Envie de fumer (1/2).

Je ne sais pas si ce sont les contrariétés de la plongée (qui furent nombreuses et dont certaines subsistent, aiguës), la masse de choses que  je fais en ce moment, si c’est d’avoir trop vu ma mère ces derniers temps ou subi une piqûre de rappel en voyant l’ex du vendredi (et, accessoirement, en entendant parler de lui régulièrement), mais sans m’effondrer, je suis quand même plutôt triste depuis quelques semaines, malgré les bonnes choses qui arrivent.

Triste et fragilisée, même si je sais toujours où se trouve ma route, et que le doute ne s’immisce plus, ce qui est en soi un confort de vie extrêmement précieux.

Depuis plus d’un mois en tout cas, j’ai envie de fumer.

C’est intermittent, mais parfois je m’étonne de la force que ça peut prendre. C’est d’autant plus étonnant que depuis plusieurs années, ça m’avait laché la grappe. Même si j’ai toujours su qu’un fumeur accro n’était jamais complètement « non-fumeur », même sans avoir fumé depuis des années, j’étais étonnée d’avoir si peu envie de refumer, si rarement, si faiblement. C’était complètement anecdotique jusque là, je ne sais même pas si c’est arrivé plus d’une ou peut-être deux fois par an, et ces envies se sont toujours envolées aussi vite qu’elles étaient arrivées, sans avoir le temps de marquer quoi que ce soit.

Alors bien sûr, même si cette envie là est étonnament beaucoup plus forte que les précédentes, je me retiens, puisque je sais que si j’en prends une, je reprendrai peu à peu mais inéluctablement ma consommation initiale et ce serait regrettable.

Pour tenir mieux d’ailleurs, j’énumère tous les inconvénients que cela pouvait représenter. Mais quand l’envie devient forte, tout cela a évidemment moins de poids, la liste s’étiole, la mémoire se dilue…

Toujours triste.

En ce moment, malgré tout ce que je fais, je me sens triste. Là quelque part, derrière, dès que je gratte un peu.

D’ailleurs, j’ai rêvé pas plus tard que cette nuit que je vivais un peu en ce moment, que ce serait à peu près vrai entre mes 40 et 60 ans (et encore, à condition de lutter, et avec des souffrances encore), mais que ça n’allait pas durer, car je n’étais pas bien dans mes baskets malgré tout, même avec des enfants. Et qu’au delà, je me suiciderais. Car à ce moment là, les enfants seraient partis, et je n’aurai plus rien envie de mettre en place, même si à 60 ans, on a encore potentiellement de belles choses à faire. Je savais que rien n’aurait suffisamment de saveur pour me retenir à la vie.

Cela ne me faisait pas plaisir, mais c’était comme ça.

C’était impressionnant ce sentiment d’ailleurs: celui que j’étais triste de toute façon, même en ayant « une vie ». Qu’il y avait au fond de moi quelque chose de tellement ancré que, dans le meilleur des cas, on pouvait envisager un petit sursis, mais que c’était vraiment en y mettant de la volonté et du devoir (et non un réel désir).

Je ne me séparerai donc jamais de ce sentiment d’être une sorte de spectre, qui traverse une vie sans réellement la goûter? Pourquoi ce « truc » revient toujours à un moment où un autre, quoi que je fasse?

Quels sont ces circuits neuronaux aujourd’hui devenus des autoroutes qui me conduisent à ce sentiment? Comment pourrais-je les supprimer?

Bon sang, mais c’est bien sûr!

La lobotomie.

Des progrès et des compliments.

Aujourd’hui, je dispensais une formation dans le cadre de mon travail.

Je n’avais pas encore éprouvé le cours, je ne savais pas trop le temps que ça me prendrait. Je l’avais travaillé à partir d’un support et d’une formation que j’avais moi-même suivie, et je me trouvais face à une quinzaine de personne.

Des personnes qui, pour la grande majorité, avaient déjà beaucoup d’expérience, à ce point que je me suis demandé ce que j’allais bien pouvoir leur apporter.

