Tout vient à point…

Finalement, ils m’ont virée.

Pas exactement en fait, mais pour moi, ça revient au même. En tout cas, j’ai désormais une excellente raison de ne plus venir.

Je ne sais pas qui au juste a pris cette décision, ni précisément pourquoi, mais je sens que je n’ai pas envie de savoir, parce que malgré la peine que cela provoque, je me sens enfin à nouveau libre.

C’était clairement maladroit de leur part, et probablement injuste (parce que hâtif).

D’un côté je me sens très blessée car leur attitude est humiliante, triste aussi car cette injustice va perdurer si je ne fais pas l’effort de la renverser (or je n’ai pas le courage de cet effort). Et je la retrouverai un jour cette injustice, au détour d’une plongée. Mais de l’autre, je me sens très, très soulagée.

Suffisamment pour envisager de retrouver le sourire et reprendre goût à l’activité?

Voilà qui arriverait à point nommé, parce que là, je n’en pouvais plus…

Toujours si mal, malgré le mieux.

Je trouve que les mots n’ont pas de sens.

J’ai l’impression de ne pas être entendue par les professionnels quand je parle de mon mal-être. J’ai l’impression que ça leur échappe, qu’ils ne comprennent pas de quoi je parle. J’ai l’impression que moi-même, je n’arrive pas à le formuler.

Il faut dire que quand j’arrive à le formuler, j’ai souvent des réponses qui me paraissent incongrues. Décalées. Elles n’ont pas de sens par rapport à ce que je viens de dire (ou par rapport à ce que je crois avoir dit?).

D’ailleurs, je me suis rendu compte que je n’en avais jamais réellement parlé, même ici. Ou en tout cas, si peu par rapport à la fréquence. Je n’oublie jamais de parler du « mieux », mais je crois que j’oublie très souvent le moins bien. De temps en temps, comme ça, je me dis qu’il faut que j’en parle, et j’en parle.

Certes, les tourments sont moins pires qu’avant, moins profonds. Mais même avec cette notion de « moins », ça reste incroyablement profond. Sur un thermomètre ça donnerait quoi? Comme si j’étais passé du 0 absolu à -180°? Je n’en sais rien. C’est tellement difficile à mesurer. La seule chose que je sais, c’est que je n’ai jamais été à la bonne température, j’arrive juste à en percevoir des bribes dans mon imagination, à force d’écouter les autres parler, et le mettre en relation avec des moments très fugaces, qui ne sont jamais restés plus de quelques secondes.

J’ai l’impression d’être moi-même perdue dans mes sensations. ll faut dire que passer du rire aux larmes à longueur de journée, c’est extrêmement éprouvant, surtout quand le rire reste superficiel.

Alors certes, je n’oublie plus désormais que j’ai déjà eu de l’espoir, du désir, de l’envie de faire des choses, et que j’ai même ressenti un peu de plaisir à les faire, même si cela n’a jamais duré. Je me rappelle bien de ce désir d’enfant qui m’a animée pendant quelques temps. J’essaie de le recontacter.

Mais là, même si je lutte contre, j’ai le sentiment que ça ne reviendra jamais, et je ne comprends ni pourquoi c’est venu, ni pourquoi c’est reparti. Je reste perplexe.

Mes rires actuels sont redevenus ce qu’ils étaient: ils sont sincères, car ils seraient profonds si mon esprit n’était pas embué / froid / noir de façon permanente. Mais ils restent superficiels parce que je ne ressens pas « normalement » ce pour quoi ils sont là.

Je recommence à vivre ma vie en force, comme je faisais à la fac. Je fais des choses, mais tout est dans l’effort, presque rien dans le plaisir (ou bien un plaisir fugace et limité par la grille de mes noirceurs).

Les larmes elles, par contre, sont chez elles, à leur place. Elles sont profondes, elles n’usurpent rien.

Encore!!!

Côté intégration club, là, je n’en peux plus.

