Mon père disait toujours… (3)

Méfie toi des hommes. De tous les hommes.

Il était largement relayé par ma mère (un des rares sujets où ils étaient d’accord!), et par ma grand-mère maternelle pour qui « les hommes sont des goujats ». Elle répétait ça comme un disque rayé, dès que le sujet venait sur le tapis: je l’entends encore le dire.

On ne peut pas dire qu’ils m’aient rendu service: non seulement j’ai dû lutter contre mes sentiments (et forcément, j’ai perdu car sans sentiments, on ne vit pas; je veux dire, même pas un peu), mais encore c’est une ineptie totale. L’amour et la méfiance sont parfaitement incompatibles. Pire encore: bien après m’en être rendu compte, après avoir compris que c’était inepte, je ne pouvais toujours pas m’écarter de cette méfiance. Je crois d’ailleurs que, malgré mes immenses progrès, elle est toujours un peu là.

J’ai perdu tout mon temps, et peut-être toute ma vie? Je les perds encore en tout cas. Ce n’est pas faute d’essayer de modifier et d’adoucir mon angle de vue. N’est-ce pas cruel d’élever une enfant dans une ambiance pareille? Oui, bien sûr, ils pensaient bien faire et me protéger des méchants garçons qui en voudraient à mon innocence: du coup ce sont eux qui me l’ont piétinée! Et puis oui bien sûr, il y a bien pire comme « ambiance » pour élever un enfant. Mais est-ce que ceci vient panser cela?

Est-ce qu’on se défait un jour des impressions fortes qu’on nous a inculquées depuis la plus tendre enfance?

Snif (1/2).

Toujours pas enceinte…

Je suis fichue de telle façon que je le sais toujours une semaine avant que les tests vendus en pharmacie ne puissent répondre. Sauf que médicalement, m’a-t-on dit à plusieurs reprises, cela n’est pas nécessairement significatif (sauf que depuis le temps, j’ai le sentiment que ça dépend des femmes, mais aucun médecin ne cautionne ce type de raisonnement). Du coup, je suis obligée d’attendre une semaine voire dix jours parfois, pour avoir une confirmation scientifique de ce que je sais déjà. C’est de la torture!

Et ça fait plus d’un an que ça dure.

Comme dirait le médecin de Forrest Gump, mon inconscient et mon corps sont aussi « tordus que l’esprit d’un homme politique ».

Des avions au sol.

Bien que désolée pour ceux qui sont bloqués, je suis ravie qu’il n’y ait plus d’avions dans le ciel!

C’est très, très reposant, de ne plus les entendre.

Il est vrai que sur un plan humain, je trouve fou qu’il y ait autant de vols, et qu’on prenne si facilement l’avion…

L’autre jour encore en regardant les étoiles, il n’y avait pas un coin du ciel qui n’était pas traversé par un avion et, plus discrètement, par un satellite. J’en perds mes repères / étoiles à force d’avoir l’oeil attiré par des trucs artificiels qui bougent quel que soit le côté vers lequel mon regard se tourne! C’est très déstabilisant.

Je trouve fou aussi qu’on élimine, pour mieux les concentrer ailleurs, les hôpitaux et tout le reste, ce qui oblige, entre autres choses bien pires, à faire voler toujours plus d’hélicoptères. A vue de nez et selon ce qui est allégué, ça a l’air d’être un inconvénient mineur par rapport aux avantages que cela apporte.

Je ne peux m’empêcher d’être extrêmement dubitative, sur le long terme…

De l’atavisme (2/2).

Puis à la réflexion, cela me fait sourire: ma grand-mère paternelle et mon père (pourtant musulman) avaient cette manie d’allumer des cierges à l’église de temps à autres pour remercier les choses de la vie, et pour favoriser leur arrivée lorsqu’elles étaient souhaitées.

Enfin, ma grand-mère, c’était assurément pour remercier dieu: malgré son intelligence, je crois qu’elle était dévôte. Certains disent que ce n’est pas incompatible; moi, ça me renvoie plutôt à un côté obsessionnel, d’autant plus que névroses et intelligence coexistent, les premières venant juste ternir la seconde, ou éliminer quelques pans d’elle.

En tout état de cause, permettez moi de blasphémer: m’est avis que ses démons à elle, c’étaient précisément dieu et ses saints. C’est du moins ce que j’ai compris d’elle, vers la fin de sa vie. Elle en avait peur, elle était tourmentée par le « jugement dernier ». Je ne crois pourtant pas qu’elle ait jamais fait quoi que ce soit qui mérite cette angoisse, et je suis bien placée pour savoir qu’on n’a pas besoin d’avoir commis de fautes pour se sentir terriblement coupable d’on ne sait trop quoi, pour angoisser sans trop de raisons. Elle a juste eu une vie un peu rebelle et marginale très atypique pour son époque, une sorte de précurseuse.