Elles ont été ravies! Celles qui avaient l’expérience, de retrouver exactement ce qu’elles faisaient, avec quelques précisions et conseils, un peu comme une piqûre de rappel; et celles qui n’en avaient pas étaient contentes d’avoir un cadre et des repères précis.

Toutes savaient que j’en étais à ma première fois, et, au terme de la journée, l’une d’entre elles a affirmé avec conviction devant tout le monde que pour un coup d’essai, c’était un coup de maître.

!!!

Pourquoi ne m’a-t-on pas dit des choses comme ça quand j’étais à l’école? Ça fait un bien fou! Oui, vraiment, ça fait du bien.

 

On m’a même proposé un travail; si j’acceptais, ça me ferait deux mi-temps, donc quarante heures par semaine. Bon, payé au smic et en contrat aidé certes, mais quand même, ça m’a touché.

Je ne m’en sens pas les épaules, et d’autant moins que ça signifierait que je n’aurais pas de vacances, alors que je ressens déjà le besoin d’en prendre.

C’est bien dommage, et d’ailleurs je m’interroge: pourquoi les contrats aidés n’ont-ils pas droit aux vacances?

Et puis: pourquoi suis-je incapable de travailler quarante heures par semaine sans être épuisée psychiquement? Pourquoi ai-je toujours besoin de dormir autant, à ce point que mes journées s’en trouvent amputées?

Allez, on apprécie mon travail, c’est déjà bien!

Des ladyboys… et du sentiment d’être femme.

Tout à l’heure, j’ai vu un reportage sur les « ladyboys » de Thaïlande: des garçons qui se sentent filles, et qui adoptent un mode de vie et une apparence féminins. Il était dit dans le reportage qu’elles étaient très bien intégrées à la société, puis quelques minutes plus tard, qu’il y avait quasiment autant de ladyboys prostituées que de ladyboys ayant un travail normal. Mais ce n’est pas ce qui me retient ici.

J’apprécie beaucoup cette largesse d’esprit (encore insuffisante donc), et présume que la signification de l’ensemble du reportage est que leur intégration est bien plus large là-bas que chez nous – il est précisé d’ailleurs que la Thaïlande est un des seuls pays qui n’ait jamais été colonisé par une puissance occidentale.

Il était dit également que, sur le plan administratif, la solution n’était pas trouvée, car certaines préfèrent conserver leur sexe masculin, d’autres changer de sexe par une opération chirurgicale. Que l’idéal serait qu’il existe en quelques sortes un « troisième sexe »; pourquoi pas.

Pour ce qui me concerne, je ne vois pas au nom de quoi on interdirait à un homme qui se sent femme de s’exprimer comme une femme et inversement (tiens, pourquoi n’y a-t-il jamais de reportage dans ce sens là?).

Ce qui me choque, ce sont les raisons avancées, qui leur feraient ressentir qu’elles sont des femmes: le désir de se maquiller, le choix des tenues vestimentaires, et plus largement, l’apparence physique (finesse de la peau, etc).

Si c’était présenté comme un moyen d’avoir l’air d’une femme, ça me dérangerait moins. Mais là, c’est, disent-elles pour la plupart, la raison qui leur fait se sentir femmes.

Mais c’est affreux! Je ne me reconnais dans rien de tout ça, alors pourtant que je suis femme, et que je me sens femme. Je ne saurais pas définir exactement ce qui fait que je me sens femme (un simple sentiment d’appartenance et un se*xe a priori), mais une chose est certaine: ce n’est pas le maquillage, les tenues, la mode, les talons aiguille ou quoi que ce soit de ce genre!

Réduire la femme à des tenues vestimentaires et du maquillage, ça me retourne le ventre!Et je vais aller plus loin: si je devais douter de leur appartenance au genre féminin, ce serait davantage en raison de cette revendication là que par le fait qu’elles sont dotées, à leur naissance, d’un sexe masculin…

Il reste que je préfère cent fois voir des ladyboys se définir ainsi et néanmoins exister, plutôt que de leur interdire d’être sexuellement ce qu’elles sont.

