Ras-le-bol.

J’en ai marre, je souffre.

Quand je ne vais pas trop mal, je souffre de mes ambivalences incessantes et de mes vertiges face aux autres; quand je vais mal, je souffre de ma sombre monovalence. Bref, je souffre tout le temps. Ce qui me surprend ces derniers temps, c’est que je pleure davantage quand je ne vais pas trop mal, et je me sens soulagée quand je suis franchement mélancolique. Sans doute parce que la torture est moindre qu’auparavant: en temps et en intensité.

L’avantage de la mélancolie, c’est la protection. Quand elle pointe le bout de son nez, je n’ai plus le choix, je dois me retirer du monde, ce qui ajoute à ma souffrance d’un côté (je suis obligée d’abandonner tout ce que j’ai cru qui était bon pour moi), mais qui, de l’autre côté, me protège du monde en ouvrant un immense parapluie à « agressions » extérieures (des agressions qui n’en sont souvent pas du tout, mais ressenties comme telles).

Je ne comprends vraiment pas du tout pourquoi on n’a pas le droit de mourir. Pourquoi la société l’interdit-elle? Pourquoi les gens sont-ils tristes de notre disparition? Imaginons le pire: ça fait disparaître trop de monde. Et alors? On n’est pas trop nombreux sur notre planète?

Je ne suis pas sûre que, même avec son autorisation (et surtout celle de mes proches), je m’y résoudrais: j’aurais sûrement un gros doute au dernier moment, au point de non retour. Mais ce serait probablement un grand soulagement: qu’on aille au bout, ou pas.

Bref, je me sens terriblement triste, et même torturée par moments. Je vois bien – quelque chose que je connais pourtant depuis toujours – que je suis dans une impasse: quoi que je fasse, quoi que je construise, quoi que j’échange, je me sens en situation d’échec, même quand il y a des réussites. Ces réussites me pèsent, me rendent triste et même parfois me torturent. Les échecs me torturent, me pèsent, et souvent, me rendent triste.

 

Je ne comprends pas pourquoi je ressens le mal et pas le bien (ou si mal). Je comprends encore moins le fait que ça fait si longtemps que je me bats, toujours pour les mêmes souffrances, toujours pour les mêmes raisons.

Je ne sais pas très bien ce que j’espère. Force est de reconnaître que j’espère vaguement quelque chose; je sais que ce ne fut pas toujours le cas.

Il arrive encore que… et comme toujours, je ne sais pas quoi faire dans ces moments là. L’impression que quel que soit le côté vers lequel on se tourne, on se tape la tête contre un mur. ça fait mal.

Alors pour m’apaiser j’écoute, par exemple, « Alligator 427 » de H-F Thiéfaine.

Quelques morts pour la route.

Dans la nuit de mercredi à jeudi 11, j’ai rêvé que je portais une armure et un casque de type moyenâgeux. Je me trouvais dans une très grande pièce, avec d’autres personnes, peut-être une dizaine.

Malgré mon armure, je recevais, dans le ventre, une longue flèche particulièrement fine. Je me retournais alors pour me cacher des autres. Je retirais la flèche, et toutes mes tripes venaient avec elle. C’était affreusement douloureux, et j’avais affreusement honte, qui plus est. J’ouvrais donc un tiroir pour y entreposer le paquet sanguinolent, et je le refermais aussitôt, pour épargner ce spectacle aux autres.

Je ne comprenais pas comment je vivais encore, sans tripes, la circulation sanguine était coupée, et pourtant je trouvais la force d’ouvrir un tiroir, y ranger ces horreurs puis le refermer. Je savais que la mort était là, mais je commençais à me demander quand, à quel instant précis elle allait survenir pour de bon. J’étais persuadée d’être dans une situation exceptionnelle mais cela ne pourrait évidemment pas durer. Alors, quand?

Je me reculais du tiroir, je savais que j’allais mourir dans les instants qui viennent, et le rêve s’arrêtait là.

Il y avait une grande cheminée dans cette pièce. Sur la droite du meuble où je rangeais mes tripes. Les gens étaient assez bien habillés, il y avait notamment une femme en robe rose pastel. Rien de luxueux, de la simplicité et juste assez d’élégance pour signifier un milieu provincial et bourgeois de l’époque. Ils s’écartaient en voyant ce qui m’arrivait, je crois, avec une certaine inquiétude, peut-être. Ou bien se demandaient-ils ce qui se passait? Je n’ai pas bien retenu tout ça, trop accaparée par ma douleur et l’horreur de ce qui m’arrivait. Il me semble en me réveillant, bien que les lieux n’y ressemblaient pas du tout (hormis la cheminée et les couleurs un peu sombres) qu’il s’agissait de la maison dans laquelle j’ai passé mes vacances, enfant.

Cette nuit encore, j’ai rêvé d’un labyrinthe de cubes blancs, avec des cibles. Chaque personne avait une cible à abattre. Je ne me rappelle pas de l’échange qui s’en est suivi.

Bref, les affaires reprennent…