Et puis j’ai appris récemment que les neuroleptiques en maison de retraite, ça y va souvent avec beaucoup de légèreté, et je vois mal comment cela peut ne pas faire de dégâts. Tout cela m’échappait complètement à cette époque, et avec le recul, je parie que ma grand-mère y a eu droit: elle n’était pas dans son état normal. Que pouvais-je faire pour la rassurer? Je croyais qu’elle avait juste peur de la mort – c’est ce qu’elle disait toujours -, et ma foi, c’était bien légitime. Je ne pouvais rien faire: elle allait mourir, et par hypothèse, personne ne sait ce que c’est que de mourir. Je lui prenais la main, c’est tout. J’étais moi-même en très grande souffrance, je ne pouvais vraiment rien faire de plus, et c’était d’ailleurs déjà beaucoup vu les relations compliquées que j’avais avec elle, et vu mon état général.

Ce qui est étonnant, c’est qu’au moment où je mets les cierges (c’est très rare mais ce n’est pas la première fois), je suis prise d’une sorte de peur irraisonnée, et je me demande toujours « et si cela avait réellement des conséquences? Et s’il existait effectivement des « instances » que l’on ne perçoit pas? » Puis les choses s’enchaînent, avec « dieu »: « et si nous étions jugés pour telle et telle pensée ou action qui nous paraît pourtant conforme à la bienséance, mais qui n’est pas considéré comme tel par d’autres et notamment par ces instances inconnues? ».

Alors je relativise, j’évite que la machine ne s’emballe, et je garde quelques distances: je me dis que c’est un geste de conviction, qu’il ne faut pas trop réfléchir, ne pas se laisser perturber par des pensées « impies », mais juste poursuivre sa route.

Du coup, je n’ai plus trop envie de poser des cierges, c’est trop compliqué, ça fait presque peur. Mais il y a toujours un moment où un quelque chose va m’y reconduire. Où je vais avoir envie de le faire, comme ça: pour le symbole du pont, ou pour avoir été touchée par une force qui me fait du bien et qui me paraît miraculeuse. Mais du coup,ma curiosité est piquée: mon geste, c’est quoi au juste?

Un symbole, pont vers les autres, ou du pur atavisme?

De l’atavisme (1/2).

Allez savoir ce qui m’a pris l’autre jour: je suis allée dans l’église, à côté de l’hôtel (lors de mon week-end « inséminations »), pour y mettre deux cierges.

L’un pour remercier d’avoir eu la force et obtenu mon brevet (oui car je ne sais pas si je l’ai dit, mais j’ai obtenu mon brevet!), l’autre pour donner à mon corps la volonté et la force de tomber enceinte. Et puis parce que j’aime bien entendre les cloches sonner, aussi. Et l’orgue jouer, parfois.

Je n’aime pas les églises pourtant: elles sont sombres, tristes, et je n’aime pas les paroles qu’on y prêche. Les seuls avantages que je leur trouve, outre le son des cloches, sont le silence et la fraîcheur en été.

Depuis l’adolescence, je n’ai pas beaucoup évolué sur le sujet. Même lorsque je m’efforce de « m’envoler », je trouve toujours que les paroles qu’on y prononce sont parfois (donc trop souvent) systématisées et bêtifiantes. J’ai toujours l’impression de voir des moutons faire tout pour ne surtout pas se poser de question, et répéter naïvement les paroles qu’on leur met dans la bouche, qu’elles seyent à ce qu’ils vivent ou non. Comme une sorte de lavage de cerveau. Je ne comprends pas qu’on puisse répéter des paroles un peu fanatiques et idôlatres, comme ça, ou bien des paroles si générales qui, sorties d’un contexte précis, perdent totalement leur pertinence. Voire qui donnent l’air d’essayer de se persuader de quelque chose dont on n’est pas bien sûr, au fond.

Mais je me dis que ce n’est pas ce qu’il faut regarder. Je me dis que ce que les hommes appellent dieu, c’est ce que nombre d’entre nous appellent la vie sans essayer de la déguiser ou de la personnifier, et ces cierges sont au fond une sorte de lien que je crée entre la foi des « croyants », et ce que j’ai dans le coeur. Un peu comme si j’essayais de m’acclimater / me faire apprivoiser, de faire un effort pour ne pas rester trop en marge, de respecter la foi des autres, sans pour autant renoncer à ce que je ressens.

Comme un pont entre les autres et moi. Comme un symbole.

Du bien-être pour certains, de l’imprudence pour d’autres.

C’est le soir, après l’entraînement et après m’être restaurée, que je suis partie: il était peu avant minuit. Je n’ai croisé qu’une vingtaine de voitures en tout, et j’ai roulé très vite jusqu’à bon port, il ne m’a fallu que 2h30 au lieu des 3h30 habituels (sans pause donc presque quatre avec pause). Les villages étaient complètement déserts, les routes aussi. La route m’appartenait. Je sais qu’il me faut profiter de ces instants, car plus j’avance, moins ça arrivera: la sévérité et la répression prévention routière progressent toujours davantage, et puis si je tombe enceinte, je ne pourrai plus rouler la nuit comme ça! Ces petits espaces de liberté se restreignent dans nos sociétés, et ne cessent jamais d’être grignotés, toujours pour de bonnes raisons; alors dès que j’ai l’occasion d’en profiter, je ne la loupe jamais.