L’ex du vendredi.

Je ne le vois plus depuis longtemps. Plus de nouvelles, rien. La dernière fois que nous nous sommes vus s’est mal passée, mais je n’ai jamais su pourquoi, il n’a jamais daigné me dire ce qui n’allait pas. Il s’est mis en colère à un moment insignifiant (pour moi en tout cas), mais il n’a jamais voulu s’en expliquer.

Je sais juste qu’il ne me reparlera jamais sur ce ton parce que je n’accepte pas qu’on me parle sur ce ton.

Alors je m’efforce de passer à autre chose, et c’est très difficile, mais tant bien que mal, j’y parviens. Je suis juste écoeurée de la lacheté que je ne supporte plus, même pas sous sa plus petite forme, même chez des gens que je ne côtoie pas, et j’espère que ça va me passer parce que j’en décèle à tous les coins de rue, et ça me fait mal à chaque fois. J’espère que j’arriverai à « lacher les lâches », histoire de ne pas me pourrir l’existence.

Je sais très bien pour autant que je n’ai pas oublié l’ex du vendredi, et je l’ai pris en pleine figure ce week-end, lors d’une formation quelconque, où je me suis retrouvée nez à nez avec lui deux après-midi de suite. Il m’a fallu une force phénoménale pour ne pas me liquéfier sur place, pour éviter les maladresses dans les gestes alors que je le savais pas très loin. J’éprouvais une tendance permanente à me sentir paralysée. Idem, pour mon comportement: j’avais du mal à doser entre le « trop » et le « trop peu », à trouver le ton juste, même lorsque je ne m’adressais pas à lui, juste parce que je le savais à proximité.

J’ai pleuré comme ça faisait longtemps que je n’avais pas pleuré. Je me suis sentie le coeur brisé, je ne pouvais plus rien avaler. Oui, le coeur brisé, c’est le mot. Il a quitté la formation avant moi (pour des raisons purement pratiques), et je l’ai terminée en lambeaux. Je n’étais plus qu’un fantôme qui errait à travers un groupe de gens réunis autour d’un thème du vivant.

Dès mon retour, vers 17h, je me suis mise au lit, et je n’en ai plus bougé.

J’ai cru sentir que, comme moi, il faisait l’indifférent mais ne l’était pas. Je me trompe peut-être, il se peut qu’il s’en fiche complètement. Mais au fond, peu importe, cela ne change rien à la situation.

Notre histoire n’a pas plus d’issue possible qu’avant, nos caractères ne sont pas davantage compatibles puisqu’il ne parle pas, et mon désir pour lui, comme l’amour que je lui porte est pourtant toujours aussi fort.

Et vous savez quoi? J’ai appris qu’il serait présent lorsque je passerai l’examen d’initiateur. Et même qu’il regarderait le moindre de mes gestes, et écouterait la moindre de mes paroles.

Il fait partie du jury.

[MàJ du 6 décembre: j’ai fait ma petite enquête, et appris que pour l’épreuve principale, le jury était divisé et dispatché auprès des élèves, ce qui signifie qu’à moins d’être spécifiquement désigné pour m’évaluer et d’accepter sa mission, il ne verra que la partie accessoire des épreuves. Il reste qu’il sera là, à ma vue, pendant l’ensemble de l’épreuve. Sauf si je suis touchée par la grâce d’ici là, je vais devoir lutter violemment pour être « normale » et parvenir à reproduire sans maladresses ce que j’aurai construit pendant l’année.]

Chute libre (déjà?).

C’était trop beau pour que ça dure.

Le moral est en chute libre, depuis hier, et je ne parviens pas à remonter. C’est toujours la même chose. Je m’aperçois que je deviens de plus en plus robot, que je fais les choses avec de moins en moins de sourires, que je ne parviens plus à croire les choses gentilles des autres, et que j’interprète leurs éventuels silences comme des flèches. Je n’en suis pas encore à me dévaloriser outre mesure, mais ça vient peu à peu: je me sens « looser ». J’ignore à quel point la pente est savonnée, et à partir de quand je vais me trouver vraiment nulle.

