Mon père disait toujours… (3)

Méfie toi des hommes. De tous les hommes.

Il était largement relayé par ma mère (un des rares sujets où ils étaient d’accord!), et par ma grand-mère maternelle pour qui « les hommes sont des goujats ». Elle répétait ça comme un disque rayé, dès que le sujet venait sur le tapis: je l’entends encore le dire.

On ne peut pas dire qu’ils m’aient rendu service: non seulement j’ai dû lutter contre mes sentiments (et forcément, j’ai perdu car sans sentiments, on ne vit pas; je veux dire, même pas un peu), mais encore c’est une ineptie totale. L’amour et la méfiance sont parfaitement incompatibles. Pire encore: bien après m’en être rendu compte, après avoir compris que c’était inepte, je ne pouvais toujours pas m’écarter de cette méfiance. Je crois d’ailleurs que, malgré mes immenses progrès, elle est toujours un peu là.

J’ai perdu tout mon temps, et peut-être toute ma vie? Je les perds encore en tout cas. Ce n’est pas faute d’essayer de modifier et d’adoucir mon angle de vue. N’est-ce pas cruel d’élever une enfant dans une ambiance pareille? Oui, bien sûr, ils pensaient bien faire et me protéger des méchants garçons qui en voudraient à mon innocence: du coup ce sont eux qui me l’ont piétinée! Et puis oui bien sûr, il y a bien pire comme « ambiance » pour élever un enfant. Mais est-ce que ceci vient panser cela?

Est-ce qu’on se défait un jour des impressions fortes qu’on nous a inculquées depuis la plus tendre enfance?