Ma mère a fait des progrès avec mon chien. Elle a accepté de le voir dans son jardin. Il a fallu que je déterre des trésors de diplomatie pour y parvenir. Parfois, je m’étonne de me voir si persévérante (et me demande pourquoi je le suis), et lui suis reconnaissante de ne pas être complètement fermée, même si les blocages ressurgissent à la moindre occasion.
Après m’avoir dit qu’elle m’appellerait le soir ou le lendemain et que je n’aie pas eu de ses nouvelles pendant plus d’une semaine, j’ai fini par passer, avec le chien dans la voiture, pour je ne sais plus quel détail administratif. Elle n’était pas là, mais mon petit frère étant présent, elle a su que j’étais passée. Et elle a enfin téléphoné.
Bien évidemment, on a parlé du chien, car je lui ai fait remarquer (en souriant) que c’était bien la première fois de nos vies que j’attendais qu’elle téléphone, en vain, surtout après qu’elle m’ait dit qu’elle le ferait. Elle a avoué être mal à l’aise et ne pas savoir comment me dire, sans être désagréable, qu’elle ne voulait pas voir ce chien. Je lui ai répondu « comme ça » (en dehors du fait qu’elle n’avait pas rappelé), et que c’était à mon tour de poser les choses: le fait qu’elle ne laissait aucune chance à la situation de s’améliorer, et que toute porte était déjà fermée.
S’en sont suivies des tas d’explications que j’ai accueillies avec beaucoup de compréhension, mais j’ai maintenu que les portes étaient fermées, que je ne disposais d’absolument aucune marge de manoeuvre, alors pourtant que les problèmes qu’elle m’exposait mériteraient peut-être d’avoir une chance d’évoluer. L’argument choc, c’est celui selon lequel il y avait en effet des bouleversements depuis l’arrivée de ce chien, et en particulier que c’était bien la première fois que j’attendais quelque chose de sa part et non l’inverse. Comme cela renvoie à une dialectique qu’on a déjà largement explorée, ça a porté. (Mais je ne me leurre pas, ce chien n’est pas un remède à tous nos maux.)
Elle accepté qu’il vienne chez elle, à condition qu’elle le sache suffisamment à l’avance, et surtout qu’elle dispose de temps après sa visite, pour remettre les choses en l’état tant dans sa maison (les poils sur le tapis) que dans sa tête (l’émotion provoquée par la présence du chien, ce que je peux comprendre). Je l’ai remerciée de cette ouverture, et lui ai fait comprendre que j’avais entendu ses craintes.
Depuis, elle est venue une fois le voir à la maison, et il est venu deux fois (dont une en laisse) dans son jardin à elle – avec son autorisation expresse -, sans qu’elle râle trop (du moins devant moi). On n’arrête pas le progrès!