Travailleuse handicapée (1/3).

Bon, c’est officiel, je commence à travailler lundi matin. Enfin!

Ce que je ne vous avais pas raconté, c’est que depuis fin 2006, j’ai le statut de travailleur handicapé. Je n’ai jamais abordé cette question, car elle est difficile. Les handicapés psychiques n’ont pas leur place dans notre monde. Les handicapés physiques, c’est déjà compliqué et leur situation est déjà profondément injuste, alors vous pensez bien que si on est mobile et que rien ne se distingue de l’extérieur…

Je serai pour toujours soupçonnée d’en rajouter, de tricher, ou que sais-je encore, et c’est pour cette raison que j’ai du mal à en parler.

Pourtant, je tiens à dire que ce statut m’a fait un bien immense, symboliquement parlant, quand je l’ai obtenu. Car ça se demande, il faut faire des démarches pour l’obtenir. Je n’ai jamais eu à forcer le trait, il a suffi que je raconte les vilaines choses que je ressentais, leur régularité, leur intensité, les conséquences que cela avait sur mon quotidien. En revanche, cela demande beaucoup de temps, et de travail, justement, car il faut avoir observé suffisamment les choses et rencontré suffisamment d’échecs pour pouvoir en connaître mais surtout s’en rappeler les raisons et répondre ainsi aux questions que l’on vous pose, sans douter soi-même de la réponse.

C’est difficile pour plusieurs raisons: quand on se sent mal comme je l’étais, on a beaucoup de mal à synthétiser, à se concentrer, et surtout à se rappeler ET à se repérer. Car enfin, qu’est-ce qui nous distingue d’un tire-au-flanc? A priori, vu de l’extérieur, rien du tout. Et nous sommes les premiers à nous considérer comme des paresseux, tout en sentant au fond de nous que ce n’est pourtant pas vrai, mais sans pouvoir le justifier.

Il y a pourtant des gens de l’extérieur, qui eux, se sont rendu compte que je faisais ce que je pouvais, que malgré les apparences je me battais bel et bien, en dépit du fait que je n’obtenais aucun résultat ou si peu (car depuis le début de ma psychothérapie je suis en constant progrès, si faible soit-il de l’intérieur, et si impalpable soit-il de l’extérieur).