Tout me paraît insurmontable, et je ne parviens plus à faire les plus petites choses de la vie. Passer l’éponge sur la table me paraît trop compliqué, me faire du café est laborieux. Je le fais sans plaisir, sans cette attente du goût et de la chaleur à venir sur mes papilles. Mes animaux ne peuvent rien, j’ai l’impression de les maltraiter à leur faire des câlins. J’ai encore en tête ces fameux mots qu’avait prononcé l’éducateur canin « tu le rends malheureux ton chien » (à être indécise dans mes petits gestes).

Plus généralement, je n’ai plus envie de rien. Alors je réduis mes activités au maximum: tout ce qui ne me paraît pas indispensable, je m’en dispense. Je commence à trouver des excuses pour m’extraire de ceci ou de cela, je m’enferme doucement dans ma tour d’ivoire, pour n’en sortir que si le volet « social » m’y oblige, et pour éviter de gâcher tout ce que j’ai mis en place.

Hier, on m’a inscrite à un repas sympa, et je me suis surprise à faire la grimace en disant « oh non, j’ai pas envie de venir! », ce qui n’a pas manqué de surprendre ma copine de plongée. Ce week-end, j’ai une plongée, mais je l’envisage avec horreur, alors qu’on va y faire des choses particulièrement intéressantes (apprendre les différentes espèces).

J’ai envie de tout fermer, de rester au lit, à ne rien faire, pendant au moins trois jours, et si possible une semaine. J’ai envie de pleurer. Surtout quand me vient à l’esprit tout ce qui m’attend ces prochaines semaines, et qui n’est pourtant pas du tout insurmontable, malgré tous les engagements que j’ai pris.

Ce qui signifie que même quand tout va bien, je ne suis pas à l’abri de mes effondrements. ça signifie aussi qu’ils n’ont pas de raison d’être objective: rien ne les a appelés ces derniers temps, au contraire. Je sais déjà tout ça, mais je m’en étonne encore.

Après, je peux toujours deviser sur leurs raisons:

j’ai vu ma famille souvent ces derniers temps, alors que j’avais eu la paix pendant plusieurs mois; tout s’est très bien passé, mais j’ai pu constater clairement, quasi systématiquement à l’époque où je n’allais pas si bien, que chaque fois que je les voyais plus d’une fois dans la même semaine, même si tout se passait très bien, j’avais systématiquement une grosse chute de moral qui suivait;

j’arrive à faire des choses constructives, à être appréciée tant de mes collègues que des plongeurs avec qui j’évolue, malgré tous les différends que j’ai pu décrire ici; là encore, j’ai pu remarquer par le passé que chaque fois que je suis sur le point d’aboutir, de réussir certaines choses, j’ai tendance à m’effondrer;

je ne suis toujours pas enceinte (j’en ai la certitude depuis deux jours), et j’en suis malheureuse, même si tout cela ne « crie » pas pour l’instant;

par contre, je n’ai pas oublié mes médicaments.

Vous voyez une bonne raison d’être mal, vous? Moi non. Il y en a des raisons, mais elles ne sont pas « bonnes », elles ne sont même pas logiques. Ce sont juste des corrélations. Je ne comprendrai jamais ces chutes de moral, ces sortes de cyclothymie contre lesquelles je ne peux pas lutter avec une méthode coué, ou avec des « faire semblant » / s’obliger pour faire repartir la machine, et je les détesterai toujours.

Pour aujourd’hui, j’espère qu’elles ne me feront pas retourner à mes affres, et que ce n’est qu’un petit passage sans lendemains. Verdict dans une semaine?

Inimaginables progrès.

Décidément, je vais avoir tout ce que je veux?

