Parmi les symptômes qui entraînent régulièrement des échecs, outre les effondrements, il y a le « trop plein de vie ». Infiniment plus rare, mais tout aussi dévastateur.
Les élans et les espoirs qui se bousculent si rapidement et si violemment qu’ils en meurent.
Ce sont les moments où ce que j’ai mis tant de temps à semer a poussé, mais où tout arrive à moisson en même temps. Je ne sais plus par quoi commencer. Quand c’est l’heure de la récolte, il faut être prêt, précis, déterminé, organisé, et je laisse toujours tout pourrir, bien malgré moi.
C’est drôle d’ailleurs, c’est comme les prunes dans le jardin en ce moment. J’ai réussi à en recueillir quelques unes, à m’en nourrir et à en faire profiter deux ou trois amis, mais désormais, elles dégoulinent de partout et pourrissent, alors qu’elles sont vraiment délicieuses, et qui plus est, pures bio!
Parce que le reste a pris le dessus: plusieurs opportunités se sont présentées, qu’il ne faut pas laisser passer, mais qui nécessitent une préparation pour aboutir. Pourquoi sont-elles arrivées en même temps? Tant pis pour les prunes, mais pour le reste, je ne parviens pas à garder la tête froide. Je suis juste parfaitement incapable de me calmer et de me concentrer (même si je vais encore essayer de toute façon).
Alors il risque se passer ce qui se passe toujours: soit je ne vais tellement pas parvenir à établir des priorités que je vais tout commencer et rien finir – tout va alors se gâter -, soit je vais avoir un tel vertige de tout que le découragement et la peur vont l’emporter.
Dans les deux cas, certains points resteront irrémédiables. Je ne m’en détesterai que davantage.
Etant donné le carrefour où je me trouve, il faut que j’assure un minimum pour que les autres (ceux qui me manquent tant d’habitude, et qui sont là en ce moment) puissent travailler et prendre le relais, et pour le moment, ça m’est complètement impossible. Depuis deux jours je suis complètement bloquée, à ce point que je n’arrive même plus à conserver un peu d’ordre dans mes affaires. La peur de ne pas y arriver grandit donc au fur et à mesure que le temps passe, et la fenêtre de tir se rétrécit d’heure en heure.
Je sais déjà que je ne pourrai plus tout faire.
C’est incroyable la brutalité de ces pulsions de vie, de ces espoirs, qui aboutissent à un tel blocage. Ils sont aussi tumultueux que mes pire tourments, alors que je ressens leur potentiel. J’ai si peur que j’en suis paralysée.
C’est étonnant d’avoir à ce point peur de la vie. J’ai beau m’armer de courage, je ne sais pas comment en guérir!