Je me suis fait jeter pour trop de singularités, et trop de retards. Je n’ai rien dit, à part qu’il me fallait un peu de temps pour m’adapter, que ça allait venir, car je voulais mieux faire. Mais si j’en juge par ce qu’on m’a répondu, on ne me l’accorde pas.

Et je ne sais plus quoi faire. Je n’en peux plus des mêmes problématiques qui se posent partout, et que je suis complètement incapable de résoudre. Je n’en peux plus d’être ce que je suis.

Alors: dois-je rester, dois-je partir? Valent-ils la peine que je me batte pour leur montrer qu’ils se trompent (car quand je tiens le coup, c’est souvent ce qu’on me dit au final), ou vaut-il mieux que je me repose et que je change (encore!) de cap? Eux qui m’avaient pourtant si bien accueillie, à la base…

Quand je pense qu’il a fallu que j’aille travailler six mois en pleurant tous les matins avant d’être acceptée avec mes particularités par mes collègues, vais-je trouver la force d’en faire autant pour rester dans ce club? Je sais que de toute façon je n’y resterai pas sur le long terme. La question est de savoir si je le quitte en bons ou en mauvais termes, et quand…
Parce que voilà: je ne sais pas traverser dans les clous, et ils en ont marre, ça y est. Jusqu’à présent ils l’avaient accepté (parce que je restais un peu en marge du groupe sans doute), maintenant que je suis censée participer de plus près, ça les gonfle, et même si je fais profil bas, ils le refusent.

Je ne comprends pas comment je peux être aussi peu douée pour les relations de groupe, alors que je suis parfois capable de tisser des liens magnifiques en tête à tête…

Vous reprendrez bien un petit désespoir?

Je suis fatiguée d’être ce que je suis, d’être incapable de m’adapter aux autres, d’être toujours celle qui est en marge.

Je suis aussi très fatiguée de mes montagnes russes. Un jour je suis pleine de force et de motivation, le lendemain je suis épuisée et je ne peux plus rien faire. Un jour j’y crois, le lendemain, je me promène dans le désespoir.

En tout cas, je ne prends plus réellement de plaisir à ce que je fais. ça s’est envolé ça, j’espère que ça reviendra.

Certes le désespoir n’a plus le même goût désormais, je sais qu’il n’est que relatif, qu’il peut disparaître. Et puis il est moins souvent là qu’avant, et c’est un progrès incroyable.

Mais il reste qu’il traîne toujours ici ou là.

Jusqu’où?

Je ne sais pas ce qui me prend, j’ai décidé de me lancer dans le monitorat. Celui des bénévoles. C’est vrai que j’adore enseigner, mais quelle débauche d’énergie pour un truc qui ne me permettra même pas de gagner ma vie en cas de besoin…!

Alors que j’en manque toujours, d’énergie. Celle que je n’arrive pas à mettre ici, je parviens à la mettre là. Je ne me comprends pas, mais ce que je sais, c’est que même si je vais toujours de mieux en mieux, je ne vis toujours pas…

Vogue le navire, je serai, cette année, aussi « overbookée » que l’année dernière, si ce n’est davantage. J’ai l’impression parfois que c’est plutôt ça que je recherche, comme pour sauver les apparences, et donner l’impression que je ne suis pas malade. Après avoir passé quasiment un mois au lit cet été, tellement j’étais épuisée! Je suis blanche comme un cachet d’aspirine, avec une peau dans un état lamentable, souvenir de mon dernier traitement d’antidépresseur. A peine remise, je remets le couvert.

Après le monitorat, si je réussis (car c’est pas gagné), je vais faire quoi? Je vais m’arrêter où? Dans quel état? Et toujours la même question: vais-je enfin savoir apprécier le moment présent un jour, et donc me sentir bien à vivre?

Je continue d’y travailler, de m’arrêter sur les sens dès que j’y pense. Spécialement le toucher, ces derniers temps. C’est grâce à la psychomotricienne, que j’arrive à faire ce travail. Elle est un peu comme un « coach », mais un vrai bon coach, avec des méthodes qui me conviennent et qui me font du bien.