Un être humain à part entière?

Ce soir, après le docteur latête, je suis allée au restaurant avec un ami. Puis nous nous sommes promenés; bien que le fleuve était assez agité, il faisait bon, le chien était content, nous avons vaguement fait quelques projets de vacances.

Je me sens de moins en moins stressée, que ce soit par moi-même ou par les autres. Même si cela reste difficile, je parviens à me détacher de ce qui fait mal et qui n’est pas constructif. Je sais depuis très longtemps que c’est ce qu’il « faut » faire, mais jusqu’à présent, j’en étais tout à fait incapable. Cela reste encore fragile, mais j’espère très fort que la progression va se poursuivre, car il reste beaucoup à faire encore. Je n’entrevois pas que l’aboutissement sera bon, mais je sens que ce chemin là est le bon, même si je ne me sens pas du tout maîtresse des choses. C’est comme si tout se passait à mon insu: tout ce que je sais, c’est que ça fait longtemps que je travaille dessus; pourtant, je ne vois pas de lien direct entre mon travail et ce qui se décante à l’heure actuelle. Je suis seulement persuadée que sans lui, les choses n’auraient pas trouvé leur chemin, ou n’auraient jamais osé rester sur ce chemin, en empruntant alors un autre, probablement moins « curateur ».

Je sens encore tout ce qui est crispé dans mon corps, mais c’est avec moins de force que ce que j’ai toujours connu.

Je m’aperçois aussi que le chien, c’est un peu comme une famille. Elle ne me suffit pas bien sûr, elle n’est pas une vraie famille, mais elle me fait du bien, et elle me fait découvrir ce que cela peut avoir de bon, malgré son « prix » (de plus en plus élevé dans une société hygiéniste-individualiste comme la nôtre). J’espère quand même qu’il n’augmentera pas trop car il ne faudrait pas que la tendance s’inverse…

D’ailleurs, je m’aperçois de plus en plus à quel point je suis mal dans ma famille, qui s’inquiète beaucoup de ce que j’ai pris un chien (les chiens, c’est pas la vraie vie), et essaie très diplomatiquement (mais de façon systématique) de me faire dire/faire ce qu’ils ont envie d’entendre/me faire faire. Mais j’ai renoncé à tenter de leur expliquer quoi que ce soit: ils ne m’ont jamais comprise, ils ne commenceront pas maintenant.

Sur le plan relationnel pourtant, ce chien m’a appris en quelques mois tout ce qu’ils n’ont pas su me transmettre depuis toujours. Non que je confonde l’humain et le canin, ou que je m’engouffre dans le canin pour éviter l’humain, mais juste parce qu’un animal répond sans fioritures à des principes de base sains, et j’y trouve certains repères fondamentaux qui m’ont cruellement manqué depuis toujours pour trouver ma place parmi les autres. Ce que cela m’apprend, je n’ai pas encore fini de l’apprendre, et de toute façon, l’apprentissage ne sera jamais que partiel (ça reste un canidé!).

J’espère juste que cette fois, je ne cèderai pas à leurs sirènes (d’alarme en l’occurrence) au motif qu’ils sont tous d’accord pour dire que « c’est fou » d’avoir pris ce chien, et qu’un chien « ça reste dans le jardin ». C’est toujours difficile de s’opposer à la majorité (à la quasi unanimité puisque seule ma cousine comprend; pour cause, elle en a fait autant, et très loin d’ici), mais cela me fait de moins en moins peur pour ce qui les concerne. Je suis trop souvent tombée dans le piège de leur majorité « écrasante », et, par voie de conséquence, destructrice. Ils ne m’ont jamais apporté le moindre répit, et j’ai pourtant toujours cru en eux, plus ou moins malgré moi.

Mes convictions sont de plus en plus posées, et même si elles ne sont pas inébranlables loin s’en faut, elles ont désormais une base saine. Lutter dans ces conditons, c’est presque facile, même si ça ne donne pas pour autant envie d’aller au front…

Si les choses continuent comme cela, sans iatus, je vais finir par toucher du doigt ce que peut être la « sérénité psychique d’arrière-plan »? Et qui sait, peut-être enfin pouvoir construire/créer quelque chose?

Etre un être humain à part entière… ce serait une belle victoire.