Vingt jours (2/2).

Cette année, ça a commencé avec la venue du frère de ma colocataire, resté moins de 24h. Qui, pour la première fois depuis plusieurs années que je le connais, a semblé s’intéresser à moi. Il m’a fait rire à plusieurs reprises, je n’ai pas pu m’empêcher de raconter ce dernier point à sa soeur, puisque nous nous racontons nos petites choses. Je crois que je n’aurais pas dû. De ce que j’en sais, c’est un gentil collectionneur de femmes. Alors que moi, je me sens perturbée. Je n’ai pas l’habitude qu’on s’intéresse à moi sous cet angle, ni non plus de m’intéresser à l’autre sous ce même angle, et ça me fait immédiatement des effets délétères. Comme si j’avais pris une cuite, et que les effets secondaires s’éternisaient. A partir de deux plaisanteries, une courte baignade, et trois regards. Je ne sais pas qui m’a fabriquée au juste, mais c’est sûr, je ne suis pas finie.

J’ai compris que maintenant, tout sera prétexte à tension, à commencer par le chien qu’elle ne supporte plus – depuis avant la venue de son frère d’ailleurs. Je m’aperçois que ça ne va pas parce que je me sens obligée de me fâcher après lui, alors que si je m’arrête deux secondes, je me rends compte que je n’en ai pas envie, que ce n’est pas la bonne méthode, sans pour autant être capable de trouver une autre issue sur le moment.

Alors je ne sais pas comment je vais faire. A vrai dire, je n’ai pas trop de choix: faire semblant sans excès et me retirer quand c’est trop (elle sait que j’ai des moments où je vais mal), faire des séances de relaxation pour améliorer mon angle de vue (les multiplier même, parfois ça peut suffire), voire prendre des calmants. Au pire, écourter les vacances.
C’est ma spécialité, écourter les vacances. Une spécialité que je ne supporte pas, comme tant de choses de la vie.

Ah, mais j’ai peut-être une autre option: reprendre mon dopage quotidien. Il semblait améliorer un peu mon humeur, et m’aidait clairement à me concentrer. Vas savoir, ça va peut-être me sauver la mise?

Il reste pile une semaine de vacances.

Vingt jours (1/2).

je crois que c’est mon maximum possible de cohabitation sans tension. Et encore, ça dépend avec qui, il faut qu’il ou elle soit extrêmement patient et compréhensif. Et pas trop envahissant, physiquement comme psychiquement.
Là je crois que je suis arrivée au bout. Je m’énerve pour un rien et je sens que l’autre s’énerve aussi pour rien. C’est d’ailleurs par là que ça commence. Alors plutôt que de se fâcher, je me retire, à fantasmer sur le suicide pour me soulager un peu, et pleurer un peu aussi. C’est quand je sens que l’autre s’énerve pour des broutilles, que je m’interroge inéluctablement sur mon degré d’insupportabilité. Je n’aurai jamais la réponse. C’est comme le nombre des étoiles dans le ciel, ça fait partie des mystères de la vie.

L’année dernière, c’était à cause de la chaleur. Il avait fait extrêmement chaud tout l’été, et comme beaucoup d’autres choses, je ne supporte pas du tout la chaleur. Puis un soir, il y avait eu beaucoup de vent, j’avais tout ouvert dans la maison pour la rafraîchir, contre l’avis de ma colocataire et amie. Puis la tempête s’était faite violente, il fallait vraiment tout fermer, sauf que j’étais tétanisée par la violence du vent, à ne plus pouvoir bouger. Elle ne m’a rien dit, mais j’ai compris ce jour là, que les vacances étaient finies pour moi. Je crois que c’était au bout d’une vingtaine de jours aussi.

Dopée.

Il semblerait que mes compléments alimentaires aient un effet dopant. Je comprend mieux la question de la pharmacienne qui, suite à ma requête sur ce produit, m’a demandé d’un air entendu « ah oui, c’est pour vous booster pour le sport? On n’en a pas, mais en revanche, dans le même genre vous pouvez prendre celui-là il est excellent, les sportifs l’adorent ».

Je lui ai dit que ce n’était pas pour le sport, je n’avais pas envie de lui expliquer que c’était contre la dépression. J’ai lu la composition du produit qu’elle me proposait, et répondu que ce n’était pas ce que je recherchais. Elle n’a pas eu l’air de comprendre.

Moi par contre, je la comprends. Jusqu’à présent, les jours où j’étais très en forme, je faisais, au mieux, 500 à 700 mètres en crawl, sans palmes. En ce moment, j’oscille entre 1,5 et 3 km, y compris quand je me sens molle. Je ne suis même pas fatiguée, et si je ne m’ennuyais pas un peu à la longue, que l’eau était  plus chaude (ou que je portais une combi), que ma copine n’était pas seule quand je nage, et que la marée ne descendait pas si vite, je continuerais.

Du coup, je n’en prends plus qu’une gélule tous les trois jours, car ça m’aide à me concentrer, et donc à lire.

Mais ça a beau être en vente libre, je vais attendre d’en reparler à mon médecin avant d’en reprendre au quotidien. C’est bien la première fois que je prends un produit qui n’a pas peut-être pas tous les effets attendus, mais qui a des effets secondaires aussi sympas!