Ces derniers temps, je recontacte mes cauchemars. Ils ne m’avaient pas manqué. J’avoue que j’en suis épuisée et inquiète: je n’en peux plus de lutter toutes les nuits, même si mon chien m’est d’une aide précieuse. Quand il m’entend haleter de son tapis, me réveiller dans tous mes états, il vient voir ce qui se passe, monte sur le lit et s’allonge à mes côtés, ce qui me rassure un peu.
Cela ne fait pas tout, mais c’est déjà beaucoup.
Il ne me reste plus qu’à gérer les concours de reconstitution de cadavres de nains (avec toute la « matière première » nécessaire), les accidents de voiture mortels qui reviennent particulièrement souvent en ce moment, les naufrages avec des noyés enfermés dans leur cabine par ma faute (avec visite ultérieure de l’épave), les aspirateurs de désespoir magnétiques géants et surpuissants contre lesquels je lutte – pour ne pas qu’ils m’aspirent donc – jusqu’à n’en plus pouvoir en vain, le défilé de toutes les façons possibles de mourir pour un être humain comme on compterait des moutons pour essayer de s’endormir… sauf qu’on se réveille terrifié, justement.
C’est bien évidemment sans compter les rêves « autour » qui ne sont pas de vrais cauchemars mais qui sont terribles quand même: les échecs permanents, les histoires tristes ou qui finissent mal, celles où je me sens coupable, etc, mais qui au moins, n’ont pas de composante sordide objective. Bref, tout ce qui faisait mon quotidien avant que je commence à prendre des fleurs de bach, et qui faisaient commenter à certains que j’étais comme tout le monde, que je faisais des cauchemars.
Un ami m’a fait remarquer que j’avais une telle façon de les raconter qu’ils ne donnaient pas l’impression d’être terribles, mais plutôt drôles ou en tout cas assez légers. Je me suis dit que l’humour noir était la politesse du désespoir, que sans doute je préférais rester polie, mais que cela me ferait du bien de savoir pourquoi ils sont là, et comment je pourrais m’en débarrasser, car soyons clairs, c’est très éprouvant, surtout quand on n’a pas de rêves de répit.
Le docteur latête ne peut rien de plus que ce qu’il fait déjà, et ne comprend d’ailleurs pas pourquoi ils résistent à ce point. Où pourrais-je bien trouver un spécialiste du cauchemar…?