Psychanalyse ou évangélisme?

Après avoir évoqué les lacaneries l’autre jour, voilà que je me suis fait « évangéliser » par une analysante. Une personne qui exerce un métier terre à terre puisqu’elle est médecin, et qui pourtant en parle comme si elle avait vu la vierge. Je l’ai rencontrée dans le cadre de ma visite médicale du travail. Elle ne m’a pas dit qu’elle faisait un travail, mais j’en mets ma main à couper.

Je lui ai expliqué mes difficultés et mes inquiétudes (j’ai oublié de mentionner le fait que j’étais travailleur handicapé), et j’ai eu droit aux litanies habituelles: pour ne citer qu’un exemple, les fois où j’ai pris trop de cachets n’étaient « que » des appels au secours. Alors que personne ne l’a su dans mon entourage, et alors que je pense que n’importe qui est capable de déterminer a posteriori si oui ou non il s’agissait d’un appel au secours, et alors surtout qu’elle n’a même pas cherché à savoir; mais je me suis contentée de dire un truc comme « non je pense pas mais bon… ». Je lui ai parlé d’état limite (névrose-psychose), et elle a souri en disant que non, c’était juste limite entre névrose et normalité, que je n’avais rien d’une psychotique, puis elle a fini en m’expliquant que ce qui me ferait du bien, c’est une vraie psychanalyse.

Pourtant je lui avais dit que ça faisait bientôt 13 ans que j’allais voir un psychiatre-psychanalyste deux fois par semaine, que je ne m’interrompais quasiment jamais, que j’étais tellement assidue qu’en treize ans je n’avais raté que deux ou trois séances (j’ai eu un doute tellement c’est peu, mais le docteur latête me l’a confirmé), que dans 75% du temps je m’étais trouvée sur le divan, mais non, ça suffit pas. Je lui ai dit que je n’aurais pas pu me permettre une « vraie » psychanalyse avec 500 euros par mois, elle m’a répondu que c’était un prétexte, que quand on voulait on pouvait. ça me fait toujours sourire quand les analysants disent ça, surtout ceux qui avaient déjà une vie quand ils ont commencé leur travail analytique. Le pire, c’est que je trouve que d’une certaine façon, ils ont raison. D’ailleurs, j’ai une folle envie que ça s’applique à moi, ça me soulagerait. Mais ils refusent toujours de replacer les choses dans leur contexte, ne s’intéressent pas au vôtre car ils partent du principe que c’est une règle absolue, alors qu’elle n’en est pas une, à mon avis. Je lui aurais alors expliqué dans quel état ça m’avait mise à chaque fois que j’avais travaillé, que j’en étais ressortie dans des états infernaux, et que ça aurait abouti à une hospitalisation ou un suicide, et que tout cela m’aurait finalement fait plus de mal que de bien, mais c’est pénible aussi de toujours tout devoir expliquer, d’autant que c’est très important pour eux apparemment de pouvoir croire à cet idéal. C’est toujours la même chose qui me dérange chez les analysants: leur absolu, leur rigidité, leurs principes / cadres intangibles. C’est ça qui m’a détruite, et je pense vraiment que ce n’est pas en m’y reconfrontant que je me reconstruirai; je le sens bien que c’est trop dangereux pour moi et que mon salut n’est pas là.

Je lui ai donc expliqué que cette phrase, le « quand on veut on peut », c’était précisément celle qui m’avait destructurée, à force d’être martelée, à force de m’obliger à tout et me culpabiliser sur tout, et que mon travail consistait précisément à la nuancer, que j’étais heureuse d’avoir rencontré le docteur latête parce que précisément il m’avait beaucoup aidée à cela, et que c’était grâce à sa souplesse qu’il m’avait fait du bien, tout en maintenant un cadre, des minima et des maxima pas trop éloignés qui ont constitués des repères essentiels. Mais cela ne servait à rien.

