Les choses ne s’arrangent pas tellement.
Je continue à aller pas très bien, et même plutôt mal par moments. Mon infirmier s’est trouvé une belle, je ne le vois plus. C’est tant pis pour moi: j’ai eu ma chance, je ne l’ai pas saisie. Ben oui quoi, j’y peux rien, je suis pas amoureuse.
Je souffre bien moins qu’il y a un an ou deux, mais je souffre toujours.
Je suis lasse, triste, je pleure régulièrement, je me morfonds de rentrer seule le soir chez moi, et je constate que ce n’est pas possible autrement vu mon état intérieur. Quand je m’interroge sur quoi faire pour changer ça, je vois bien que je ne suis pas de taille, que je manque d’énergie, et que rien que d’y penser, je m’écroule de fatigue. Je n’ai pas les moyens de faire mieux pour l’instant.
C’est déjà extraordinaire que je travaille! Et que je fasse des bulles de temps en temps. J’essaie de me consoler, en me disant qu’il ne faut pas tout vouloir en même temps, qu’il faut d’abord consolider ces étapes avant de passer aux suivantes, que je fais beaucoup plus de choses qu’avant, et que je souffre moins. Mais bon sang que c’est long tout ça!
Et puis le temps passe… toujours sans enfants.
Je sais qu’il ne faut pas vouloir aller plus vite, que ce serait désastreux.
Mais je voudrais quand même que les choses s’accélèrent, alors je rêve du prince charmant.
Je dis prince charmant parce que c’est comme ça qu’il faut dire, mais mon fantasme à moi, ce serait plutôt un ouvrier.
Un type qui prendrait en main ce qui reste de mes ruines (car j’en ai évacué l’essentiel), qui n’aurait pas peur de construire en respectant le gros de la structure.
Car c’est devenu possible ça: avant, il y avait trop d’encombrement, maintenant, il en reste encore un peu, mais je peux le prendre en charge si je sais qu’il y a un truc solide derrière, sur lequel je peux compter. Un truc qui se construit, et sur lequel je pourrai (enfin) me reposer.
Je crois qu’après ça, j’arriverais à enclancher la machine, et suivre le cours des choses, même si ce sera encore laborieux. Mais je crois que j’y crois.
Sauf qu’un ouvrier comme ça, ça n’existe pas. C’est ça, les fantasmes.