Elle s’adresse spécialement à ceux qui me suivent depuis de longs mois (et malgré une journée bien pourrie): je pense que je ne suis plus dépressive.
Paradoxalement, ce sentiment fait suite à la dernière crise que j’ai faite.
Je reste fragile, l’équilibre est précaire, mais je sens bien que cet espèce de marasme n’est plus là. Même en 1999 quand j’ai eu un mieux-être (peu avant la mort de mon père), je me sentais encore entourée de choses sombres, même si je parvenais suffisamment à les ignorer pour vaquer à quelques occupations ordinaires (qui me coûtaient beaucoup) et presque prendre du plaisir à certains moments – qui restaient rares.
La dernière envie de mourir que j’ai eue était réellement isolée, même si elle était encore costaud. Cette isolation est complètement nouvelle: elle n’a rien trouvé pour rester accrochée, les parois étaient lisses pour elle.
J’ignore si cet état est durable, j’ignore si des « rechutes » viendront me secouer (sans doute) comme elles l’ont trop souvent fait par le passé, mais je suis presque sûre que c’est la première fois que je ne me sens plus tenue par des fils morbides ou des fardeaux importables. Ce n’est pas la première fois que je ne souffre plus ou presque plus, mais cette absence de souffrance ne semble plus être une simple oasis, même de quelques hectares. Je n’entrevois pas encore de lueur vitale, mais je ne suis plus dans l’oscurité générale. Bref, j’ai atteint mon but pour de bon cette fois j’espère (on dirait en tout cas): je suis nulle ; de plus en plus nulle, si je m’en réfère à ce vieux billet (assez décourageant du coup).
Mes rêves en témoignent de plus en plus: ils ne sont pas heureux et restent assez légèrement négatifs, mais ils ne sont plus malheureux. Ils passent, ils ont des cadres nouveaux à mes yeux, des histoires simples: chaque nuit qui passe est étrange désormais.
Bien sûr, je ne suis pas non plus à croquer la vie: je n’ai toujours pas de désirs, j’éprouve toujours peu de plaisir, je suis toujours beaucoup trop sensible pour une vie ordinaire (je me sens très facilement déroutéeau moindre petit écart, voire perturbée en cas de « choc » même insignifiant), plus ou moins « absente » de ce que je vis, je n’arrive toujours pas à finir ce que je commence, à construire quoi que ce soit, ni même réellement à faire des projets. Je ne peux pas non plus me concentrer pour lire un bouquin, ou prendre des décisions comme je le souhaiterais.
Je souffre toujours de ces mille petits handicaps qui me rendent inaccessible à une vie normale; mais pour la première fois, et même s’il est encore trop tôt et probablement trop tard à la fois, je commence à envisager de donner la vie.
Je suis toujours en convalescence, mais désormais et pour longtemps j’espère, en tant qu’ex dépressive. J’espère que je ne parle pas trop tôt.