Elle m’a expliqué que la psychanalyse permettait de tout lâcher, faire remonter des souvenirs et donc de résoudre les choses, insistant sur le fait que le « lâcher prise » verbal était essentiel. J’ai répondu que justement, la psychanalyse m’avait toujours surprise par ses paradoxes: un lâcher prise complet une fois sur le divan (j’ai pas osé ajouter que je l’avais vécu car j’avais pas envie de m’entendre dire qu’elle savait mieux que moi que c’était pas pareil blabla, pareil que quoi? que qui?), mais une rigidité étonnante autour du divan; je demandais pourquoi tant de paradoxe? Car malgré mon assiduité, elle a trouvé que c’était pas suffisant, qu’il fallait se rendre aux séances même pendant ses (très rares) vacances (puisque j’avais cité cet exemple), car c’était une question de choix: les vacances ou l’analyse. Et surtout, elle semblait considérer qu’il n’y avait pas de rigidité dans tout ça, car c’était une question de volonté et d’engagement. J’ai pas pensé à lui dire qu’on pouvait très bien être rigide avec soi-même (surtout quand l’extérieur nous y pousse), et qu’il y avait même une fleur de bach pour aider à y remédier puisque ce peut être destructeur justement, et que c’était contre cela qu’il fallait que je lutte, moi, mais j’ai lâché, ça faisait trop à dire d’un coup, et puis je m’ennuyais un peu en fait.

Je me suis contentée de répondre que je ne comprenais pas très bien pourquoi ce choix était indispensable alors que les deux étaient conciliables, et que les deux pouvaient être extrêmement constructifs voire indispensables. Elle a répondu que c’était un engagement, elle n’avait plus que ce mot à la bouche. Je lui ai fait savoir qu’en effet, je n’étais pas prête pour un sacerdoce, elle s’est légèrement froissée (ce qui n’avait jamais été le cas de part et d’autre) et a précisé que ce n’était pas un sacerdoce, je lui ai demandé quelle était la différence, elle m’a répondu que c’était juste une question d’engagement.

J’ai conclu en disant qu’elle avait raison, et que je n’étais pas prête pour cela, me gardant d’ajouter que je ne le serais sans doute jamais, ou en tout cas pas pour les problématiques que je combats aujourd’hui. Je comprenais très confusément encore qu’en fait, elle n’avait pas du tout saisi à quel point j’étais « atteinte ». J’avais pas voulu lui imposer mes imageries mentales pour ne pas la heurter, je me suis contentée d’utiliser des mots comme « terrible », « très dur », et c’est tout (pour moi c’est beaucoup, mais il faudrait que je vérifie sur un dico). Mais j’ai compris que ça n’avait pas de sens pour elle. Terrible et très dur, pour elle, c’est juste des mauvais moments à passer, rien de grave, rien d’insupportable.

Je suis de plus en plus convaincue qu’il faut l’avoir vécu pour le comprendre, en particulier grâce à certains d’entre vous qui avez laissé des commentaires ici pour faire partager votre expérience: on peut sentir parfois, à travers les mots, ceux qui connaissent ces « choses » insupportables, ces tortures permanentes, et ceux qui ont traversé d’autres souffrances que celles qui touchent à la « structure ». (qui ne sont pas insignifiantes pour autant).

C’est bien après que j’ai réalisé clairement qu’elle n’avait pas du tout idée de mes problématiques. En effet, en dernier lieu, elle m’a cité quelques exemples dont Depardieu qui faisait une analyse depuis trente ans, et ajouté que certaines problématiques étaient tellement ancrées qu’elles étaient difficilement résorbables. Ce qu’elle oublie, c’est que toutes les personnes qu’elle m’a citées ont déjà des vies, des vies de couple, des vies de parent, des vies professionnelles. Qui ne marchent peut-être pas très bien, ou qui sont peut-être compliquées, mais qui existent et qui ont une consistance minimale (entendons nous bien: cela ne veut pas dire qu’on va forcément pas « si » mal quand on est en couple ou parent, ou qu’on bosse).

Moi, je n’ai rien, car ce n’est pas que je vis mal, c’est que je ne vis pas; je passe mon temps à survivre, je ne sais toujours pas comment (j’ai remarqué aussi qu’il ne fallait pas dire ce genre de choses « je ne sais pas comment », car les gens y trouvent une explication qui leur convient, même si vous, elle ne vous évoque rien, l’intègrent dans leur raisonnement, et n’y reviennent plus).

Ce n’est pas que la structure n’est pas satisfaisante, c’est qu’elle ne tient pas.

Mais tout ça, je crois qu’elle ne l’a pas compris, et qu’elle n’a pas eu envie de le comprendre, trop occupée qu’elle était à « m’évangéliser ». Est-ce vraiment compréhensible d’ailleurs? je finis par me poser la question.