En dehors du fait que je ne tombe toujours pas enceinte, j’ai obtenu de pouvoir préparer, en plongée, le niveau initiateur. J’étais folle de joie! Celui pour lequel mon club avait mis son veto. De sorte que je prépare le niveau 4 dans mon club habituel, et le niveau initiateur dans un autre club.

Pour le niveau 4, je ne suis pas du tout à mon rythme, mais à celui des autres. Tout va un peu trop vite pour moi, même si j’arrive assez bien à suivre. J’aimerais mieux y aller plus doucement, ça me speede et j’aime pas ça.

Pour le niveau initiateur par contre, j’aurai des cours particuliers! Je ne connais pas encore mon moniteur, mais le contact téléphonique m’a paru correct, je crois que ça me suffit pour être en confiance. Question rythme, je pense que ça me conviendra mieux.

Rendez-vous compte! Des cours particuliers! Je suis aux anges, d’autant que c’est la formation qui me tenait le plus à coeur.

Accessoirement, je suis une formation biologie sous-marine (juste une initiation) et je suis inscrite dans quelques semaines pour une formation nitrox (un mélange spécial qui permet de diminuer voire d’éviter les paliers de décompression).

C’est sans compter le fait qu’on va resigner mon contrat de travail et qu’il va falloir que je travaille au moins cinq heures de plus par semaine, car je n’ai pas le temps de tout faire. Ce qui, accessoirement, me fera une rentrée supplémentaire d’argent.

Et encore, je ne parle pas des travaux! J’ai réussi à ravoir le parquet de ma chambre (sous deux millimiètres de réagréage/colle à moquette), et j’ai trois couches de peinture à passer pour finaliser enfin cette chambre.

Quand j’énumère tout ça, ça me donne le vertige. J’ai peur de ne pas tenir (surtout avec des heures sup au boulot).

Pour autant, les formations ne sont pas très lourdes (à part le niveau 4), et bien qu’on m’ait dit qu’il ne fallait surtout pas tout faire à la fois car c’était beaucoup trop dur, quelque chose au fond de moi me dit que c’est tout à fait possible, du moins quand on n’a pas de vie de famille, et qu’on a envie de plonger le plus souvent possible.

De fait, il est évident que tout ça m’aide énormément à supporter de ne pas tomber enceinte. Je sens bien que je suis moins triste de mes échecs car je m’occupe, j’ai des objectifs, et je prends mon mal en patience.

Mon médecin m’a donné un traitement de fond pour mieux préparer le terrain, devant les échecs répétés et anormaux. Je vais donc faire une pause pour laisser le traitement agir, et me laisser le temps des formations, histoire de ne pas gâcher tout ce que j’ai obtenu si difficilement. Et en avril, en espérant que le traitement aura fonctionné, que je serai sur le point de terminer mes formations, je reprendrai les inséminations.

Quand je pense à l’état dans lequel je me trouvais il y a un an encore… à mes effondrements, à mes souffrances. Je ne suis toujours pas heureuse de vivre, malgré les apparences je ne prends toujours pas de réel plaisir à ce que je fais, mais désormais, je fais des choses constructives, et qui ne me font pas souffrir.

Enfin!

De la pédagogie comme je ne l’aime pas.

Ma plongée d’hier s’est très bien passée. Je trouve que j’ai même mieux plongé que le moniteur lui-même, puisque je n’ai perdu personne, moi, et je n’ai été obligée de remonter à la surface que parce que lui ne s’est pas préoccupé de l’autre élève (et inversement). Moi, les ai vus partir à 90° chacun, et je n’ai pas le don d’ubiquité. Je n’ai pas non plus la condescendance d’aller voir l’un pour avertir que l’autre ne part pas dans la même direction, d’autant que dans ces cas là, on n’est jamais bien compris, et on passe pour un emmerdeur. Alors j’ai laissé faire, et j’ai très bien fait.
Bon, ce n’est pas grave du tout, c’est juste un peu chiant; ça fait perdre du temps, de l’oxygène, et tutti quanti.

