La dépression et le positif.

Hier encore, je parlais de mes ex désirs de groupe de parole au sujet de la dépression. J’ajoutai, à titre d’exemple, que je n’avais rien trouvé, dans ma ville, de cet ordre là, et qu’il ne fallait pas vouloir se suicider un dimanche, car les numéros des associations répondent aux abonnés absents, et que l’on ne sait pas vers qui se tourner (j’ai appris, depuis, qu’il existait des urgences psychiatriques, mais je suis pas sûre que le remède ne soit pas pire que le mal).

L’on m’a répondu que c’était sans doute une mauvaise idée de vouloir se retrouver pour parler de ces choses là, car cela ne fait qu’entretenir le mal, et qu’il vaut mieux se tourner vers des choses « positives ».

Ce type de discours m’horripile de façon générale (non du fait de son contenu – qui peut être pertinent -, mais du fait de son systématisme); plus encore lorsqu’il vient d’un analysant qui a fait quasiment dix ans de travail, et qui se destine à devenir lui-même analyste. ça m’a rappelé le discours de ce médecin qui, entendant le titre de mon blogue (convalescence d’une dépressive à l’époque), m’a froncé les sourcils et expliqué qu’il ne fallait surtout pas que je garde un titre pareil, c’était trop négatif et ça ne m’aiderait pas à m’en sortir.

Mais j’ai tellement l’habitude d’entendre ce genre de « recettes toutes faites », souvent inopportunes voire fallacieuses que je ne me suis pas énervée. J’ai juste répondu.

Que ce qu’il disait était certainement vrai à partir d’un certain « seuil »; qu’en deçà, lorsqu’on était trop mal, on ne pouvait pas faire des choses « positives »: le désir n’est plus, la motivation n’est plus, rien de positif n’est possible, même avec de la volonté.

Qu’on avait d’abord besoin de défricher le terrain, de se retrouver, d’essayer de comprendre un peu ce qui nous arrive, de s’entourer de personnes qui vivent des choses à la fois similaires et différentes, et de pouvoir en parler pour s’offrir un cadre, des échanges d’idées, mais qui ne viennent pas de ceux qui savent tout (sur un plan technique) et rien (sur un plan humain). Qu’on avait chacun sa façon de traduire notre mal et de l’exprimer, d’y réagir. Que de cet échange pouvait naître quelque chose de rassurant, et qu’on avait surtout absolument besoin de se déculpabiliser (même avec un groupe de parole je ne crois pas que ce soit possible, mais on peut toujours rendre les choses moins pires).

Je ne sais pas si c’est une bonne idée, ces groupes de paroles, car il y a bien des obstacles et des dangers à leur constitution sans doute. D’ailleurs, je ne sais pas si ça existe.

Il y a autre chose qui m’horripile autour de la dépression: c’est qu’elle est systématiquement décrite comme quelque chose qui change dans une vie, comme un truc qui arrive à un moment donné et qu’il faut traverser.

C’est oublier tous ceux qui sont tombés dedans quand ils étaient petits (quelque chose me dit qu’ils sont assez nombreux), et qui ne disposent donc d’aucun repère de vie.