Alors j’ai demandé au docteur latête, ce qu’ils avaient tous, ces analysants à vouloir vous expliquer ce que vous êtes et ce que vous pouvez faire. Il m’a rappelé que toute personne entamant un travail passe par là à un moment; je me suis rappelé de l’époque où je voulais que tout le monde voie un psy. Il a ajouté en souriant qu’il ne fallait pas que j’oublie qu’en plus, j’avais l’air « particulièrement normale », que ma pathologie était très difficile à déceler (ce qui est une des caractéristiques des états limites apparemment), et qui plus est, particulièrement déconcertante. C’est vrai que je lui ai fait une crise pas piquée des hannetons pas plus tard que la semaine dernière, je l’ai appelé en urgence à 23h (je sais qu’il se couche très tard), ce que j’avais quasi jamais fait pendant 13 ans. Il était sidéré: c’était aussi soudain que violent, et c’est reparti aussi vite que c’est arrivé, grâce à un truc insignifiant pour n’importe qui, essentiel pour moi. J’ai su faire face, éviter le pire malgré des comportements sociaux inconsidérés, mais ça faisait longtemps que j’avais pas été si mal, même si c’est resté moins pire que ce que j’ai connu par le passé.

Que c’était donc normal qu’elle n’ait rien perçu.

En fait, j’étais juste lassée par les propos de ce médecin-analysant. Lassée de ne pas pouvoir parler vrai, lassée d’avoir des conversations inutiles voire difficiles, car c’est jamais facile d’être jugé pour ce que l’on n’est pas. Oui, je le sais que c’est un cap obligé, oui je sais que « ça se voit pas même avec des mots » ce que j’ai, que c’est pas « concevable » en quelques minutes pour un interlocuteur, mais il n’empêche, c’est jamais agréable de ne pas être entendu, de ne pas être cru, surtout. De constater que les autres savent toujours mieux que vous ce qui vous convient…

Et plus simplement, c’est pas évident de ne pas être reconnu dans sa douleur, dans son labeur.

Nous aussi on a besoin de justice.

Commander, râler, réveillonner.

A la boulangerie/pâtisserie, c’est l’époque des commandes.

Le 23 dans l’après-midi, il y avait une file d’attente longue comme le magasin, la boulangère était seule pour servir tout le monde, et une femme passait une commande pour le lendemain, le soir du réveillon, ce qui prenait un peu de temps.

C’est vrai que c’est pénible d’attendre quand on vient juste acheter une baguette, mais je me suis dit qu’au fond, une boulangerie/pâtisserie, c’était ça aussi.

Certains se sont lassés et sont partis (deux au moins), une femme m’a étonnée avec sa façon de râler. Elle disait: « non mais elle va pas prendre une commande pour chaque personne quand même? » comme pour éveiller nos complicités, de façon à être entendue mais en faisant semblant d’être discrète. Elle avait le visage marqué, trop maquillé à mon goût, et n’imaginait pas une seule seconde qu’on puisse ne pas être en accord avec elle.

Je me suis demandé comment selon elle il aurait fallu procéder pour « bien » faire. Mais je n’ai pas osé lui demander car je ne voulais pas rajouter à la polémique, et à l’agacement de tout le monde, tant il est vrai qu’on a toujours envie d’être servi rapidement, en particulier dans une boulangerie. Quand ce fut mon tour, je me suis contentée de « commander » un sandwich, puisque j’étais venue pour ça et qu’après une si longue attente et comme tout le monde, je l’avais bien mérité!

J’ai aussi plaint (intérieurement) la boulangère et lui ai souhaité bon courage en partant.

Pas sortie du sable.

Hier, j’ai fini ma journée en me sentant piteuse. C’est toujours comme ça quand je vois la famille, ou quand je l’ai au téléphone trop longtemps et trop longuement. Là, j’ai eu ma mère trois fois longuement en deux jours, sans compter les autres; bref, trop pour ma petite cervelle fragile. Et à partir de là, le cercle vicieux s’enclenche.

Je ne sais pas  pourquoi, il y a toujours un moment où ça bascule et où je me retrouve pas bien, amère, où je recontacte le mal au ventre. Il n’y a pas de vraie raison objective à cela, c’est juste comme un réflexe de Pavlov. Je recommence à faire mal les choses, à perdre de l’assurance, à ne plus pouvoir prendre de décision, à me sentir abattue et nulle et avoir l’impression (pourtant pas objectivée) de cumuler les erreurs. Piteuse donc.

