En ce moment, je tronçonne des haies de six mètres de haut, je casse des carreaux, et je détapisse. Par petits bouts, parce que sinon, je ne pourrais pas. Vu mon état d’esprit, je ne comprends pas comment j’y arrive. Je crois que c’est parce que certaines personnes m’entourent et m’encouragent. Et puis parce que les antidépresseurs, à défaut de me « restituer » du désir, m’obligent en quelques sortes à agir. Car je fais tout cela presque malgré moi, même si je trouve très bien de pouvoir le faire.

De l’extérieur, j’ai l’air d’être forte et courageuse, voire hyperactive. D’ailleurs, on me l’a dit. Pourtant, j’ai le sentiment d’usurper complètement ces adjectifs, et dès que le rideau tombe, dès que je vais me coucher, je me sens négative, triste et parfois, je me remets à pleurer. Par ailleurs, je confirme que j’ai le sommeil déstructuré.

Je fantasme toujours ma mort, je traîne toujours du désespoir, même si tout cela (je le répète) s’est beaucoup atténué au regard de ce que j’ai connu.

Il va sans doute falloir que je change encore d’antidépresseurs. Mais quelque chose me dit que le docteur molécule va vouloir que je poursuive encore celui-là, avec le nouveau dosage. Pourquoi est-ce que je vais encore le voir? Je ne comprends pas…Je crois qu’une séance d’hypnothérapie me ferait grand bien, mais je n’ai pas le courage d’y aller. Pas le courage de demander encore de l’aide à celui qui a su m’en apporter, mais qui a trouvé trop de limites, comme tous les autres, et qui ne croit plus qu’il peut m’en apporter encore.

Et puis je n’en peux plus de faire des choses…

Quelques progrès moléculaires?

Depuis que je prends mon nouvel antidépresseur, mon sommeil est complètement destructuré. Car je me sens tendue, mais d’une façon un peu curieuse. Pas la tension habituelle qui fait qu’on réagit au quart de tour, qu’on a les muscles crispés ou qu’on a des idées qui tournent dans la tête au point d’empêcher de dormir. Certes, ce dernier aspect n’a pas complètement disparu, mais il n’est là que de temps à autres, et même en son absence, je ne parviens pas à dormir sereinement.

J’ai même dû prendre une semaine de congé prématurément tellement je dors mal, tellement je ne comprends pas ce qui cloche.

C’est une tension dans le cerveau, qui provoque une sorte d’accouphène faible mais permanent, une tension exactement comme le bruit d’un appareil qui est en veille, mais pas débranché. Ce n’est pas la première fois que je ressens ça, mais là, c’est permanent; je ne décroche plus du tout.

L’avantage de cet inconvénient, c’est que j’ai davantage de courage pour faire les choses au quotidien. Cela me demande moins d’effort, et même, je suis parfois surprise de faire des choses que je ne me croyais pas capable de faire. Mettre le linge à sécher par exemple: ça me paraît souvent insurmontable, et désormais, il arrive parfois que je le fasse presque malgré moi! Parce que ça vient tout seul. ça demande toujours un effort bien sûr, mais c’est presque naturel, c’est surmontable, alors pourquoi ne pas le faire?

Les efforts de type obsessionnel, eux, n’ont pas bougé: il m’arrive d’en faire, comme avant, mais ce n’est que par « crises » comme avant.

Bref, j’ai donc décidé d’associer un calmant à cet antidépresseur, car j’ai constaté que c’était le seul moyen pour moi de retrouver un sommeil réparateur. Le docteur latête a eu l’air de penser que c’était une bonne idée, et j’en parlerai au docteur molécule dès que je le verrai, pour savoir ce qu’il en pense.

Qu’est-ce qui va ressortir de tout ça? La guérison?

Je doute encore beaucoup, je sens encore trop la mort en moi…

Suicidaire dans l’âme?

Le mieux n’aura pas duré longtemps.

