Morbidité amicale (la réflexion).

Je me suis demandé ce que cette série de mort de mes amis signifiait.

Je peux insister sur le fait que c’est dur d’éprouver toutes ces choses, malgré la relative légèreté qui accompagne tout ça (en tout cas au début du rêve). Comme si ce n’était pas la mort qui avait de l’importance, mais tout le reste: les échecs, les ratés, les malentendus, le non respect d’une volonté pourtant très forte.

Je n’ai que deux certitudes.

La première, c’est que ces rêves correspondent à une angoisse qui émerge peu à peu dans ma vraie vie, et qui s’affirme toujours davantage. Liée à mes pérégrinations psychiques, mais sûrement aussi à l’âge qui avance.

Même si je vais toujours mal, je vais quand même mieux que quand j’ai commencé ce blog. Et ce mieux-être se traduit par une considération différente de mes amis. Je n’envisage plus de m’en séparer, alors qu’avant c’était toujours une éventualité. Je pensais volontiers et très égoïstement que si ça n’allait pas, je me détournerais de leur route. Et je le faisais. C’était une façon de me protéger.

Pour le cas où la relation deviendrait insupportable, ce qui ne manquait jamais d’arriver. Heureusement, pour moi, je n’ai pas toujours coupé définitivement mes relations. C’est tant mieux pour eux comme pour moi je crois.

Maintenant, je supporte beaucoup plus de choses qu’avant, je souffre moins et la douleur devient souvent supportable; je peux donc mieux vivre l’interaction à l’autre, malgré les douleurs qui restent.

 

La deuxième certitude, c’est que j’ai une espèce de familiarité avec la mort que peu de gens ont, je crois. Comme si elle était une amie, justement. Et ce n’est pas désagréable comme sentiment. Paradoxalement, j’ai l’impression que ça me rapproche un peu de la vie.

Cela se traduit dans mes rêves comme il me semble que ce serait dans la réalité (ne pas craindre ni fuir les derniers instants de ceux qui meurent, et les accompagner; encore que je n’y ai jamais été directement confrontée, donc je ne peux pas savoir).

Cela ne veut pas dire que je n’ai pas peur de la mort: chaque fois que j’ai des pics de « progrès » psychique (apparition d’un succédané de goût à la vie), j’angoisse face à elle. Chaque fois aussi, inversement, que j’ai envie de me foutre en l’air (ça m’arrive encore souvent).

Les angoisses dues à une « poussée de vie » ne durent jamais plus de quelques instants, et c’est même devenu un signe de reconnaissance d’une avancée.

ça me fait penser à l’angoisse des parents. Plus précisément à l’angoisse de ceux qui savent qu’ils vont bientôt être parents, et qui en éprouvent quelques vertiges. J’ai un ami qui va devenir papa (je l’ai appris aujourd’hui même), et qui m’a mentionné ce sentiment. Je l’ai reconnu tout de suite.

Mais je ne sais plus si je l’ai déjà tué ou pas lui…

 

Morbidité amicale (le rêve).

Ces derniers temps, je rêve que mes amis meurent. Ils y passent, les uns après les autres, à plusieurs jours d’intervalle.

Au début, je n’y ai pas prêté attention car je n’avais pas le temps. Puis un autre (Stéphane) est mort, j’en étais très affectée. Mais je ne me rappelle plus des circonstances.

La dernière en date est mon amie de 30 ans. Quelqu’un qui m’accompagnait voulait me montrer ce que ça faisait que de trancher une jugulaire, et tranchait donc le côté gauche de la gorge de mon amie. Au début, j’étais curieuse et ça me faisait sourire. Puis je me rendais compte qu’elle allait mourir. J’en étais très affectée mais la priorité était à son agonie. Je me disais qu’on ne pouvait pas faire grand chose contre une gorge tranchée, alors je me contentais d’accompagner ses derniers instants, tout en essayant de faire quelque chose, sans y croire.

Je la rassurais en lui disant qu’au fond, c’était pas si mal la mort, qu’elle me manquerait terriblement, et qu’il fallait penser à ses derniers instants. C’est en comprenant qu’elle était perdue que son visage s’est tordu de douleur, et qu’elle s’est mise à crier autant qu’elle le pouvait: elle ne voulait pas mourir! Surtout pas!