Après mes coups de fil « fatiguants », mon frère est repassé finir la saison 2 de notre série préférée, et je n’ai pas résisté, je me suis endormie devant la télé, je n’en pouvais déjà plus. J’ai dormi plus d’une heure, mais ce n’était encore pas suffisant. D’habitude, avec une sieste d’une ou deux heures, je reprends du poil de la bête, la fatigue s’estompe suffisamment pour me laisser l’opportunité de « reprendre les rennes ». Là, non. La fatigue a persisté, alors j’ai fait ce qu’il ne fallait pas: je me suis un peu agacée après mon frère et ses psychorigidités ataviques (ce qu’il ne faut jamais faire), puis quand l’heure s’est faite tardive, je l’ai ramené chez ma mère puisqu’il vit encore chez elle, et je me suis dit que « tant que j’y suis » à me sentir pas très bien, autant y manger (ce qu’elle n’a pas manqué de proposer) et ouvrir les cadeaux, en me disant que j’étais pas sympa de l’avoir lâchée pour le réveillon et le jour de noël où elle est restée seule (alors pourtant qu’elle avait moyen de ne pas).

Elle nous a raconté sa journée de noel: elle est partie faire le ménage dans la maison familiale parce qu’il « fallait bien le faire » et devant notre étonnement, a précisé qu’évidemment, c’était pas le genre de choses qu’elle comptait nous demander un jour de noël. Sans aigreur particulière, certes. C’est peut-être pour ça que c’est insidieux d’ailleurs, qui sait?

Cette nuit en conséquence (?), j’ai rêvé que je faisais de la voile avec ma mère, j’étais contente parce que j’adore ça et depuis quelques temps je me débrouillais enfin très bien. Du fait que c’était ma mère, j’appréhendais un peu, parce que je savais qu’il valait mieux que j’évite, mais j’avais tellement envie que tout se passe bien, j’aime tellement la voile, et je me sentais capable car je savais que je savais faire. Elle, me faisait remarquer que je ne méritais pas qu’on me prête le bateau parce que je me débrouillais pas si bien que ça. Elle insistait sur le fait que le plus important de toute façon, c’était de bien tenir le bateau en cas de gîte, seul point au sujet duquel j’étais un peu moins sûre de moi que pour le reste, mais qui ne s’était pas présenté lors de notre balade. Alors je lui demandais quelles erreurs j’avais commises depuis le début, et elle me parlait du moment où la voile avait fasseyé. J’avais beau savoir que je n’y pouvais rien, que c’était parce que le vent avait tellement faibli qu’il en avait pour ainsi dire disparu quelques instants, qu’il n’y avait rien à faire contre cela, je me sentais piteuse, je me disais que j’étais pas douée ou pas assez en tout cas puisque j’étais pas sûre de moi en cas de forte gîte et que de toute façon la voile avait fasseyé à un moment, et décidais de lui rendre le bateau (en pleurant intérieurement de ne pas m’être montrée suffisamment bonne). Je ne pouvais pas continuer avec ses pensées négatives permanentes, parce que je savais que ça me ferait perdre mes moyens. Je crois que je lui répondais quand même à la fin que j’étais bien meilleure quand elle n’était pas là pour « toxifier » mes gestes et mes décisions (ce qui sous entendait que je me rangeais finalement à son avis: je n’avais pas été assez bonne en sa présence), mais que par hypothèse, elle ne le saurait jamais. Et bien sûr, je me sentais désormais tellement fragile que je me remettais à douter fortement de savoir faire. La suite, même sans elle, redevenait donc très difficile.

Je sais que dans la vie, c’est à peu près la même chose, sauf que les choses ne sont pas flagrantes. Ma mère ne critique pas directement, mais comme je sais ce qu’elle pense, que la vie est un fardeau pour elle et qu’elle nous reproche souvent et parfois très clairement de ne pas l’aider à le porter, ça change rien au fond. Allez savoir pourquoi, autant consciemment je m’en détache, autant inconsciemment, y a rien à faire.