Je ne sais pas me comporter dans un groupe, je ne comprends pas, je ne vois pas toutes ces choses qui leur paraissent évidentes. J’entends et j’enregistre des éléments, mais je ne perçois pas toujours tout de ces éléments. Ce qui est de l’ordre du détail pour moi est de l’ordre de l’essentiel pour les autres, et parfois inversement.

Hier j’ai fait une super plongée, qui a duré très longtemps. A ma sortie, je me suis fait remonter les bretelles comme une enfant. C’est sûr qu’il y a eu du malentendu, mais il n’y a pas eu que ça. Il y a des choses qu’il ne faut pas faire avec les autres, et c’est tout.

Moi, je ne me trouve pas déraisonnable, comme d’habitude. Je ne suis pas du genre stressée, et surtout pas sous l’eau. Je sais que je n’entraînerais jamais personne dans ce que les autres appellent des risques, mais pour moi, ce ne sont pas des risques. D’ailleurs, si on s’amusait à faire des calculs de probabilité, il y a de grandes chances pour qu’elles soient quasi nulles qu’il m’arrive un accident, vu les précautions que j’ai prises.

Et puis je l’ai fait tout simplement parce que je l’ai toujours vu faire, et qu’on m’a toujours répondu la même chose: oui, il y a les règles, mais après, on peut faire ce qu’on veut, du moment que c’est « hors structure ». Car les règles ne s’appliquent pas « hors structure » justement. Et nous étions en dehors de la structure.

Par contre, j’aurais dû penser qu’en cas de problème, ça risquait d’engager leurs responsabilités du fait de leur simple présence sur les lieux. C’est drôle parce que ce n’est pas pour ça qu’ils m’ont grondée. Alors qu’à mes yeux, c’est la seule raison qui fait que j’ai commis une erreur: j’aurais dû penser à cela et en tenir compte.  Leurs raisons à eux, je ne les reconnais pas. Je les ai intégrées, je sais qu’ils fonctionnent comme ça, mais pour moi, elles ne sont pas valables. C’est comme le portail qu’on ferme à clef ou non: il y a ceux qui ne peuvent pas envisager de ne pas fermer leur portail à clef, moi, je ne ferme jamais le mien. Et c’est mon problème!

Plonger à 5 mètres, seul, alors qu’il n’y a pas de circulation, qu’on a averti qu’on partait plonger (c’est le point où il y a eu malentendu), qu’on reste près du rivage pour pouvoir être aperçu voire surveillé par les autres, je ne trouve pas que ce soit inconscient, surtout quand on connaît le site comme sa poche pour y avoir nagé depuis toujours. Je n’aurais pas fait la même chose avec des profondeurs plus importantes sur un site plus dangereux. Encore que si, mais pas avec eux autour, et me connaissant, je pense que j’aurais vite fait demi-tour: je ne suis pas téméraire!

La prochaine fois, je plongerai seule, mais vraiment seule. Je n’avertirai personne, comme ça je ne me ferai pas gronder! Et ça pour le coup, je trouve ça idiot. Sûrement que je dirai à une copine où je suis, mais une copine qui ne plonge pas. En tout cas, si j’ai le choix entre ça et ne pas plonger à ma guise, je sais déjà ce que je choisirai. Après tout, c’est comme le suicide: je fais ce que je veux de ma peau! Du moment que personne n’est là pour le voir…

Car c’est ça que je n’avais pas compris quand j’ai entendu parler de ceux qui plongent seuls: c’est qu’ils ne le font pas savoir. Ils me l’ont dit sous le sceau du secret, et je n’avais pas compris qu’il ne fallait pas que ça se sache. Je n’avais pas perçu que c’était important de ne pas le montrer aux autres…

Une leçon de sociabilité de plus…

Moi qui était fière d’avoir fait les choses correctement (croyais-je), je me sens désormais bien triste. J’ai mal de ce qui s’est passé. Comment guérir si je ne fonctionne pas comme les autres? Comment m’intégrer?