Car c’était particulièrement agréable: les conditions météo étaient excellentes, on a l’impression d’avancer, de « manger » les kilomètres. On a faim, et on est rassasié; ça fait du bien, de rouler. En journée c’est impossible. Ce serait fou de rouler si vite, et de toute façon, on ne peut même pas rouler « un peu vite », car on tombe toujours sur des voitures très trop prudentes qui nous font perdre notre élan. C’est d’un ennui…! On a l’impression d’être complètement inefficace et surtout, cela a un effet très pervers: on perd beaucoup en énergie et en concentration qui se dissipent au fur et à mesure des nombreux ralentissements, on se fatigue donc beaucoup plus vite, et qui plus est, on roule plus longtemps. La vigilance est atteinte, elle sombre trop souvent au cours du périple. C’était moins vrai quand j’avais 20 ans, les gens roulaient plus vite, les déplacements en journée étaient moins pénibles. Mais il paraît que c’est mieux pour l’humanité de jouer aux escargots, alors…

Et puis cette nuit là, je sentais la présence des étoiles. J’avais envie de les regarder, mais à cette allure sur une départementale, même en pleine forêt et en ligne droite, on ne peut pas se permettre le moindre écart de vigilance. Ce n’est pas grave, elles étaient là.

De l’espoir sans conviction.

Je continue tant bien que mal mes inséminations « artisanales », et je suis admirative de la patience du donneur. Il m’a doucement fait comprendre (sans aucune pression) que si je souhaitais procéder « naturellement » pour plus d’efficacité, il serait d’accord. Il a raison de tenter sa chance, tant que c’est fait gentiment et avec simplicité. Qui sait? Je craquerai peut-être un de ces jours? Nous nous entendons très bien, il est séduisant, mais je n’ai quand même pas envie de lui dévoiler mon intimité. Quel paradoxe! Mais j’assume.

Tout cela m’oblige à aller loin de chez moi; environ trois à quatre heures de route à chaque fois. Je me débrouille pour rouler la nuit ou le dimanche, afin d’éviter les pertes d’énergie dues à la circulation même faible. Pour ce mois ci et c’est la première fois, je reste trois jours, et nous ferons trois inséminations. Il se sera déroulé 24h entre le test d’ovulation positif et la première des trois inséminations.

Un test d’ovulation positif, ça signifie que l’ovulation a lieu dans les 12 à 36 heures (parfois davantage?), croit-on dans les milieux autorisés. Il faut donc agir dès que possible, il se peut même que ce soit déjà trop tard…

En tout cas, ça m’oblige à être très réactive à défaut d’avoir le « géniteur » sous la main. C’est qu’il est très demandé, et pas seulement en France: il faut dire qu’un type aussi gentil, confiant, généreux et équilibré, ça ne se trouve pas à tous les coins de rue. La plupart des hommes se méfient, m’a-t-on dit, ou bien demandent une contrepartie. Ou alors ils sont un peu marginaux, ont le look qui va avec, et n’inspirent pas du tout confiance.

Il m’a expliqué que c’était un sentiment extraordinaire de savoir qu’il participait au bonheur d’une personne, de façon pourtant extérieure. Il semble que ce ne soit pas du tout le même type de satisfaction que de faire ce plaisir à sa propre femme (divorcé, il a déjà des enfants « à lui »), mais je n’ai pas posé la question.

Je lui ai dit en tout cas que même si ça ne fonctionnait pas, je suis déjà ravie de savoir qu’un type comme lui existe, et de l’avoir rencontré. ça me réconcilie un peu avec la gente masculine dont je ne vois encore que trop les côtés sombres (et en particulier la lâcheté, qui n’a pas de bornes chez certains hommes qui me dégoûtent profondément).

Mais je préfère me concentrer sur l’espoir que j’ai d’être mère bientôt. De formuler les mots, comme ça, je me rends compte qu’au fond de moi, je n’y crois pas du tout. ça sonne faux. Je ne me vois pas mère. Pourtant, bizarrement, j’espère quand même, et je sais que je serai très triste si ça ne fonctionne pas encore cette fois-ci…

Bloguer sans connexion.

Je n’aime pas bloguer quand je n’ai pas de connexion internet (et faire un copié-collé quand j’en trouve une). Je ne peux pas regarder où j’en suis, je ne sais plus exactement ce que j’ai écrit ni quand. Cela n’a pas vraiment d’importance mais disons qu’on se sent moins à l’aise.

En même temps, ce n’est que lorsque je suis un peu retirée du monde que je peux me permettre d’écrire.

Car depuis le temps, j’en ai des choses à raconter!

C’est vraiment parce que c’est vous, hein… (enfin ceux qui sont encore là car vu ce que je blogue, il doit y avoir beaucoup d’exode!)

Bon, à très vite.