Lors de ma dernière crise (récente), je me suis rendu compte, mais ce n’est pas la première fois, qu’il y avait trois verrous à mon suicide:
L’un, physique: une peur bleue de la souffrance physique et du ratage laissant des séquelles; la souffrance morale est déjà bien assez difficile à supporter.
L’autre, éthique: on ne choisit pas de naître, c’est qu’on n’a a priori pas vocation à choisir de mourir (accessoirement, cela s’applique à la guerre et à la peine de mort, mais on entre là dans des considérations politiques). L’instinct de survie en témoigne. A son encontre: n’est-ce pas un acte de liberté que de se donner la mort? A moitié seulement est la seule réponse qui me paraît possible. La seule vraie liberté serait de choisir de mourir alors qu’on est capable d’être vraiment heureux. Non pertinent, donc.
Le troisième, psychologique: ce serait immonde de faire subir ça à ma famille qui, quoi qu’elle en dise, se porte déjà plutôt mal (des difficultés de vie, pas de volonté unanime de se retrouver lors des grandes occasions, pas de conjoints, pas d’enfants, ce n’est sûrement pas un hasard). De sorte que pour nuancer légèrement ce troisième verrou, j’avais eu l’idée, un jour, de faire passer ma mort pour un accident.
Et puis depuis quelques temps, j’ai entrevu l’espoir (ce qui me conduit à penser que je suis nettement en progrès, mais c’est plutôt récent), et j’ai appris qu’il pouvait revenir, même quand on croyait que tout était irrémédiablement perdu.
C’est bien, que l’espoir ait pointé le bout de son nez, parce que je n’en peux tellement plus des intrusions psychiques familiales sur des sujets sensibles quand on ne leur demande rien (tu n’arrives toujours pas à travailler, c’est qu’il faut que tu te fasses hospitaliser, ça ira mieux après) et alors qu’on a soi-même une idée précise de la question, accompagnées de leur surdité à toute épreuve, que j’en arrive de plus en plus souvent à penser que je n’ai vraiment aucune raison de culpabiliser de disparaître.