Chronique d’une montée d’angoisse (1/3).

Depuis hier, je suis angoissée.

Pas trop; j’ai connu infiniment pire, mais c’est de l’ordre de l’angoisse, pas de l’inquiétude ou même de l’anxiété. Sans doute le côté irrationnel qui me fait dire ça.
Elle repointe son nez de temps à autres, mais ça faisait longtemps qu’elle n’avait pas fait si belle percée.

Les premiers signes sont les besoins de câlin et l’envie de chocolat. Mon chien doit le sentir, il ne me quitte pas dans ces moments là. Pour le chocolat, il y a dix jours, j’en ai acheté plein, car j’étais triste. J’en ai fait mes repas pendant deux ou trois jours, puis je me suis calmée. Et là, je n’en avais pas envie. Ma tête en voulait plein, mais mon corps me disait qu’il n’en voulait plus, lui. J’ai fait des compromis: j’en ai pris, un peu.

Mais de toute façon, ça ne suffisait pas, et j’ai vite compris que rien n’y suffirait. Tout le chocolat de la terre ne suffirait jamais à me soulager, même si mon corps se mettait à en réclamer. J’ai pensé aux toxicomanes et à toute forme d’addiction, je me suis demandé pourquoi leur cerveau et leurs émotions ne leur signifiaient jamais cette évidence suffisamment fortement pour les dissuader de se faire souffrir pour rien. Je me suis dit que j’avais de la chance de m’en rendre compte de façon si nette, y compris sur le plan émotionnel.

C’est là, que j’ai compris que l’angoisse était vraiment de retour, mais en même temps, j’ai réalisé les progrès – involontaires – accomplis.

Il y a quelques temps en effet, je me serais sentie abandonnée, et j’en aurais terriblement souffert. Même après avoir raisonné, et avoir compris que si j’étais seule, c’est parce que je n’avais appelé personne depuis longtemps, parce que j’avais rejeté les perches que l’on m’avait tendues, mais aussi parce que tout le monde est en vacances.  Rejet des perches familiales parce qu’elles sont très toxiques sous des apparences alléchantes. Rejet d’une partie des perches « plongesques », parce que je ne me sens pas encore assez solide pour confronter ma lenteur et mes appréhensions indéfectibles à la normalité des autres, surtout si c’est le matin, et surtout si c’est en club, c’est-à-dire en tant que responsable. Quant aux vacances, je n’ai pas cherché à en prendre avec qui que ce soit.

Alors certes, même sans « progrès » accomplis, j’aurais compris le phénomène sur un plan purement intellectuel, comme on met en place un puzzle; mais j’aurais continué à « sentir » l’abandon, et surtout à le souffrir. Alors que là, je sentais la tristesse de ne pas pouvoir faire mieux, un peu l’angoisse indéfinissable et irrationnelle, mais pas l’abandon à proprement parler.

Et c’est moins pire comme ça.