Pavlov. Et j’ai beau essayer de me « déconditionner », je n’y arrive pas, j’ai pas encore trouvé la bonne méthode (à part la fuir, ce que je fais en général, mais qui évidemment devient impossible pour noël / anniversaires, a fortiori quand on est célibataire). Pourtant j’apprends: à me déculpabiliser des choses pour lesquelles je ne devrais pas culpabiliser, à apprécier la vie pour qu’elle ne soit pas un fardeau permanent, à rendre à chacun ce qui lui appartient pour ne pas mélanger les genres, à être cohérente, pour avoir des repères stables, et j’en passe. Car à part la fuite, c’est le seul moyen de ne plus m’empêtrer des confusions/projections permanentes de ma mère quand je la vois, et qui ne manque jamais de me refaire toucher le fond de ce que j’ai été sous sa coupe, et que je m’évertue à quitter dans une bonne mesure. Mais rien ne suffit encore, la preuve: j’ai beau avoir conscience de tout cela, je suis rattrapée par les viscères, l’hippocampe ou que sais-je.

D’ailleurs, de mes projets de maternité, il y a une chose dont je suis tout à fait sûre, c’est que je refuse qu’elle connaisse le moment où j’accouche et pire encore, qu’elle prenne la moindre décision médicale pour le cas où je serais inconsciente. D’ailleurs, j’aimerais bien qu’elle n’apprenne qu’elle est grand-mère qu’après l’accouchement, ça me soulagerait beaucoup. Six mois sans la voir, si ça tombe pas à noel, c’est chaud, mais c’est jouable…

Je n’ai donc pas encore passé les deux coups de fils qui restaient, dont un me paraît terrifiant: ma marraine, qui ne manque jamais de me ravager parce que je l’aime au moins autant que je ne la supporte pas à cause de ses reproches permanents et pas toujours cohérents. Je ne peux pas y échapper, sous peine de culpabiliser trop fort. Il va donc falloir que je le fasse aujourd’hui ou demain. Et puis là, très vite, en début de semaine, c’est l’anniversaire de ma mère, et puis quelques jours après encore, le mien. Sans compter la nouvelle année. Toutes ces choses, même si je décide de m’en extraire (ce que je ne manque jamais de faire), c’est comme une épée de Damoclès.

Bref, chuis pas sortie du sable…

Vivement la rentrée, comme tous les ans!

Ben ça alors, ça fait quatre ans pile que j’écris ici… Certes de façon moins assidue ces derniers temps.

Il y a quatre ans, nous étions au lendemain de la catastrophe du tsunami, tout le monde ne parlait que de ça, pendant que je me regardais le nombril. J’avais hésité à en parler, mais je ne le sentais pas, et puis j’avais décidé de faire ce blogue pour mon nombril, pas pour le monde; je ne souhaitais pas le dénaturer, même avec un événement d’une telle ampleur.

Si c’était aujourd’hui, il est possible que j’en dirais quelques mots. C’est que j’ai moins mal au ventre; tellement moins que j’envisage même (et de plus en plus) à m’en servir pour donner la vie, malgré mon âge avancé.

En écrivant là, avec un bon petit feu de cheminée, le chien allongé à proximité, la télé allumée (oui c’est une faute de goût, j’aurais dû mettre la radio; ceci dit, c’est John Wayne…), je me dis que je m’approche toujours un peu davantage du mieux. Il manque l’essentiel bien sûr, mais c’est comme si j’étais de moins en moins incapable de l’accueillir. Hier soir a été très tranquille aussi: avec mon frère à regarder quelques séries que nous aimons partager ensemble, en mangeant quelques canapés que ma mère n’a pas pu s’empêcher de nous apporter. C’était bon, pas trop encombrant, et tranquille.

Mais nous nous sommes couchés très tard, et je me sens trop fatiguée pour aller prendre un simple café en ville avec un de mes amis (dommage parce qu’à l’heure du repas, on doit avoir la ville à soi tout seul! qui plus est, il fait un temps magnifique), ou pour aller me promener en bord de mer avec le chien, voire pour faire les mille petites choses nécessitées par une maison (a fortiori en travaux).

Ainsi donc, en dehors de la fatigue persistante (accentuée en l’occurrence donc), je me sens encore trop coupable pour ne pas téléphoner à la famille, et trop sensible pour aller prendre le café avec eux (alors pourtant que j’ai fait l’effort de leur trouver un cadeau, comme ça, au dernier moment). Il y a donc du chemin parcouru, mais il en reste encore beaucoup à faire, et je suis toujours ahurie par le temps que ça prend… de prendre du plaisir à partager avec les « siens ». La culpabilité et l’envie/espoir de me sentir bien avec eux va sûrement emporter encore quelques morceaux puisque la journée n’est pas finie.