Je m’étonne toujours un peu davantage qu’on m’ait découragée de faire cette formation. Je suis tout à fait sûre que je commettrai des erreurs comme tout le monde, mais pour l’instant, elles sont extrêmement limitées, et j’ai manifestement très bien compris les choses, que j’applique même assez naturellement. Il est probable que l’instinct maternel (le désir d’être mère?) m’y aide un peu.

Ils ont quand même réussi à me faire des reproches, mais ils étaient infondés à mes yeux, j’en conclus donc que je plonge très bien pour l’instant, s’ils n’ont pas davantage de remarques à faire.
Notamment j’ai souri lorsque le moniteur m’a reproché de ne pas m’être suffisamment retournée pour surveiller qu’ils étaient bien là. Oui, il a osé me dire ça, lui qui venait de perdre un de ses élèves. Mais ce n’est pas le fait qu’il venait lui-même de perdre un élève que je trouve incroyable, c’est qu’il ne m’a quasiment jamais vue me retourner pour surveiller que la palanquée était bien réunie, alors comment peut-il affirmer que je ne l’ai pas fait? Croyez vous qu’il aurait dit un truc comme « je ne t’ai pas vue souvent te retourner… »? Non, il est parti d’emblée sur une affirmation. Alors que, combien de fois, en me retournant, l’ai-je vu le nez collé aux rochers, de sorte qu’il ne me voyait pas faire?
Presque à chaque fois.
Evidemment, je n’attendais pas qu’il lève le nez pour voir que je vérifiais qu’il était bien là, dès que j’avais vu que tout allait bien, je reprenais ma route. Parce qu’il faut savoir qu’il n’y a rien de plus emmerdant que de se retourner quand on fait de la plongée. On est plus ou moins handicapé dans sa combinaison encombré de sa bouteille, et dès qu’on bouge un peu trop, on perd facilement ses repères. Et puis surtout, on a autre chose à faire de bien plus intéressant!
ça me fait d’autant plus rire que j’ai un caractère naturellement inquiet, et que ce n’est certainement pas moi qui lacherait d’une palme un coéquipier. D’ailleurs, lors de ma formation en niveau 2, on m’a déjà fait le coup plusieurs fois de se barrer en douce pour voir si je m’en apercevais, on ne m’a jamais prise en défaut là-dessus. Je ne dis pas qeu ça n’arrivera pas d’ailleurs, car pour faire ça, il faut parfois sacrifier une conversation avec un poulpe ou un congre, et j’ai horreur d’interrompre mes conversations avec les bestioles.

De même, à la fin, il fallait que je précise les paramètres de la plongée (puisque j’avais été désignée pour conduire la palanquée sur le chemin du retour), je trouve que j’ai fait ça très bien, mais là encore, ils se sont sentis obligés de me reprocher d’avoir omis deux précisions qui étaient pourtant implicitement incluses dans mes propos (nous n’avions pas fait de paliers de décompression + le temps d’immersion était équivalent au temps de plongée; choses que je venais de résumer en expliquant que nous étions remontés tout doucement le long de la paroi rocheuse dès le début du chemin retour, car là encore, j’avais été extrêmement attentive à ça).

En fait, ce qui m’agace, ce n’est pas qu’ils fassent ces précisions, car c’est souvent bon de s’entendre répéter certaines choses, même si on les a déjà comprises. Ce qui me gonfle c’est leur façon de s’y prendre. Grosso modo, ils ont toujours un truc à vous reprocher, avec un espèce de ton un peu sévère de maître à élève dont ils sont parfaitement incapables de se départir. Ils sont incapables de vous considérer comme déjà responsable, et vous préciser quelques détails ici et là, donc de poser simplement des questions sur votre façon de faire pour être bien certain que c’est le cas. Ils ne peuvent pas s’empêcher de vous considérer comme a priori incompétent, et de juger négativement ce que vous avez fait.

Mais tant que je serai dans un système pédagogique comme le nôtre, a fortiori avec un sexe comme le mien, je crois qu’il ne sera jamais possible de faire autrement. Peu importe, ils seront bien obligés d’admettre, un jour, que je plonge correctement.