Cette nuit, j’ai lu une âme.
Elle sortait de son entité par vagues ininterrompues, avec une ondulation qui allait de la gauche vers la droite, et que je pouvais déchiffrer à loisir. Un peu comme un dessinateur représenterait un morceau de musique sortant d’une flûte, mais de façon plate (sur un support papier imaginaire par exemple), et que, pourtant j’entendais réellement cette musique. Il y avait d’ailleurs, entre autres, une note de musique hors de portée. Je ne me rappelle pas du reste, c’étaient des signes très différents les uns des autres, comme si TOUT pouvait s’y trouver. Des formes géométriques, des chiffres ou lettres pour ce qui nous est familier, mais des signes très divers, de tous styles. Comme si tout ce qui était « existable » pouvait s’y trouver.
La couleur ici était bleu pâle, mais il me semble que cela avait varié, le début étant vert pâle.
J’étais assez émerveillée, mais surtout, je me posais une tonne de question. Pourquoi? à qui cela correspondait-il? Je sentais que c’était une femme, apparemment plutôt jeune. Venait-elle de mourir ou était-elle toujours vivante à cet instant? Comment pouvais-je lire et comprendre toutes ces choses? à quoi cela servait-il? Est-ce que cela pourrait se reproduire? Pourquoi assistais-je à ce spectacle? Si quelqu’un d’autre était là, que verrait-il? Que ressentait celle dont j’étais en train de lire l’âme? Ce que je lisais ou autre chose? Comment se pouvait-il qu’il y ait autant de choses à lire chez quelqu’un qui n’avait presque pas bougé au cours de son existence?
En l’occurrence, je constatais qu’il s’agissait d’une femme qui n’avait rien fait de sa vie, mais je ne savais pas si c’était parce qu’elle était trop jeune ou si elle n’avait juste rien fait. En tout état de cause, j’étais sidérée d’un contenu si dense, j’en déduisais que le rêve et l’espoir pouvait emplir une vie à eux seuls, et qu’il n’était pas nécessaire, pour vivre, de « faire » des choses. Cela m’étonnait véritablement, et allait même à l’encontre de mes convictions profondes. C’était difficile d’ailleurs, pareille évidence tellement contraire à mes convictions. Je restais dubitative, tout en étant rassurée: puisque c’était évident, cela pouvait difficilement être remis en cause, même avec mes doutes. C’était un message de quelque chose qui me dépasse complètement, une sorte d’au-delà, nécessairement juste.
Je ne comprenais pas tout, certains signes m’étaient tout à fait étrangers. D’autres étaient étrangers à ce que j’avais appris, mais je les comprenais très bien, comme si c’était ma langue maternelle. Mais le plus étrange, c’est que je ne pouvais pas traduire ce que je lisais avec des mots. Ce n’étaient que des impressions et c’est là que le paradoxe de ce rêve reste tout à fait inexpliqué: je ne pouvais comprendre que parce que j’étais imprégnée, et pourtant, cela ne m’appartenait pas et restait tout à fait insaisissable. Plus exactement, j’avais l’impression de vivre quelque chose que pourtant je ne vivais pas puisque ce n’étaient pas mes émotions à moi, il s’agissait bien de quelqu’un d’autre. Je les ressentais, mais sans qu’elles me touchent. Je ne parviens toujours pas à définir ce qui s’est produit en moi au cours de ce rêve.
A essayer de le décrire, c’est en tout cas un pont avec une impression réelle que je décris régulièrement: celle de ne pas m’appartenir, ou de vivre la vie quelqu’un d’autre, qui pourtant se trouve être moi. D’éprouver des émotions que je n’éprouve pas. Une sorte de schisme impossible. Ce qui m’a fait penser que j’étais psychotique, puis que j’ai cru retrouver dans la description de l’autisme, et que le docteur latête, pour me faire plaisir, qualifie d' »allures autistiques » tout en précisant lorsqu’il l’estime nécessaire qu’il ne s’agit pas d’autisme.
En tout cas, c’était plutôt sympa et plutôt rassurant ce moment là.
Beaucoup plus que le rêve qui a précédé: il se passait en 1945, puis de nos jours. Pour les deux, exactement la même image. Une foule d’hommes vieux malheureux coiffés de leurs bérets et habillés de costumes gris en tous genre, et les cercueils défilaient dans une salle qui ressemblait à une Eglise mais qui n’en était pas une, sous les paroles graves d’hommages qui sortaient de hauts parleurs de façon interminable… Les vieux ne restaient pas en place, ils circulaient dans le désordre mais calmement autour des cercueils qui étaient à hauteur d’épaule, et que je voyais pourtant de haut. Une vue plutôt aérienne donc, à ceci près que de nos jours, on comprenait les paroles sans avoir besoin de se les faire traduire, ce qui était une sorte de pied de nez à je ne sais qui / quoi.
Je ne comprenais pas ce que je faisais là, et c’est donc avec soulagement que, dans le rêve suivant, je me trouvais à lire l’âme légère et colorée d’une personne peut-être encore vivante…