C’était trop beau pour que ça dure.
Le moral est en chute libre, depuis hier, et je ne parviens pas à remonter. C’est toujours la même chose. Je m’aperçois que je deviens de plus en plus robot, que je fais les choses avec de moins en moins de sourires, que je ne parviens plus à croire les choses gentilles des autres, et que j’interprète leurs éventuels silences comme des flèches. Je n’en suis pas encore à me dévaloriser outre mesure, mais ça vient peu à peu: je me sens « looser ». J’ignore à quel point la pente est savonnée, et à partir de quand je vais me trouver vraiment nulle.
Tout me paraît insurmontable, et je ne parviens plus à faire les plus petites choses de la vie. Passer l’éponge sur la table me paraît trop compliqué, me faire du café est laborieux. Je le fais sans plaisir, sans cette attente du goût et de la chaleur à venir sur mes papilles. Mes animaux ne peuvent rien, j’ai l’impression de les maltraiter à leur faire des câlins. J’ai encore en tête ces fameux mots qu’avait prononcé l’éducateur canin « tu le rends malheureux ton chien » (à être indécise dans mes petits gestes).
Plus généralement, je n’ai plus envie de rien. Alors je réduis mes activités au maximum: tout ce qui ne me paraît pas indispensable, je m’en dispense. Je commence à trouver des excuses pour m’extraire de ceci ou de cela, je m’enferme doucement dans ma tour d’ivoire, pour n’en sortir que si le volet « social » m’y oblige, et pour éviter de gâcher tout ce que j’ai mis en place.
Hier, on m’a inscrite à un repas sympa, et je me suis surprise à faire la grimace en disant « oh non, j’ai pas envie de venir! », ce qui n’a pas manqué de surprendre ma copine de plongée. Ce week-end, j’ai une plongée, mais je l’envisage avec horreur, alors qu’on va y faire des choses particulièrement intéressantes (apprendre les différentes espèces).
J’ai envie de tout fermer, de rester au lit, à ne rien faire, pendant au moins trois jours, et si possible une semaine. J’ai envie de pleurer. Surtout quand me vient à l’esprit tout ce qui m’attend ces prochaines semaines, et qui n’est pourtant pas du tout insurmontable, malgré tous les engagements que j’ai pris.
Ce qui signifie que même quand tout va bien, je ne suis pas à l’abri de mes effondrements. ça signifie aussi qu’ils n’ont pas de raison d’être objective: rien ne les a appelés ces derniers temps, au contraire. Je sais déjà tout ça, mais je m’en étonne encore.
Après, je peux toujours deviser sur leurs raisons:
j’ai vu ma famille souvent ces derniers temps, alors que j’avais eu la paix pendant plusieurs mois; tout s’est très bien passé, mais j’ai pu constater clairement, quasi systématiquement à l’époque où je n’allais pas si bien, que chaque fois que je les voyais plus d’une fois dans la même semaine, même si tout se passait très bien, j’avais systématiquement une grosse chute de moral qui suivait;
j’arrive à faire des choses constructives, à être appréciée tant de mes collègues que des plongeurs avec qui j’évolue, malgré tous les différends que j’ai pu décrire ici; là encore, j’ai pu remarquer par le passé que chaque fois que je suis sur le point d’aboutir, de réussir certaines choses, j’ai tendance à m’effondrer;
je ne suis toujours pas enceinte (j’en ai la certitude depuis deux jours), et j’en suis malheureuse, même si tout cela ne « crie » pas pour l’instant;
par contre, je n’ai pas oublié mes médicaments.
Vous voyez une bonne raison d’être mal, vous? Moi non. Il y en a des raisons, mais elles ne sont pas « bonnes », elles ne sont même pas logiques. Ce sont juste des corrélations. Je ne comprendrai jamais ces chutes de moral, ces sortes de cyclothymie contre lesquelles je ne peux pas lutter avec une méthode coué, ou avec des « faire semblant » / s’obliger pour faire repartir la machine, et je les détesterai toujours.
Pour aujourd’hui, j’espère qu’elles ne me feront pas retourner à mes affres, et que ce n’est qu’un petit passage sans lendemains. Verdict dans une semaine?