Fête et anniversaire.

Aujourd’hui, alors que c’était à la fois la fête des pères et l’anniversaire de la mort du mien, je me suis sentie plutôt légère.

Essentiellement parce que je continue de penser qu’il est sûrement mieux là où il est qu’à se pourrir la vie comme il l’a toujours fait, et que je me nourris beaucoup plus de lui depuis qu’il a disparu que lorsqu’il était avec nous. C’est immonde de dire des choses pareilles, mais pourtant, c’est un fait. Je prends la mesure de tout ce qu’il m’a/nous a apporté, mais aussi de la force des parasites créés par ses incommensurables angoisses (niées bien sûr).

Il a toujours su qu’il partirait bien avant nous, je me rappelle qu’il le disait déjà lorsque j’étais ado. Statistiquement c’était logique, mais c’était quand même un peu lourd à entendre. D’ailleurs, au début je ne voulais pas l’écouter quand il disait des choses comme ça. Puis j’ai fini par être au contraire particulièrement attentive; sans doute m’avait-il convaincue qu’il avait raison, à la longue.

Aujourd’hui, j’en arrive même à me dire qu’il avait calculé les choses, pour des raisons longues à exposer. Si je résume: très consciemment sur le plan matériel, laissant ma mère dans de bonnes conditions, et nous permettant de partir avec un minimum dans la vie, plus ou moins par ricochet. Egalement sur le plan psychique (mais très intuitivement, c’était pas du tout son truc le « psychique »): sa disparition a fait apparaître bien des mécanismes, et a laissé la place à des prises de conscience ainsi qu’à des avancées (mon père était très « inerte » sur ce plan, freinant sans doute malgré lui bien des choses), et ce, malgré le fait que mon frère cadet s’est retrouvé orphelin de père à douze ans ce qui l’a évidemment marqué au fer rouge (mais qu’il ne reconnaîtra jamais vraiment).

Certes c’est un peu vrai pour tous les parents, mais ça l’est sans doute davantage pour certains que pour d’autres.

Je me dis donc que le moment de sa mort était bien « choisi », que cela correspond à sa générosité légendaire (à quelques semaines près, ma mère aurait sans doute rencontré des difficultés financières + psychiquement il y a des « seuils » à ne pas dépasser pour débloquer certains trucs) ainsi, finalement, qu’à son intérêt personnel (il est mort au seuil de sa retraite, or il était complètement perdu quand il n’avait pas de travail; d’ailleurs il tombait systématiquement malade lorsqu’il était en vacances, et jamais le reste du temps). C’est un peu idiot de penser des choses comme ça, et pourtant…

Pourtant cela m’aide sans doute à accepter sa mort sans dommages, et même avec une certaine légèreté. J’étais d’ailleurs d’assez bonne humeur aujourd’hui, puisque je me sens « nourrie » souvent lorsque je pense à lui, spécialement pour une « fête » des pères, et parce que j’ai enfin pu me défaire de l’immense majorité de ses terribles angoisses grâce à la (longue) psychothérapie (il fallait au moins ça…).

Il n’y a que ma mère qui a réussi à plomber ça en nous racontant (mon frère cadet était présent), en pleurant, l’état dans lequel elle était quand elle avait récupéré ses cendres, alors que nous parlions de lui de façon agréable et légère.

Je me suis dit qu’elle avait également une faculté phénoménale à se pourrir la vie et que de ce point de vue là, ils s’étaient bien trouvés…

2 réponses à “Fête et anniversaire.

  1. n’en veut pas trop à ta mère d’avoir plombé la journée ou de se pourrir la vie, on a tous des moments comme ça, où on se pourrit la vie en se rappelant un trauma ou en anticipant d’autres traumas à venir, et c’est simplement l’expression d’une détresse, non?

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