Aujourd’hui que je souffre moins moralement, et parfois presque plus vraiment, je reste malgré tout souvent incapable de bouger. Une espèce de manque cruel de motivation, une fatigue générale immense, qu’elle soit physique ou psychique. Très irrégulière et inexplicable, surtout.
Le docteur latête, comme mon médecin traitant me parlent encore et toujours de psychasthénie.
Je croyais l’avoir acceptée, mais en fait non: je ne la supporte plus à nouveau.
Probablement justement parce que je n’ai plus tout à fait le moral dans le sous-sol de mes chaussettes (juste un peu en bas, mais c’est supportable). J’arrive à envisager des choses positives, à faire des projets (même s’ils sont petits), et à commencer à les concrétiser.
Malgré un jardin, des animaux et une maison encore en travaux, je parviens à avoir un intérieur correct. J’ai obtenu mes brevets l’année dernière et j’en prépare un autre cette année; j’ai bien avancé les travaux même s’il reste encore trop de petites finitions, ainsi que toute la partie ouest à faire; j’essaie de ne pas me décourager côté procréation, et je ne peux pas dire que j’ai le moral en vrac, hormis les « rechutes » certes encore trop nombreuses, mais tellement moins profondes.
J’avance un peu, donc, et pourtant trop souvent encore, beaucoup trop souvent, je suis incapable de bouger, de réfléchir, de travailler. Je me sens d’une mollesse infinie et irrécupérable. J’ai beau me forcer, l’inertie est trop forte, je n’ai pas de suite dans les idées, elles s’interrompent d’elles-mêmes sans même que je m’en rende compte.
Au bout d’un moment, je me retrouve à faire je ne sais quoi, je ne comprends plus ce que je fais là, j’essaie de me rappeler ce que je faisais, et de remobiliser mes pensées pour déterminer ce qu’il faut faire pour aboutir. Et quand je me suis fait une idée suffisamment claire de la situation, ça me paraît complètement impossible à réaliser, même si c’est pas grand chose (comme écrire quelques lignes ici par exemple).
Bizarrement, j’arrive assez bien à entretenir la maison si on n’y regarde pas de trop près. Mais en dehors de ça (qui est déjà bien par rapport à ce que j’ai connu par le passé), c’est le black-out total. Impossible de lire, d’écrire, même de façon ponctuelle, dès lors que ça dure plus de quelques minutes. Impossible de jardiner, même si ça se limite à rempoter une pauvre plante. Pourtant, j’en ai envie, j’ai plein d’idées, mais la motricité ne suit pas. Seuls la fatigue et l’inertie sont présentes. J’ai le même problème au travail, où l’ambiance, qui plus est, n’est pas au beau fixe. Je travaille extrêmement mal en ce moment, je n’arrive à rien faire, et j’ai honte de moi.
Même remplir un blog de kilomètres de mots inutiles (choses qui me soulageait auparavant) m’est devenu impossible! C’est par je ne sais quel miracle que j’ai réussi à me mobiliser pour écrire ici (et sûrement aussi pour échapper à pire: le boulot).
Ainsi donc, la psychasthénie ne serait pas seulement liée au moral et aux idées noires. Il va falloir que je médite (ça tombe bien, j’arrive à rien faire d’autre), et surtout que j’accepte à nouveau de ne rien pouvoir faire…