C’était étonnant pour moi, et ma priorité absolue devenait aussitôt de la faire vivre, de respecter sa volonté. Je faisais tout ce que je pouvais pour essayer de la sauver: compresses, ambulance, etc.

Mais c’était trop tard. Et j’en éprouvais un sentiment abominable de culpabilité, de tristesse qu’elle ne puisse pas faire ce qu’elle souhaitait, en plus de celle que j’avais de la perdre.

Je me suis réveillée encore étonnée de sa volonté de vivre. ça m’est tellement étranger que ça me sidère de voir que les gens tiennent tant à la vie. Car dans la réalité, elle y tient, elle me l’a dit au cours de nos conversations sur le sujet. Je m’en étonne à chaque fois, surtout elle, qui n’a pas eu tant de chance au cours de la sienne.

J’éprouve tellement les abominations dues aux sentiments de culpabilité et d’échec (en plus de la séparation) que je n’ai pas réussi à aller travailler aujourd’hui. Je n’ai rien pu faire à la maison non plus. Je suis restée enkystée dans ce rêve, malgré tout ce que j’ai essayé pour m’en extraire.

Je ne suis pas du tout remise de ce coup de massue au moment où j’écris ces lignes; un peu moins de 24h après. C’est normal; c’est au moins la troisième qui meurt: même si ce ne sont que des cauchemars, ça commence à peser trop lourd dans ma petite tête de piaf.

Vivement que le docteur latête rentre de vacances.

 

 

Pas sortie du sable.

Bon, que je vous explique. Je fais partie des nombreuses victimes du gel. Un tuyau dans les combles. Installé par un professionnel. Percé à plusieurs endroits différents.

Mais là où j’ai quand même pas de bol, c’est que les dégâts touchent, entre autres, la salle à manger que j’ai mis un temps interminable à faire, et qui était quasiment finie (restaient trois plinthes et deux baguettes à poser, un tout petit pan de mur à peindre, et quelques coins de plafond à reprendre). Mon plancher, dont j’étais si fière et qui m’avait demandé tant d’efforts est complètement fichu.

ça faisait moins d’un an que j’en profitais. Un copain venait de me dire que c’était enfin très joli chez moi, et très confortable. Trois jours avant le dégel. Heureusement qu’il me l’a dit, parce que ça ne se voit plus du tout. Et du coup d’ailleurs, on ne voit plus que ces petites finitions qui n’étaient pas faites, et que l’eau fait beaucoup ressortir.

Entre ça et les pièces qui ne sont pas finies, ça laisse une sale impression à tous ceux qui viennent.

En plus de ça, j’ai pas envie de rentrer dans les détails mais en gros, vu que c’était du travail d’amateur (même très propre), et vu que plein de choses sont encore en vrac dans certains endroits (exemple, les fils électriques qui ne sont pas finis de poser), les artisans ne veulent pas y toucher, soit parce que ça n’a pas été fait dans les règles de l’art (mon plancher qui était pourtant beau, mais pas sur ragréage parfait), soit parce qu’ils ne sont pas sûrs que ça a été fait dans les règles de l’art (l’électricité).

Pourtant, quand je vois l’origine du sinistre, je me dis que la fiabilité n’est pas là où elle paraît être.

Et je ne parle pas de ma mère qui essaie de m’aider (j’essaie de ne voir que ça), et qui, concrètement, me pourrit franchement la vie.

A part qu’elle m’en a fait perdre le sommeil, ça va. Mais je sais que ça ne peut pas durer si je ne dors pas: la fatigue est une de mes pires ennemies.

Je  suis pas sortie du sable.

Mais je ne suis pas désespérée.

Huit ans!!!

Huit ans que je n’ai pas fumé!

C’est fou ça. Je n’en reviens toujours pas, je ne comprends toujours pas comment c’est possible.

Ceci dit, un petit joint de temps à autres ne me ferait pas de mal.

J’en fumais à peine tous les six mois. C’était cyclique, parfois je n’en fumais qu’un, puis plus rien pendant deux ans; parfois je n’y touchais pas pendant trois mois, puis c’était un par soir pendant une semaine (jamais davantage).

Paradoxalement, cette liberté là me manque bien plus que la cigarette…