercle vicieux s’installe. Mais eux ne posent jamais rien, ne reconnaissent surtout pas l’évolution de leurs sentiments, vous traitent comme une simple copine pour ceux qui ont un minimum de conscience espèrent encore une partie de jambes en l’air, comme ça, c’est vous qui êtes déstabilisées par le changement d’attitude, devenez désagréable à force d’être seule dans le silence et l’incertitude (ce qu’on ne manque pas de souligner), et qui partez finalement; et hop, ils ont la conscience tranquille et ne sont surtout responsables de rien. Sauf que moi, je n’arrive pas à partir, parce que ça me met dans un état de follitude aiguë quand les choses ne sont pas nettes; je suis trop fragile dans une relation pour pouvoir laisser place à trop de flou. Ce que je ne comprends pas, c’est leur faculté à nier les évidences, et à refuser de poser les choses clairement et gentiment quand vous leur demandez de se situer. Franchement, il mériterait que j’explique deux trois petites choses à sa femme.
J’en parle encore, alors que ça fait plusieurs mois que c’est comme ça et qu’il n’y a manifestement plus rien à faire, parce que je n’arrive toujours pas à m’y faire. J’exècre cette façon de délaisser sans courage, de n’être même pas honnête avec soi-même le plus souvent, et en tout cas de ne pas l’être avec vous. Les raisons invoquées sont ultra classiques: je n’ai pas le temps, j’ai des problèmes en ce moment, j’arrête pas, mon téléphone ne fonctionne pas bien, blabla. Ces mêmes raisons qui n’existaient pas du tout au début: c’est apparu juste au moment où les choses étaient moins simples dans la relation…Comme c’est ballot! Toutes les femmes que je connais me le disent pourtant, même celles qui sont heureuses dans leur couple: sur ce plan, il n’y en a pas un pour rattraper l’autre (je ne connais que deux exceptions), même leur propre époux. Alors elles se résignent, et moi je n’y arrive pas du tout. Car comme bien d’autres choses de la vie, c’est quelque chose que je ne dépasse pas, qui me fait mal, et que je ne parviens pas à adoucir. Je ne peux pas, je n’y arrive pas. Je trouve que c’est un comportement écoeurant, et je ne parviens pas à le considérer autrement malgré mes efforts.
Et malgré tout, être stupide que je suis, je n’ai pas envie de le quitter, même s’il est évident qu’il y a des moments où je n’ai plus aucun sentiment pour lui tellement la situation est délitée, tellement le comportement est indécent, et tellement je constate que je suis abandonnée. D’abord parce que quand je me sens bien, j’éprouve toujours beaucoup de tendresse pour lui, ensuite, parce que le remède est pire que le mal (il tue l’espoir, souligne l’échec, entretient ainsi la dépression), et puis parce que je ne peux m’empêcher de m’attacher aux tendres moments, aux doux sentiments, et d’espérer qu’ils reviendront. J’ai compris la situation depuis bien longtemps (bien avant lui en tout cas), et pourtant je ne peux m’empêcher d’espérer encore. Bêtement. Toujours les conflits entre la raison et le sentiment. Trois mots à peu près gentils de lui, et je ne supporte plus l’idée de partir. S’il est désagréable, c’est pire. La seule issue serait qu’il soit vrai, et qu’il dise les choses au fur et à mesure qu’elles évoluent, afin de ménager une transition en douceur. Mais là, je demande l’impossible, c’est comme trouver un mouton à cinq pattes… et puis de toute façon, c’est trop tard depuis bien longtemps, même si ça me ferait encore tant de bien.
Alors je souffre, toujours aussi incapable de passer à autre chose. Et comme d’habitude, la prochaine fois, qui arrivera dans longtemps tellement je me referme déjà, je me poserai la question de savoir si j’ai raison de foncer pour (essayer de) « vivre », ou s’il ne vaut mieux pas que je me protège. Et si je me protège, il y en a bien un qui viendra m’expliquer que c’est pour ça que je reste dépressive…