Ma prof « d’arts plastiques » ne sait pas comment me prendre. Je le sens depuis le début, mais je ne sais pas comment l’aider, ni comment faire que ça m’est égal. Le truc qui m’a encore moins aidée à l’aider, c’est quand j’ai rempli ma fiche d’inscription. J’ai eu droit à un « ah, vous êtes juriste? » avec un grand sourire. Je n’avais rien à ajouter, alors qu’elle attendait manifestement une suite. Après, elle m’a donné du madame pendant toute la soirée, alors qu’elle m’appelait par mon prénom au début. J’ai fini par le dire avec un sourire amical, mais des mots peut-être un peu maladroits.
Depuis, comme je sens qu’elle ne sait toujours pas comment me prendre, et que je ne sais moi-même pas comment me placer (pourtant, c’est pas faute d’essayer puisque j’ai constaté que c’était pire de rester complètement naturelle), je sens que ça finit par créer parfois quelques petites tensions. Je ne sais pas du tout quoi faire pour les apaiser.
Il faut dire que j’ai du mal avec les gens qui ne disent pas les choses directement, et qui se contredisent (crois-je) à l’occasion.
Elle a utilisé une très longue périphrase (dont « on n’a pas l’habitude de travailler de cette façon dans cet atelier ») pour me faire comprendre qu’il fallait que je recommence tout le dessin dont j’étais pourtant à peu de choses près satisfaite. Comme je n’étais pas sûre de ce qu’elle voulait dire – d’autant qu’elle ne cesse de répéter qu’on est « libres », « là pour se faire plaisir », et « pas à l’école ici » -, je lui ai demandé: « vous voulez dire qu’il faut que je recommence tout? ». Elle n’a pas répondu oui, mais encore par une espèce de périphrase dont je ne comprenais pas bien le sens. Je passe quelques détails, puis j’ai fini par reposer ma question avec sensiblement les mêmes termes, en ajoutant un « concrètement » au bout, et elle a fini par répondre, un peu agacée (convaincue qu’elle était que je la prenais pour une imbécile alors que j’essayais juste d’y voir clair), par l’affirmative.
Je crois qu’au début, la réponse m’était égal ou que, quelle qu’elle fut, j’aurais été capable de l’accueillir avec détachement si elle avait été clairement posée. Au lieu de cela, il a fallu que j’essaie de traduire de longues phrases dont je ne comprenais pas le sens, et avec lesquelles, en outre, j’étais en désaccord. Comme l’ensemble m’a imperceptiblement tordu un petit truc au fond des tripes, je n’ai pas trouvé les mots pour marquer mon désaccord, et plutôt que d’être maladroite, j’ai préféré faire docilement ce que l’on me demandait en faisant semblant de me laisser libre.
Seulement voilà; bien évidemment, le dessin qui en a résulté ne me convenait pas du tout. D’ailleurs, détail amusant, sans que je l’aie souhaité, il comprenait à peu près les mêmes erreurs que le premier (sans, bien sûr, que je aie su reproduire ce dont j’avais été satisfaite). Je me suis alors rendu compte que j’étais contrariée, que cela ne me faisait plus plaisir, que j’étais nostalgique, et que les idées noires (de type: « dfaçon, j’m’entends jamais avec personne, chuis trop nulle ») commençaient à se déverser sur mon esprit.
Alors pour contrecarrer le mal avant qu’il ne m’envahisse trop et me laisse dans son espèce d’immonde glue dont il n’est jamais possible de se départir, pendant les cinq petites minutes qui restaient, j’ai décidé de faire ce qui me plaisait: j’ai retourné la feuille (négligeant le fait que le « pastel sec » allait nécessairement tacher la feuille de dessous), et je n’ai mis que les couleurs, faisant fi de la netteté des contours. C’est raté bien sûr, mais c’est pas aussi lourdingue que le précédent que je trouvais particulièrement détestable. Je ne l’ai pas montré à la prof, qui va sûrement me reprocher, la fois prochaine, de ne pas écouter ce qu’elle dit. Alors que pourtant, je suis une élève bien plus appliquée qu’il n’y paraît, si on me laisse parfois sortir un peu des sentiers battus.
Au fond, je ne sais jamais comment faire pour faire ce qui me fait du bien (tout en suivant les « ordres » de mon mieux) sans contrarier les autres, a fortiori donc, lorsqu’ils m’enseignent quelque chose. Vous n’auriez pas une idée par hasard?