Je viens de revivre l’insupportable du dedans. Parfois je l’appelle le pire. En tout cas, l’indicible. L’insupportable du dedans est assez difficile à décrire parce que comme son nom l’indique, extérieurement il n’est pas du tout palpable. Il ne l’est même pas vraiment intérieurement non plus: je ne suis pas sûre qu’il soit imaginable. La seule chose qui me semble pouvoir lui être comparé, ce sont les cauchemars d’enfants plein de monstres et dont ils ne parviennent pas à se sortir, ou à cause desquels ils vont souffrir et mourir à coup sûr. Qui fait qu’ils se réveillent en suffoquant ou en criant et en… appelant leur mère.
Mais ce n’est même pas une comparaison judicieuse puisque dans leurs pires cauchemars, les enfants trouvent encore le moyen de se battre, de vivre. Contre l’insupportable du dedans, il n’y a rien à faire. On est pieds et poings liés, enfermés dans une boîte, et à la merci de toutes les horreurs qui passent à proximité. On lutte dans le vide. Les liens ne cèdent pas. On est convaincu que c’est définitif. Même si on en est déjà sorti les fois précédentes. C’est comme si une méchante entité prenait le contrôle de vos croyances, pour ne faire valoir que le désespoir.
Vous pouvez bien avoir un ami, un parent, un psy, voire votre conscience qui vous crie qu’il n’y a pas que le désespoir, que c’est un vilain moment à passer, vous ne pouvez pas y croire (notamment parce que « vilain » est à des milliers d’années lumières de ce que vous êtes en train de ressentir). Ils sont là les suicides. Ils sont dans l’insupportable.
C’est pour cela qu’on tient absolument à mourir dans ces moments là.
Les amis, les parents, les psy et votre conscience, s’ils sont présents physiquement (voire téléphoniquement) ne peuvent que vous « obliger » à les prendre en compte, à leur parler, et donc à faire autre chose qu’avaler des pilules ou vous jeter sous un train. Ils peuvent vous attendre, si vous éprouvez réellement le besoin d’être seul un moment, pour faire telle chose ou telle autre. Cela n’empêchera pas le suicide si celui qui subit l’insupportable a l’opportunité de passer à l’acte puisque dans ces moments là on ne fait qu’un avec la souffrance et il est impossible de considérer les autres s’ils ne sont pas devant vous, présents physiquement. Mais dès que l’insupportable baisse sa garde d’un nanomètre, alors peut-être que tout ce qui entoure qui se promènent dans vos souvenirs et votre conscience, peut y passer quelques nanograammes d’espoir, et empêcher l’irréparable. Cela tient à si peu…
Cela n’empêche pas que les choses restent insupportables, atroces, violentes, barbares, immondes, douloureuses, horribles pour celui qui les vit.
Mais comment comprendre que tout cela est provoqué par « rien », que ça n’existe pour personne d’autre que celui qui le subit? Comment ne pas vouloir l’en sortir? Comment deviner les seules choses qui peuvent le contenir dans ces moments là? Comment accepter qu’il n’y a rien d’autre à faire que l’écouter, l’entourer (même quelques minutes seulement) et surtout ne pas mettre en doute l’expression (rare) de ces atrocités? Comment deviner que ce qui est exprimé avec des mots n’est rien à côté de ce qui est souffert?
Est-ce crédible?
Samedi 29 décembre 2007
Angoisse
Je m’éveille parfois dans le coeur de la nuit, juste au bord du gouffre …
Mon avenir affectif vient alors me torturer. Que sera donc demain, seule dans cette grande maison ?
Mais toutes mes amitiés, celles qui visitent l’esprit me reviennent en mémoire et je chasse ce nuage qui ne souhaite qu’une chose, se nourrir de ma peur.
L’exercice de la volonté, résultante du désir et de sa pérennité, se doit de surmonter ces obstacles émotionnels. Il n’est pas de choix réel s’il doit s’exercer sous le sceau de la terreur.
L’angoisse est une torture, un stress paralysant qui empêche de répondre à un sombre questionnement. Elle détruit donc l’accès à une vision globale, néglige des arguments, ampute la réflexion d’une ouverture céleste.
Elle exprime traumatismes qui ne veulent pas céder devant l’autre énergie qui devrait nous sauver, la foi dans un avenir positif et souriant.
Cette bête est immonde. Elle utilise toujours de sombres souvenirs, les agence en systèmes pour me prédire ainsi une répétition des choses de la vie qui vire au cauchemar.
Elle tue mon enfance, ma créativité qui ne rêve qu’une chose, de belles envolées vers un univers bleu. Elle aime à m’ensevelir sous les contradictions qu’ont fait naître dans ma vie des expériences variées …
Pourquoi donc porter le lourd fardeau des autres, quelle responsabilité ais-je donc dans leur vie ?
La solidarité me mène-t-elle jusque là ?
Oui, je l’entrevois bien : mes tensions intérieures sont aussi générées par l’insécurité endémique qu’illustre l’expérience d’autres.
Mais eux portent-ils une part de mes soucis ?
J’ai fini par le faire : exprimer ma révolte. Assez de souffrances intérieures, saturation de sensations désagréables qui expriment le malaise d’une âme malheureuse.
Mais j’ai voulu le dire avec de l’élégance, j’ai eu cette chance-là.
J’ai donc peint, photographié pour me libérer de la ganse qui m’avait enserrée.
L’écriture m’apporta le sens de l’analyse et la musique des mots réveilla mon amour enfantin de la littérature. Cette sonorité, ce rythme dans la phrase guérissent de la douleur du sujet évoqué.
Et pour oublier l’angoisse,
Je devins amoureuse,
Amoureuse d’écrire,
Amoureuse de peindre,
Amoureuse du déclic de l’appareil photo …
Brigitte Lavigne
Je suis avec toi, Condorcee.
Mary.
Ces mots me parlent, comme si je les avais ecrits, comme si je les avais ressentis…
Parfois c’est necessaire de toucher le fond pour mieux rebondir.
Alors rebondis vite s’il te plait…
Je suis à coté de toi.
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