Et puis je réalise que la famille, j’en ai plein, de plus en plus au fur et à mesure que les pièces se rapportent chez les cousins, et que les enfants naissent (trois en tout pour l’instant). Seul notre « noyau » résiste entièrement à la vie. Nous nous composons de cinq « agglomérations » différentes désormais, et il me reste encore deux coups de fil à passer pour bien faire les choses, dont un difficile. Mais comme je suis déjà fatiguée des trois coups de fil précédents, je vais sans doute aller faire une sieste.

Ah pourquoi les progrès sont-ils si longs? Pourquoi faut-il tant de temps pour avancer si doucement…? Si doucement qu’on dirait que je n’avance pas. Pourtant si, je le sens. Et puis je repense aux noëls de mon enfance , à ce que je pouvais ressentir, au fond de mes tripes, années après années, aux cercles vicieux infinis qui s’instauraient sans cesse, quels que soient mes comportements, même encore à 25 ans. De ce point de vue, c’est évident, tout va mieux, et le chemin parcouru est immense.

Bon noël à tous.

Il est né le divin solstice!

Enfin les jours vont se rallonger peu à peu, nos corps et nos esprits se réveiller s’éveiller.

En voilà une jolie chose à fêter, et un joli prétexte pour se faire des cadeaux et partager de la bonne chaire ensemble… Un truc pareil, nul doute, ça se fête!

Comment ça, non? comment ça c’est la naissance d’un type qu’on fait semblant de croire qu’il est né y a 2009 ans qu’on fête?

Tss… je ne comprendrai jamais le monde dans lequel on vit.

Mais gardons l’essentiel: le partage et la fête. Pour moi, c’est pas encore, ma famille me pèse bien trop. Pourtant, j’ai enfin un peu d’espoir de fêter noël un jour pour de vrai, sans avoir envie de vomir à chaque fois…

Il y a des jours comme ça.

Alors que nous manions une plaque de BA13* et que j’avançais en même temps que lui, un coin de la plaque s’est heurté avec le haut du coffre du van. En plein, élan, je me le suis pris en pleine figure: sur la droite du nez, et surtout sur la partie proéminente du crâne au dessus del’oeil droit. Rien de grave, juste un petit coup. Ouille.

Puis nous sommes partis chercher les rails et les montants**; alors que nous étions très concentrés sur leur taille (il les faut de 2,5m et non de 3m), il en a reposé un un peu brutalement de sorte que je l’ai en partie lâché de mon côté, et avec le rebond, le coin du rail est venu se planter dans la chair au niveau de l’articulation du pouce droit. Rien de grave, juste une coupure. Ouille.

De retour à la maison, comme c’est quand même encore très rare que j’aie assez d’énergie pour faire bouger quelques petites choses, j’ai entrepris de couper un peu les branches de la haie que j’ai complètement laissée à l’abandon depuis trop longtemps. Je me suis dit que je n’étais pas aux pièces et que j’allais prendre mon temps. J’en ai profité pour couper la pousse de l’ircanta*** qui repousse toujours elle aussi, malgré tout le désherbant, toute l’eau bouillante, et toute l’eau de javel qu’elle s’est pris sur la figure à l’occasion. Une fois coupée, je l’ai délicatement attrapée pour ne pas que ses horribles piquants ne me fassent mal comme cela arrive trop souvent. Allez savoir comment, malgré toute mon attention et ma concentration, non seulement je me suis piquée, mais encore je me suis enfoncé une belle écharde dans le pouce droit, c’est la première fois avec l’ircanta. Ouille.

Rien de méchant donc, mais j’ai décidé de m’arrêter là!

* un truc en plâtre pour faire des cloisons qui mesure 2m50 de haut sur 60cm de large avec 13mm d’épaisseur d’où son numéro (je crois)

** les trucs qui permettent de structurer les plaques et l’isolant, donc de fixer les plaques au mur, au sol et au plafond

*** plante méchante à petites feuilles vertes et petites boules oranges, qui a d’énormes piquants sur toutes ses branches; les roses peuvent aller se rhabiller. Il paraît que les ircantas sont interdits en tant que haie. Vous croyez que ça les gêne?

Du bon usage des semelles de chaussures.

