Je trouve que les mots n’ont pas de sens.
J’ai l’impression de ne pas être entendue par les professionnels quand je parle de mon mal-être. J’ai l’impression que ça leur échappe, qu’ils ne comprennent pas de quoi je parle. J’ai l’impression que moi-même, je n’arrive pas à le formuler.
Il faut dire que quand j’arrive à le formuler, j’ai souvent des réponses qui me paraissent incongrues. Décalées. Elles n’ont pas de sens par rapport à ce que je viens de dire (ou par rapport à ce que je crois avoir dit?).
D’ailleurs, je me suis rendu compte que je n’en avais jamais réellement parlé, même ici. Ou en tout cas, si peu par rapport à la fréquence. Je n’oublie jamais de parler du « mieux », mais je crois que j’oublie très souvent le moins bien. De temps en temps, comme ça, je me dis qu’il faut que j’en parle, et j’en parle.
Certes, les tourments sont moins pires qu’avant, moins profonds. Mais même avec cette notion de « moins », ça reste incroyablement profond. Sur un thermomètre ça donnerait quoi? Comme si j’étais passé du 0 absolu à -180°? Je n’en sais rien. C’est tellement difficile à mesurer. La seule chose que je sais, c’est que je n’ai jamais été à la bonne température, j’arrive juste à en percevoir des bribes dans mon imagination, à force d’écouter les autres parler, et le mettre en relation avec des moments très fugaces, qui ne sont jamais restés plus de quelques secondes.
J’ai l’impression d’être moi-même perdue dans mes sensations. ll faut dire que passer du rire aux larmes à longueur de journée, c’est extrêmement éprouvant, surtout quand le rire reste superficiel.
Alors certes, je n’oublie plus désormais que j’ai déjà eu de l’espoir, du désir, de l’envie de faire des choses, et que j’ai même ressenti un peu de plaisir à les faire, même si cela n’a jamais duré. Je me rappelle bien de ce désir d’enfant qui m’a animée pendant quelques temps. J’essaie de le recontacter.
Mais là, même si je lutte contre, j’ai le sentiment que ça ne reviendra jamais, et je ne comprends ni pourquoi c’est venu, ni pourquoi c’est reparti. Je reste perplexe.
Mes rires actuels sont redevenus ce qu’ils étaient: ils sont sincères, car ils seraient profonds si mon esprit n’était pas embué / froid / noir de façon permanente. Mais ils restent superficiels parce que je ne ressens pas « normalement » ce pour quoi ils sont là.
Je recommence à vivre ma vie en force, comme je faisais à la fac. Je fais des choses, mais tout est dans l’effort, presque rien dans le plaisir (ou bien un plaisir fugace et limité par la grille de mes noirceurs).
Les larmes elles, par contre, sont chez elles, à leur place. Elles sont profondes, elles n’usurpent rien.