Hier, je me suis effondrée. Cela faisait longtemps que je ne m’étais pas effondrée comme ça. Pourtant, ce n’était pas si catastrophique: ça n’a pas duré très longtemps (et j’espère que j’en suis déjà sortie), et ça n’a pas été trop intense.
L’image du « suicide » a imperceptiblement changé, sans que j’en comprenne la subtilité. Le plus souvent, c’était un canon de revolver posé au milieu du front, alors que je suis debout, ou assise. Cette fois, c’était un canon de revolver sur la tempe gauche, pendant que ma tête reposait sur le côté droit (alors que d’habitude, je la repose plutôt sur le côté gauche), et le canon du revolver était à la fois plus long et plus épais.
Mais je n’ai pas suffisamment eu envie de me suicider pour la voir plus de quelques fois. Je n’ai même pas imaginé ma mort, ni essayé de voir comment je pourrais obtenir un revolver. Il faut dire aussi que j’ai déjà tellement réfléchi à la question sous tous ses angles que je sais déjà de quoi je suis capable ou pas, et ce qui est possible ou pas. Trouver un revolver fait partie de ce qui serait trop compliqué à mes yeux, d’autant que c’est trop lourd pour moi, et que je suis sûre que je me raterais, avec le mouvement de recul. Il y a des moyens plus sûrs et moins compliqués. C’est pourtant ma mort idéale, si j’ose dire, surtout entre les deux lobes frontaux, mais qu’y puis je, cette fois, c’était la tempe: je ne choisis pas ces images, elles s’imposent à moi, comme des flash.
Rien de bien grave donc. J’ai beaucoup pleuré, me suis trouvée épuisée, je me suis haïe, j’ai eu honte, j’ai eu des impressions d’impasses et d’impossibles, j’ai pleuré encore à nouveau, puis me suis pelotonnée dans mon lit, en écoutant la radio, et en attendant que la souffrance se dissipe. J’ai saisi l’occasion de sortir, dès lors qu’elle n’était pas trop difficile nerveusement (dans ces cas là, les tête-à-tête sont idéaux), et je n’ai pris qu’un calmant.
Il y a donc encore et toujours du progrès, semble-t-il. Mais il reste quand même des crises complètement inopinées; cela coïncide avec une modification de mon « nouveau traitement », mais je ne suis quand même pas certaine que ce soit lié, puisque les prémisses de la crise ont eu lieu avant la modification…