A propos de cirage et de pompes, je me suis étonnée d’user mes semelles sur une piste de danse vendredi soir. Je pensais qu’il s’agissait d’un simple repas (tout à fait délicieux au demeurant: j’ai rarement mangé un aussi bon foie gras… fait maison m’a t-on dit).

J’ai pu constater l’étendue et les ravages de mon âge allié à ma « sclérose », puisqu’au bout de quelques minutes à peine j’étais déjà essoufflée, même si je suis parvenue à reprendre des forces et prolonger un peu le plaisir de remuer et onduler l’ensemble du corps sur des rythmes plus ou moins endiablés, tout en partageant cette petite folie avec d’autres, que je connais peu, que j’aime bien et avec qui je m’entraîne en piscine (c’était la soirée de fin d’année du club).

L’un d’entre eux en particulier était déchaîné: il a dansé presque toute la soirée, entre 22 heures et 3 heures du matin, ce qui n’a pas manqué de me rappeler mes « années boîte »; à ceci près que lui, a plus de quarante ans! Il est aussi actif sur une piste de danse qu’en piscine, ce qui me fait m’interroger sur ses autres compétences… ahem.

Mais soyons réalistes, je ne pourrais jamais être à la hauteur: songez que je n’ai même pas été fichue de danser un rock digne de ce nom. Je n’ai jamais connu la technique, mais quand « j’étais jeune », j’avais rencontré deux ou trois cavaliers avec qui je dansais particulièrement bien, et que je retrouvais dans nos lieux de perdition à l’occasion. Vendredi, que nenni. J’ai été invitée trois fois, mais je n’ai su suivre le rythme et les mouvements d’aucun d’entre eux de façon satisfaisante (d’ailleurs, ils n’ont pas insisté).

En tout cas, j’ai bien senti que j’avais usé mes semelles à les frotter sur les rythmes orientaux et sud américains en particulier (les autres sont plus « enlevés », et ne nécessitent donc pas cette usure), autant que j’ai usé les muscles de mes cuisses! Me voilà flanquée de courbatures à trop vouloir suivre les rythmes sans trop les marquer…

Et vous savez quoi? ce soir, j’ai quand même réussi à faire plus d’un kilomètre crawl sans m’arrêter. C’est la première fois que j’en fais autant d’un coup, mais c’est parce que j’avais particulièrement mal au coeur à l’ego …

Cirer des pompes.

Le cirage de pompe n’a jamais été mon fort. J’en veux pour preuve que cela va bientôt faire trois ans que j’ai déménagé, et ce n’est que maintenant que j’ai enfin remis la main sur mon cirage. Une boîte bien rangée, avec différents cirages de différentes couleurs, les chiffons destinés au cirage des chaussures, la brosse à chaussures, et surtout, la petite brosse en mousse « magique » vieille d’au moins dix ans, qui fait reluire encore aujourd’hui n’importe quoi d’un simple coup, sans frotter.

Certes, je ne m’en sers qu’avec parcimonie puisque je porte essentiellement des baskets (ou des tongs en été) mais mes pauvres bottes commençaient à souffrir de trop: même moi j’avais honte tellement elles étaient sales à force de hanter le bois, la nuit, pour promener le chien après la piscine les jours où j’ai dû être présentable pour le travail.

Accessoirement, en retrouvant mon cirage, j’ai retrouvé mes petites ballerines d’été qui me manquent depuis deux ans; oui, j’ai réussi à égarer une paire de chaussures dont je n’avais pas la moindre idée de l’endroit où j’avais bien pu les mettre, me demandant même si je les avais jetées puisqu’elles sont un peu vieillissantes.

Comme quoi, ça a du bon de faire le tri dans les vieux cartons du garage: je rêve d’avoir suffisamment d’énergie pour continuer, car il manque encore des choses autres que spirituelles dans mon quotidien, même si là, tout de suite, je suis bien incapable d’en faire une liste…

Ce qui me fait sourire – un peu jaune – dans cette histoire, c’est ma capacité phénoménale à organiser  « parfaitement » des microcosmes comme une boîte à cirage, et ma capacité au moins aussi grande à les égarer les rendant ainsi « parfaitement » inefficients…

Mes effondrements psychiques m’ont abandonnée, et je leur en suis profondément reconnaissante. A quand la capacité à réunir mes forces?

Trois fois rien la culture.

