Je continue tant bien que mal mes inséminations « artisanales », et je suis admirative de la patience du donneur. Il m’a doucement fait comprendre (sans aucune pression) que si je souhaitais procéder « naturellement » pour plus d’efficacité, il serait d’accord. Il a raison de tenter sa chance, tant que c’est fait gentiment et avec simplicité. Qui sait? Je craquerai peut-être un de ces jours? Nous nous entendons très bien, il est séduisant, mais je n’ai quand même pas envie de lui dévoiler mon intimité. Quel paradoxe! Mais j’assume.
Tout cela m’oblige à aller loin de chez moi; environ trois à quatre heures de route à chaque fois. Je me débrouille pour rouler la nuit ou le dimanche, afin d’éviter les pertes d’énergie dues à la circulation même faible. Pour ce mois ci et c’est la première fois, je reste trois jours, et nous ferons trois inséminations. Il se sera déroulé 24h entre le test d’ovulation positif et la première des trois inséminations.
Un test d’ovulation positif, ça signifie que l’ovulation a lieu dans les 12 à 36 heures (parfois davantage?), croit-on dans les milieux autorisés. Il faut donc agir dès que possible, il se peut même que ce soit déjà trop tard…
En tout cas, ça m’oblige à être très réactive à défaut d’avoir le « géniteur » sous la main. C’est qu’il est très demandé, et pas seulement en France: il faut dire qu’un type aussi gentil, confiant, généreux et équilibré, ça ne se trouve pas à tous les coins de rue. La plupart des hommes se méfient, m’a-t-on dit, ou bien demandent une contrepartie. Ou alors ils sont un peu marginaux, ont le look qui va avec, et n’inspirent pas du tout confiance.
Il m’a expliqué que c’était un sentiment extraordinaire de savoir qu’il participait au bonheur d’une personne, de façon pourtant extérieure. Il semble que ce ne soit pas du tout le même type de satisfaction que de faire ce plaisir à sa propre femme (divorcé, il a déjà des enfants « à lui »), mais je n’ai pas posé la question.
Je lui ai dit en tout cas que même si ça ne fonctionnait pas, je suis déjà ravie de savoir qu’un type comme lui existe, et de l’avoir rencontré. ça me réconcilie un peu avec la gente masculine dont je ne vois encore que trop les côtés sombres (et en particulier la lâcheté, qui n’a pas de bornes chez certains hommes qui me dégoûtent profondément).
Mais je préfère me concentrer sur l’espoir que j’ai d’être mère bientôt. De formuler les mots, comme ça, je me rends compte qu’au fond de moi, je n’y crois pas du tout. ça sonne faux. Je ne me vois pas mère. Pourtant, bizarrement, j’espère quand même, et je sais que je serai très triste si ça ne fonctionne pas encore cette fois-ci…