Des bulles comme je les aime.

Il paraît que je suis « hybride », de type brontoscorpion.

Que j’ai des branchies à côté des poumons. Que c’est pas possible autrement.

Il est vrai que je remonte souvent avec presque la moitié de ma bouteille, étant entendu qu’elle a déjà une contenance plus faible que les bouteilles classiques (9 litres contre les 12 habituels). En même temps, nos plongées durent rarement plus d’une demie-heure ces derniers temps, alors ce n’est pas un exploit non plus pour peu que la majorité se soit déroulée entre dix et quinze mètres.

Dommage que les autres consomment davantage: je suis obligée de remonter avec eux!

En tout cas, ça nous fait rire: « mais… tu respires? » me dit-on parfois. Ou bien on me demande si j’ai ouvert ma bouteille avant de plonger, ou encore on remarque que je ne fais jamais de bulles (j’ai même évoqué à ce sujet le concept de « plongée quantique »), puis on cherche l’emplacement de mes branchies, et enfin, on se méfie de moi au motif que je serais extraterrestre.

C’est idiot mais ça m’apporte une certaine crédibilité que, pourtant je n’ai pas méritée: après tout, j’y peux rien moi, si j’ai une faible capacité pulmonaire! Je suis petite, c’est tout. Oui bon, y a des plus petits que moi qui consomment beaucoup plus. Alors c’est parce que j’ai fumé pendant plus de vingt ans et que je me suis habituée à vivre avec peu d’oxygène? Ou peut-être parce que je fonctionne à deux d’tension, donc je consomme moins. Tout cela m’amuse en tout cas.

Et puis j’ai de la chance, c’est très confortable de ne pas avoir à s’inquiéter de ce « détail ». Surtout, ça m’apaise par rapport aux autres: ça me fait une raison de moins de les contrarier.

Si un jour j’ai un enfant, mon seul véritable regret sera de ne plus pouvoir plonger / nager. Inversement, j’essaie de me consoler de ne pas en avoir en continuant.

Oui, décidément, j’aime bien faire des bulles…