Ce soir, à la faveur d’une visite de mon cousin qui vit loin là-bas à l’étranger, nous sommes allés au cinéma. Dans un cinéma classique, à une heure classique, et non dans une petite salle à des horaires tarifs réduits, habitude que j’ai conservée du fait de mes faibles revenus; petites salles dont je trouvais que les prix avaient beaucoup augmenté ces derniers temps.

Et bien ce n’est rien, comparé au cinéma classique: 9€20 la place!!

A ce compte là, faut pas s’étonner du développement du piratage, hein.

Bon, ces considérations mises à part, je vous recommande vivement le dernier des frères Coen (en version originale bien sûr: « burn after reading »), on y trouve quelques scènes savoureuses dont ils ont le secret 🙂

…Et peut-être quelques surprises si vous avez le courage de vous y rendre à l’aveugle!

Les temps changent.

Les temps tailles changent: j’ai encore grossi…!

il me faut minimum maintenant du 32 taille américaine pour me sentir tout juste à l’aise dans un jean… alors qu’il me fallait du 27-28 il y a encore deux ans et demie.

Ce qui m’inquiète c’est que, après s’être imposée en deux bonds successifs très rapides, la progression est devenue lente mais constante. Et c’est d’autant plus injuste que je fais du sport régulièrement et correctement!

J’achète des affaires, un an après, elles sont pas franchement trop petites, mais j’y suis  quand même trop serrée à mon goût. L’année suivante elles sont vraiment trop petites. L’année prochaine, je suis bonne pour le 33!

Ah si au moins c’était pour une bonne raison…!

Quant aux régimes, inutile d’y songer, je suis déjà incapable de manger correctement. C’est que donc, ce qui n’avait pas de conséquences avant, en a maintenant… Snif.

Recherche donneur sain désespérément.

Cette année, je ne ferai pas de sapin de noël.

Je n’ai pas de famille avec qui je me sente « en famille », c’est-à-dire à l’aise, sans tensions et sans inquiétudes, que j’ai envie de retrouver, avec qui j’ai envie de partager des moments agréables, festifs, gentils, tout simplement. Tous ceux qui répondent à ces critères ont une famille à eux, ou bien travaillent ce jour là – sans doute pas par hasard.

Il faut donc vraiment que je m’en fabrique une, famille, tant j’aimerais enfin en avoir une « confortable » (j’ai pas dit « parfaite »), et ça tombe bien puisque désormais, même si je ne me sens pas encore « prête » à proprement parler, je m’en sens capable et surtout, j’en ai envie.

Et puis même si ce n’est pas du même ordre de grandeur et que leur rôle ne peut être comparé (notamment en cas de cauchemars), je trouve qu’avoir pris un chien c’est un début timide, mais c’est un bon début quand même. C’est d’autant plus encourageant que je m’occupe beaucoup mieux de lui que ce que j’espérais à l’origine (et même si ce n’est jamais assez). En tout cas, ça fait sentir la vie, et ça donne très envie de la démultiplier.

Il est donc temps que je passe à la vitesse supérieure, avec cet obstacle majeur que je n’ai pas d’homme dans ma vie, qu’il me reste si peu de temps pour en rencontrer un, et que la loi française interdit le don de sperme aux femmes célibataires (pourquoi autorise t-elle l’adoption alors? je trouve ça aberrant).

Plus assez de temps psychique pour rencontrer un homme et former un couple digne de ce nom avant que le temps physique ne soit écoulé (peut-être est-il déjà trop tard, d’ailleurs). Le tout, alors qu’il est vivement recommandé de se « protéger », autrement dit de veiller à la santé d’un éventuel donneur purement biologique. En clair, exit les inconnus, qu’ils soient consentants pour un don pur, ou pour une partie de jambes en l’air (de toute façon je ne vais pas encore assez bien pour m’éclater au pieu avec de inconnus…).

Sans compter que ce n’est pas un enfant que je voudrais, mais trois (en fait davantage, mais j’ai revu mes ambitions à la baisse, et il va bien falloir que je les revoie à la baisse à nouveau étant donné les circonstances). En espérant très fort qu’ils auront un père autre (ou plus) que biologique un jour, histoire de compléter le tableau, car mon fantasme de famille ne s’arrête pas aux enfants.

Si j’échoue, je ferai de la politique procédurière sans doute; et je serai malheureuse, c’est sûr.

En voilà un sacré challenge…